Chine: L’empire du milieu

CARTE D’IDENTITE

CAPITALE: Pékin
LANGUE: Chinois mandarain
REGIME POLITIQUE: République
POPULATION: 1,498 milliards
DEVISE: Yuan (CNY)
PIB / Hab: 8 600 $

15h45 : Cela fait déjà plus de 7 heures que le désert défile sous mes yeux. Paysage monotone s’étendant à perte de vue dans lequel serpente le Trans mongolien. le Gobi semble s’étendre à l’infini le long des rails. Espérons que le lait que tous ces gens lançaient sur le quai au départ sera nous porter chance dans ce voyage de 28 heures.
Dans ma cabine, je ne suis plus le seul occidental comme ce fût le cas en Russie, mais je la partage avec trois autres européens- Une allemande commençant un périple de 4 mois en Asie du Sud-Est, et deux suédois rejoignant Chengdu pour commencer un semestre en économie– Les heures passent, et je finis par leur enseigner l’art du Durak, histoire de tuer le temps les quelques prochaines heures.
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19h00 : Nous sommes à la ville frontière, et interdiction de descendre du train. Six heures plus tard, un nouveau tampon et un ajustement des essieux permettant de s’adapter aux rails chinois, nous repartons.
C’est de nuit que je fais mon entrée en Chine, et il semble que nous soyons toujours dans le désert lorsque je me couche après cette interminable attente au poste frontière. Mais dès le réveil, ce sont de magnifiques paysages qui défilent devant la fenêtre de ma cabine. De majestueuses montagnes en toile de fond, traversées par de petits villages pittoresques et percées de tunnels ici et là. Une rivière serpente le long de ces massifs montagneux, et les couleurs rayonnent sous un soleil de plomb.
C’est une Chine rurale et étincelante qui s’offre à moi pour la première fois. Mais après quelques heures, c’est un changement brutal de décor. Un épais nuage commence à flotter dans l’atmosphère au loin , et les usines et autres centrales électriques ont remplacé les montagnes et rivières. Pékin la capitale chinoise semble se dessiner à l’horizon…
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Arrivée à la gare centrale, la découverte de ce gigantesque pays hors normes peut débuter; et c’est avec plein d’entrain que je me dirige à pieds vers l’adresse que m’a indiqué Carl dans son dernier email.
Aucune analyse cette fois-ci.Uniquement observation et contemplation. J’admire le spectacle qui s’offre devant mes yeux, mes oreilles se laissent imprégner de l’atmosphère, et mon odorat se laisse charmer par toutes ces nouvelles senteurs. Une véritable explosion de chaque sens.
Cette étape est celle que je préfère lors de l’arrivée dans un nouveau pays ou une nouvelle ville : les toutes premières heures à marcher. J’essaie toujours d’éviter les taxi ou le métro.Toujours à pieds, histoire d’avoir un premier aperçu des lieux et me perdre un peu en me laissant aller à mon instinct. Il parait que les premières impressions sont toujours les bonnes?

Temple des Lamas. Pékin

Premier constat: la Chine est un pays bien a part. Tout comme sa petite sœur l’Inde, c’est est un pays gigantesque, extrêmement peuplé, et où le choc des cultures est immense.

A chaque coin de rue de nouvelles choses étranges se passent sous nos yeux ahuris d’occidentaux. Partout où je vais, le touriste chinois est là, appareil photo au poing, mitraillant paysages et famille à n’en plus finir. Car non l’image du chinois photographiant tout se qu’il voit à une vitesse ahurissante n’est pas un mythe. Des selfies à n’en plus finir; devant les montagnes, les monuments, les pancartes, les bars, à peu près tout et n’importe quoi. Moi aussi j’aime prendre des photos, mais alors la c’est violent.

Oui la Chine est un pays différent, où l’on se ballade le long des rues en subissant de manière continue le bruit immonde des raclements de gorge que font les hommes avant de cracher un truc dégueulasse sur les trottoirs.

 

Puis on monte dans un métro et on tombe nez à nez avec une chinoise hurlant dans son téléphone, tandis que les autres voyageurs restent hypnotisés devant la lumière de leur téléphone.
Où que l’on aille, c’est le même constat: la foule. Un conseil si vous êtes agoraphobe: ne mettez pas les pieds en Chine.

Les promenades dans les parcs tôt le matin résument à elles seules le mode de vie des chinois. Actif est le mot d’ordre pour tous.

A chaque coin du parc, des personnes âgées font leur exercice matinaux, pendant que d’autres chantent des chansons ou joue de leur instrument. Partout des gens dansent, rythmant leurs pas au son de la musique. Plus surprenant, certains se tapent violemment sur les cuisses de manière répétée.

Un peu plus à l’écart, d’autres chinois pratiquent le tai-chi. Un autre est assis seul sur un banc: il chante à gorge déployée et semble nous dire “J’aime la vie”. En Chine on ne flanne pas dans le parc. On est actif.
Les chinois ont ce besoin d’être actif. Il semblerait que l’hygiène de vie et la santé sont primordiales dans leur mode de vie.

La religion joue aussi un rôle important dans le cœur des chinois. Mais on ne peux s’empêcher de sourire lorsque, à l’ouverture des portes du temple, ils courent vers le guichet afin d’entrer les premiers dans l’enceinte du temple et faire leurs prières.

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La Cité Interdite

Je dois l’admettre, je suis agréablement surpris dès ma première heure passée dans la capitale. Je m’attendais à quelque chose dans la même veine que New Dehli ou Bombay en Inde ; Bruyant et sale, bordélique et non organisé avec des embouteillages monstres. C’est finalement dans une atmosphère très paisible que je rejoins tranquillement et en une petite dizaine de kilomètres les quartiers nord de Dongchéng.
C’est ici que Carl vit depuis cinq ans avec sa femme, ainsi que leur petite fille de deux ans. Situé au dernier étage d’une résidence en plein cœur des hutongs, l’emplacement est idéal, et c’est à vélo qu’ils m’emmènent à la découverte du quartier et de ses alentours.

Un premier repas sur leur terrasse suivit d’une tournée des bars avec Carl commencent ce séjour pékinois de la meilleure façon possible. Rencontre avec quelques personnages extravagants-comme ce français/chinois vivant en Chine depuis 10 ans sans visa (soit disant), musicien/écrivain publiant des articles pour le Monde, originaire de Clermont et donnant des interviews avec Zidane– dans le centre culturel et historique du Pékin traditionnel.
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L’atmosphère dans les ruelles est irréelle. Une espèce de brume planant sur la capitale, la lueur des lampadaires et autres lanternes lui donnant cet ambiance mystique et pleine de mystères. On va de bar en bar, nous délectant de diverses bière et cocktails, allant au gré des rencontres et zigzagant entre les vélos et voitures… Pas un bruit, la plupart des deux roues sont électriques. Ecologie? Je ne crois pas. Simplement qu’il n’y a pas besoin de permis pour conduire les véhicules électriques. Alors par contre attention la conduite. Pas vraiment de règles pour les deux roues, ça va dans tous les sens. Et comme partout en Asie, ce n’est pas parce que l’on est sur un passage piétons que l’on est protégé.

Une courte nuit et une gueule de bois plus tard,  nous nous occupons de la logistique pour mon séjour chinois. Carte SIM, accès VPN pour accéder aux services Google, etc… avant d’aller déguster un délicieux canard laqué dans l’un des restaurants chics de la ville.
Ici le canard est découpé devant le client, tout en prenant soin d’extraire délicatement la peau croustillante. Un véritable délice, dégusté de façon traditionnelle, c’est à dire accompagné de sauce et de légumes crus dans de petites crêpes.

 

Première bataille avec les baguettes chinoises, mais comme le dit si bien Carl : en Chine soit tu t’habitues, soit tu crèves de faim !

Poitrines de porc !!!

Et puis Carl a une passion. Il s’est mis il y a quelque temps déjà dans la production de bacon qu’il revend à des restaurants et autres épiciers. Aujourd’hui, ce n’est pas moins de 80 kilos de poitrine de porc qu’il reçoit directement à la “Kitchen”, son laboratoire qui lui sert à expérimenter de nouvelles recettes et à la production du bacon et de leur relish fumé.
On a trouvé un bon deal : Je lui apprends quelques astuces avec Sharepoint, et lui m’apprend à faire du bacon. Tout le processus, de la saumure au fumage dans le four qu’il a fabriqué, et jusqu’au scellage sous vide. Evidemment le lendemain matin, c’est bacon et pancakes au petit déj !

 

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Mais un séjour à Pékin ne pouvait être complet sans un tour sur la grande muraille de Chine.
Huitième merveille du monde, ce colossal édifice de plus de 20 000 kms de long (à l’époque) construit il y plus de 2 000 ans reste encore aujourd’hui un monument extraordinaire, à la gloire de la défense nationale. Une prouesse qui montrait déjà à l’époque la puissance de l’empire envers ses voisins.
Sur le papier on reste d’abord sceptique devant ces chiffres astronomiques, on ne se rend pas compte. Mais une fois sur place, on comprend la folie militaire de l’époque. Un gigantesque mur perché, serpentant de crêtes en crêtes dans les montagnes sur des dizaines et des dizaines de kilomètres. A perte de vue. Pour l’apprécier à sa juste valeur, je partais explorer un tronçon non restauré situé à une soixantaine de kms de la capitale.

Lors de l’approche de la montagne menant à l’une des tours de garde, quelques panneaux mettent en garde le touriste égaré : “This section of the great wall is not open to the public”. Heureusement d’autres voyageurs m’avaient prévenu, et en effet une centaine de mètre plus loin : “Take nothing but photographs. Leave nothing but footprints. Keep the wall wild and wonderfull !”. Personnellement je prends ça comme une invitation à l’exploration de la zone.
Un épais voile de nuages et de pollution couvre toujours le ciel. Mais après un court instant à marcher en pleine jungle, je ressens une goute. Serait-ce bien des nuages et pas seulement de la pollution au-dessus de ma tête ? On a du mal à discerner les deux après ces quelques jours dans la capitale où règne une pollution monstre, mais cette fois-ci je crois bien que c’est un orage qui se prépare. Je continue mon ascension, trempé après seulement quelques minutes. La pluie de plus en plus forte finit par cesser, et j’arrive péniblement à la tour de garde après m’être perdu un bon nombre de fois à travers cette jungle épaisse.

Je n’ai croisé personne depuis le début de mon ascension, et qu’elle n’est pas ma surprise lorsque je tombe nez à nez avec ce vieil homme au sommet, me demandant 5 CNY afin d’utiliser son échelle en bois. L’homme propose également toutes sortes de rafraîchissement et de biscuits.
La chine n’aura décidément pas finit de me surprendre!

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La section non restaurée

 
Le soleil ne se décidant pas a apparaître et la brume persistant, je pars marcher une petite demi-heure sur la muraille, avant de trouver refuge dans une des nombreuses tours de garde.
Quelques bougies disposées ici et la, me voici bien installé, près à passer la nuit tel un guetteur d’en temps.
La muraille est plongée dans la nuit noire, mais je peux déjà apercevoir la pleine lune ainsi que quelques étoiles. Peut-être demain sera-il un jour meilleur?
Et en effet, après un lever de soleil magnifique sur les montagnes, le soleil inonde la grande muraille de ses rayons lumineux et chauds. Un grand ciel bleu comme je ne l’avais encore jamais vu depuis mon arrivé à Pékin. Sur cette partie de la muraille la nature a reprit ses droits, et par moment il est même devenu difficile de l’apercevoir, mais on la devine. Je continue ma marche jusqu’à la partie restaurée de la muraille, du coté du Mutianyu, puis continue encore quelques heures jusqu’au prochain village derrière la montagne.

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La section restaurée

 

Après une visite de la cité interdite et du palais d’été, je pars pour Shanghai, capitale économique et ville la plus peuplée de Chine.

J’ai mis du temps à me décider à passer par Shanghai ou non. Et puis je me suis dis qu’après tout, ça pouvait être intéressant de voir le contraste entre ces deux grandes villes. D’un coté Pékin et ses hutongs, de l’autre Shanghai et ses immenses grattes ciel.
Pour mon séjour, j’ai trouvé un couchsurfeur qui a accepté de m’accueillir pour les 3 prochaines nuits. J’ai de la chance c’est un local, et il m’emmène à la découverte de la ville et de la gastronomie locale.
Dès le lendemain matin, je pars seul à la découvert de la ville, en commençant par l’artère principale: Nanjing Road. Sur le boulevard, deux jeunes chinoises m’accostent pour les prendre en photo. On sympathise et on discute pendant 10 bonnes minutes. Fermée la veille, elles retournent ce matin apprécier une dégustation de thé servie de manière traditionnelle et me propose de me joindre a elles. Pourquoi pas? Ça fait du bien de rencontrer des chinois parlant anglais, et pourquoi pas voir a quoi ressemble cette “Tea Performance”.

Les thés se suivent et ne se ressemblent pas, et le show s’achève. L’addition arrive:
“Félicitation, vous venez de vous faire arnaquer en beauté !”
1200 CNY d’addition pour trois, soit plus de 45 euros de ma poche pour 6 malheureux shots de thé.
Je me sépare de mes “nouvelles amies”, et trace ma route. Quelques minutes plus tard, je me fais accoster par près de cinq autres groupes de jeunes en l’espace d’une heure le long de East Nanming. Toujours la même histoire de thé. Je les écoute attentivement à chaque fois, avant de leur demander combien de personnes ils ont arnaqué aujourd’hui. Et immanquablement ils ne comprennent tout à coup plus mon anglais, et finissent par me dire de partir avant de clore la discussion en insultes. Triste jeunesse. Jason me dira que ces arnaques sont monnaie courante sur l’avenue, qu’il avait oublié de me prévenir. Remarque si j’avais été malin…
Je ne comprends toujours pas comment j’ai pu me faire avoir aussi facilement. Mais après 10 jours en Chine sans vraiment pouvoir communiquer avec les locaux, je suppose que j’étais simplement content que quelqu’un parle anglais et se mette à discuter un peu avec moi dans la rue.

Après avoir parcouru la ville de long en large, passé un peu de temps dans le quartier des concessions françaises où l’on se sent de nouveau en Europe, et dans le vieux Shanghai qui à mon avis est le plus appréciable et authentique, je rentre chez Jason. Ce soir il m’emmène dans un restaurant sichuanais près de chez lui, et les sujets de discussion fusent dans tous les sens.
– Comment ça se passe en France lorsque tu veux rencontrer une fille?
– Tu peux en rencontrer dans les bars, les festivals, les clubs, à des soirées chez des amis, ou même sur internet ce qui se fait de plus en plus.
– A des soirées chez des amis ? parce que tout le monde ne se connait pas dans ces soirées?
– Non pas forcement. Ca permet justement de rencontrer de nouvelles personnes des fois.»
– C’est trop bizarre. Si on va chez quelqu’un et que l’on ne connait pas les gens on s’ennuie vite non?!
– Bah non justement. On fait connaissance, et on découvre de nouvelles choses.
Et vous ca se passe comment ?
– A Shanghai, on peut accrocher son profil avec ses infos, numéro et photo sur un arbre à People Square. Mais pas sur internet, on ne fait pas trop confiance.

S’en suivent des conversations plus incroyables les unes que les autres. Jason pratique le couchsurfing, ce qui en fait une personne très ouverte pour un chinois comme il me dit. Mais quelle différence de culture néanmoins ! Pour lui tous les blancs se ressemblent. Comment reconnaitre un allemand d’un roumain ? Un français d’un italien ? On finit par se mettre d’accord que pour nous tous les chinois se ressemblent et que pour lui tous les occidentaux se ressemblent.
– Si je vais en Europe, où est-ce que je peux voir des blonds aux yeux bleus ?
– En général c’est plutôt dans les pays nordiques, mais bon j’en connais moi-même en France aussi.
– Et des gens aux yeux verts ? »
– Je sais pas. Un peu partout j’imagine.
– Comment ça ? Ce n’est pas spécifique à un pays en particulier ?
– Non tu peux en trouver partout.
– Mais pourquoi ? Comment c’est possible?
– Je sais pas. Mélange des cultures j’imagine…
– C’est trop bizarre !

Quartier du vieux Shanghai

Et quand je lui annonce qu’en Europe il y a plus de 20 langues parlées, c’est le choc.
– Comment c’est possible ? C’est trop bizarre ! L’Europe c’est petit, comment il peut y avoir autant de langues ? Et puis pourquoi vous ne faites pas un seul pays pour l’Europe ? L’Europe unis par exemple !
– Mais c’est ça qui est intéressant en Europe. La différence des cultures. Chaque pays a ses coutumes, sa gastronomie, ses spécificités, etc…
– Ok. Du coup si je veux visiter l’Europe, 3 mois ça suffit ?
– Euh… Oui si tu veux. Mais ça serait un peu dommage. Ou alors sélectionne juste quelques pays.
– Mais les villes, c’est un peu toutes les mêmes non ?
– Non ça peut être très différent. Et surtout il n’y a pas que les villes. Il y a les montages, les plages, les campagnes, etc…

Wep. Un bon choc des cultures comme on les aime. Mais le dialogue fut vraiment passionnant, d’échanger sur tous ces sujets, de voir le point de vue d’un chinois qui ne connait quasiment que son pays. La censure de du pays y doit surement y être pour quelque chose…

C’est la tombée de la nuit et Shanghai s’éveille. Les rues se noircissent de monde peu à peu, les bars se remplissent, les gens passent à table, et les grattes ciels se mettent à briller de mille feux. Un tour sur le bund et le long de Nanjing Road suffit à prendre la température, et à surtout prendre son bain de foule quotidien. 24 millions de chinois  qui déambulent autour de soi, ce n’est pas rien.

Un saut rapide dans la ville des canaux de Zhujiajiao, et je laisse à présent les grandes villes de coté, et pars m’enfoncer dans l’intérieur de la Chine, à la découverte de montagnes et des campagnes.

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Vue de Pudong, by night