Aux confins du Triangle d’Or

CARTE D’IDENTITE

CAPITALE: Vientiane
LANGUE: Lao
REGIME POLITIQUE: République état communiste
POPULATION: 6,477 millions
DEVISE: Kipp Laotien (LAK)
PIB / Hab: 1 645 $

 

Après une sortie difficile du territoire chinois -il semblerait que je devrais peut-être me raser avant le passage de la prochaine frontière-, le Laos m’accueille à bras ouvert. “Enjoy your trip in Laos” m’annonce fièrement le douanier. Et c’est ainsi que j’entrais au Laos le 2 octobre 2014, pour arriver à Luang Nam Tha dans le nord du pays.
Accompagné d’une israélienne et d’un néo-zélandais, nous arrivons à la tombée de la nuit. A peine descendus du bus, et nous voici assaillis par de vielles femmes vêtues d’habits traditionnels: des membres de l’ethnie des Akhas, l’une des plus importantes du pays. Après avoir insisté quelques minutes pour nous vendre ses bracelets fait main, elle nous présente très naturellement de l’herbe, puis de l’opium. Après tout nous sommes à présent au cœur du fameux Triangle d’Or, et même si une certaine aire est révolue et que la culture d’opium a aujourd’hui quasiment disparue, le passé a fait son oeuvre et laissé ses marques indélébiles.
“30 000 kip, et envolez vous vers les paradis artificiels” semble nous suggérer cette vielle femme aux traits marqués.
Étrange que ce premier contact avec la population locale pour notre arrivée au Laos.

Excusez-nous madame, mais on a un endroit où dormir à trouver avant la nuit…

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Environs de Luang Nam Tha

John est motard depuis des décennies, et c’est tout naturellement que nous partons dès le lendemain matin pour deux jours à moto dans la jungle environnante. Plus qu’un compagnon de voyage, il sera un instructeur hors pair, et m’enseignera tout un tas de choses sur ces engins à deux roues motorisées
Ce n’est finalement que mon deuxième essai sur ces motos manuelles, et bien que selon lui je me débrouille plutôt bien, j’ai encore beaucoup à apprendre dans ce domaine.

Et heureusement qu’il est là ce John, car j’aurais eu quelques frayeurs si j’avais été seul dans ces chemins boueux serpentant à travers jungle. Des kms et des kms de boue, de chemins défoncés, de cours d’eau à traverser. Un faux mouvement, et c’est une dizaine de mètres plus bas que la moto pourrait se retrouver !

A la fin de cette première journée et après quelque 110 kms parcourus, nous voici au bord du Mékong, fleuve mythique d’Asie du Sud-Est prenant sa sources sur les hauteurs de l’Himalaya. Face à nous sur l’autre rive: la Birmanie. Hors de question pour nous d’aller y faire un tour, cette frontière étant fermée aux étrangers. C’est donc par la fenêtre de notre chambre que nous observons ce pays qui semble si proche et si loin à la fois.
Patience. En janvier, je devrais y faire un tour en passant par la frontière thaï.

Le deuxième jour nous continuons sur un chemin de gravier poussiéreux, avant de s’aventurer à nouveaux dans de petits chemins boueux. Nous traversons beaucoup de petits villages ruraux, et dans ces derniers, toujours le même constat. Tous les enfants nous courent après, nous saluent, nous lancent des “Sabaidi” et nous offrent leurs plus beaux sourires. Et qu’ils sont beaux ces enfants laotiens!
Le Nord du Laos est définitivement un endroit fascinant à explorer à moto, où l’on se retrouve vite loin de la “civilisation” et seuls touristes à des kms à la ronde. Mais sil y a aussi souvent beaucoup d’étonnement de la part des villageois. Mais que peuvent donc bien faire ces étrangers si loin des spots touristiques?
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13h30, nous arrivons après plus de trois heures de route dégueulasse et d’embourbements multiples dans un nouveau village. A peine le temps de demander notre chemin qu’un policier/militaire nous fait signe de faire demi-tour. “No Pahleng. Go this way!”
Impossible de continuer plus loin, l’individu n’a pas l’air de vouloir revenir sur sa décision sans un laisser-passer. Où peut-donc bien mener cette route-qui semble sur le plan nous permettre de boucler la boucle et revenir à Luang Nam Tha. Nous ne le saurons probablement jamais, et sommes contraint de faire demi-tour et reprendre ces chemins inhospitaliers pendant encore de longues heures.

De retour en ville et la moto rendue, quelques chauffeurs nous interpellent depuis leurs hamacs suspendus dans leurs tuc tuc. Ils sont finalement presque ravis de nous voir décliner leur offre pour repartir tranquillement à l’activité favorite des laotiens : la sieste.
Le Lao PDR pour Lao People’s Democratic Repubuplic est d’ailleurs souvent remplacé ironiquement par Lao: Please Don’t Rush ! Et l’on comprend pourquoi…

Je laisse à présent les sports mécaniques pour quelque temps, et pars pour un trek de trois jours dans la zone protégée du parc national Nam Ha!

Accompagné de notre guide local, nous partons nous enfoncer dans la jungle. Il a plu il n’y a pas si longtemps, et le sol est terriblement boueux depuis. Après avoir traversé quelques rivières à gué et marché quelques heures, c’est l’heure de la pause déjeuner.

Entouré d’arbres à papaye et autres fruits exotiques,  nous nous installons dans une petite cabane en bois autour d’une grande feuille de bananier faisant office de table.

Insectes, riz gluant, pousses de soja et bambou composent notre repas. L’estomac plein, nous repartons à travers la jungle, avant d’assez vite en ressortir et se retrouver au milieu de champs de riz.
Il y a encore quelques années, la région était recouverte de champs de pavot. Depuis 2005 cependant, les champs de riz ont remplacés intégralement ces derniers, et la culture d’opium est maintenant devenue quasi inexistante au Laos, tout comme son voisin la Thaïlande.
Du Triangle d’Or, ne reste plus que la Birmanie en tant que réel producteur d’opium, et qui cependant n’est qu’une goutte d’eau comparé à l’Afghanistan toujours premier producteur mondial.
Quelques champs subsistent néanmoins au Laos pour des fins médicales, et l’on peut imaginer qu’il y en a encore toujours quelques uns cachés dans les zones reculées de la jungle.

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Hmong: Homme libre

En fin d’après-midi nous arrivons dans un village de l’ethnie des Hmongs. Notre guide, qui semble ici pour la première fois tout comme nous, tente sa chance dans différentes maisons pour demander le gîte pour la nuit. La deuxième fois sera la bonne, et nous voici accueilli par un vieil homme dans son humble demeure. Comme dans les autres villages traversés depuis mon arrivée, le bonheur des enfants se lie sur leurs visages, et la bonne humeur règne dans la communauté. “Sabaidi, Sabaidi”, “Sabaidi Phalang !” nous salue chaque petite tête brune.
Tous ces enfants semblent si heureux de vivre. Partout des cochons, des coqs, des poussins, des chiens. Une véritable ménagerie!
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Aujourd’hui c’est jour férié au Laos et les enfants jouent dehors, mais il y a bien une école pour tous dans le village. Nous déambulons tranquillement dans les petites rues, parfois nous arrêtant pour une gorgée de Lao Lao improvisée chez l’habitants.

Notre hôte passe la soirée a nous expliquer ses coutumes, ses croyances, le mode de vie de la communauté Hmong. Ces derniers sont animistes, et pratiquent certains rituels et cérémonies avec une dose de chamanisme.
Le lendemain, il enfile sa tenue traditionnelle et prend sa flûte, avant d’interpréter pour nous une “danse de la mort”.
Le son particulier et envoûtant de la flûte nous glace le sang, et nous restons ahuris devant cette performance de quelques minutes où l’on peut clairement ressentir et comprendre son appellation.

Le dernier jour, nous descendons la Nam Tha à kayak. Six heures de navigation au milieu de la jungle, dévalant les rapides et nous laissant porter par le courant. Personne n’est tombé à l’eau cette fois-ci, et c’est quasiment sec que nous rentrons tous à la ville pour clôturer ces trois jours d’expédition.

Voilà bientôt une semaine que je suis dans la région de Luang Nam Tha, et il est maintenant tant de doucement me diriger vers le sud, direction Luang Prabang la capitale culturelle du pays.

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Coucher de soleil sur le Mékong

Pour se déplacer au Laos, il n’y a pas que le bus. Le train n’existe pas ici, mais un moyen de transport très répondu dans le pays reste le bateau. C’est ainsi que je décidais de me rendre à Houay Xai à la frontière thaï, pour embarquer sur un bateau lent direction Luang Prabang.

Deux jours à sillonner les eaux boueuses du Mékong, avec une halte pour la nuit à Pakbeng. Les rives du fleuve sont superbes, et ces deux jours de repos ne sont pas du luxe après toutes ces aventures dans la jungle laotienne.

Accompagné de quatre autres français, je visitais Luang Prabang et ses environs comme les belles cascades de Tad So.
Bien que très joli, Luang Prabang est un choc pour moi. Nous sommes encore en basse saison, mais les touristes sont déjà partout, et les prix flambent.

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Tad So, dans la région de Luang Prabang

Après quelques jours, je n’ai qu’une envie : sortir des sentiers battus et rester dans le Laos authentique que j’ai pu découvrir dans la région de Luang Nam Tha. Et pour sortir de ces “routes touristiques”, quoi de mieux que de le faire à moto pour avoir une liberté totale.
Ça y’est, l’idée d’acheter une moto venait de germer dans mon cerveau, et je me mettais à la recherche de la perle rare, sillonnant la ville et demandant à chaque magasin de location de moto, aux guesthouse, etc…

C’est finalement en parlant à un local dans la rue, que ce dernier me présente à un de ses amis qui cherche à vendre son scooter.

Mes recherches n’ont pas été très fructueuses jusqu’à maintenant, et cette opportunité est pour ainsi dire ma seule chance d’acquérir un véhicule si je ne veux pas y passer la semaine. Surement une erreur de ma part, car en me pressant je ne suis pas vraiment en position de négociation et peine à faire baisser le prix.

Le cash échangé de main à main, me voici propriétaire d’un scooter Honda Wave 100. Après tout je suis en Asie, et autant voyager à la locale en me procurant LE modèle le plus répondu dans toute la région. Un peu viellot certes, mais le tout semble solide et fiable!
0 à 60 km/h en 10 secondes, 4 vitesses, démarreur électrique, 47 000 kms au compteur (bon en pratique il doit être au moins du double), un vrai bolide prêt à avaler les kms de piste et d’asphalte durant mon séjour au Laos!

Les papiers en poche, je partais dès le lendemain matin de bonne heure direction Van Vieng…

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