Royaume de Siam: Escapade dans le nord

Il est bientôt 18h00 et me voila seul à l’aéroport. De nouveau.
Un endroit qui m’est assez inconnu depuis le début de ce périple car la Thaïlande rappelez-vous, je l’ai rallié par la terre depuis Lyon. Déjà un long périple derrière moi, à bourlinguer à travers villes, désert, steppes et jungle. En bus, à bicyclette, en train, à moto ou simplement en levant le pouce. Parfois à suivre un itinéraire bien précis ou simplement en suivant mon instinct et au fil des rencontres au petit bonheur la chance.

La Thaïlande et ses îles du sud étaient un paysage parfait pour passer les fêtes de fin d’année. A présent c’est de nouveau en solitaire que je continue pour encore quelques mois ce périple.
Et dieu sait qu’il y a de quoi faire sur ce continent!

Mon visa thaï étant de 60 jours, j’avais envie d’explorer un peu plus ce beau pays, notamment le nord du pays dont j’avais déjà eu un bref aperçu lors de mon séjour à Chiang Mai. Cette fois-ci, c’est à moto que je m’en allais explorer ces terres éloignées, où se côtoient différents groupes ethniques et réfugiés birmans. Un endroit où les routes serpentent à travers les montagnes, et où les fruits exotiques ont laissé place aux courges, taro, maïs et plantations de thé et de café.
Un monde à part si j’ose m’exprimer ainsi après les paysages “carte postale” du sud.

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Environs de Mae Sariang

Dix jours à sillonner les routes escarpées des provinces de Chiang Mai et Chiang Rai, parfois longeant les montagnes formant une frontière naturelle avec la Birmanie, et parfois longeant le mythique fleuve Mékong que j’avais laissé derrière moi au Cambodge.
Durant des jours la Birmanie est la… Tout près de moi; m’appelant, m’invitant à aller voir de l’autre côté de ces montagnes ce qu’il se passe. Mais la Birmanie est un pays bien à part dont les frontières sont depuis longtemps restées fermées vers le monde extérieur. Pourtant le poste frontière de Mae Sai est ouvert aux étrangers, mais il ne permet pas d’aller bien loin dans le pays.
Non il n’y a qu’une solution pour entrer en Birmanie par les terres: Mae Sot. Mais tout ça, cela sera pour un peu plus tard… En attendant, j’enclenchais la première et filais me perdre dans l’inconnu cheveux au vent!

Maïs chaud et taro en bord de route

Je commençais alors mon escapade au guidon d’un magnifique scooter Honda Click 125 cc. De premier abord la bestiole ne payait pas de mine, mais grimpait sans problèmes les pentes les plus abruptes des montagnes thaïlandaises.
Et pour 150 baths la journée il n’y a rien a redire!

Tout comme au Laos, je n’aurai strictement aucun soucis durant ces dix jours, alors que j’ai encore en mémoire les multiples problèmes avec la moto au Cambodge. Et puis après tout, c’est bien plus fun et “local” de traverser des rivière avec un petit scooter!

Durant ma semaine dans la région de Mae Hong Son j’ai beaucoup réfléchit sur l’option de visiter des villages de femmes “girafe” du peuple Karen. Cette région en abrite en effet un bon nombre, et nombreux sont les agences effectuant des tours dans ces villages.
Ces réfugiés birmans fuyant la junte militaire en Birmanie profitent du tourisme pour survivre, notamment en vendant quelques objets artisanaux. L’entrée dans les villages est tarifiée et la visite prend hélas très vite des tournures de zoo humains. Je décidais de passer mon tour.

Coucher de soleil sur la belle vallée de Pai

Pour bien des personnes, le nord de la Thaïlande se résume en deux villes: Chiang Mai la capitale culturelle, et la petite ville de Pai perchée dans les hauteurs de la province de Mae Hong Son.

J’ai vite compris pourquoi cette dernière était devenue la destination préférée de tous les touristes.
Tout d’abord il y fait frais, ce qui est un gros changement lorsque l’on a été habitué à avoir un temps chaud et humide dans tout le reste du pays. Un grand bol d’air frais!

Et puis à Pai on ne se sent plus vraiment en Thaïlande. On retrouve tout le nécessaire à l’occidental souhaitant passer quelques jours/semaines/mois à se relaxer. A savoir des guesthouses à n’en plus finir, des cafés et des bars a chaque coin de rue, des restaurants divers et variés. Et puis surtout plein d’autres touristes occidentaux avec qui passer du temps.
Il y a bien le grand marché de nuit où l’on peut se régaler de quelques spécialités de la région. Mais à coté d’un stand, on retrouve une famille de Hmongs qui effectue une danse traditionnelle. Le regard vide, ils essaient de nous rappeler qu’avant d’être ce que Pai est devenu, c’était un autre village Hmong comme tant d’autres dans les environs.

Dire que je n’ai pas aimé Pai serait mentir. La vallée autour est magnifique! Mais après tout le capharnaüm fait autour de cette ville, j’avoue être un peu resté sur ma faim.
A vous de voir et de vous faire votre propre opinion. Les goûts et les couleurs…

Petite fille Hmong en habits traditionnels

Il ne me restait alors plus qu’a essayer de me mêler à la foule.
Je m’installais dans le mignon petit café d’“Art in Chai” où une joyeuse ambiance neo-hippie/hipster/neo-beatnik -rayer la mention inutile- y regnait, et me commandais un délicieux Masala Chai
mmmm tous les souvenirs d’Inde resurgissent alors!

Ce soir c’est soirée “open mic” et les gens se succèdent un a un derrière le micro. Parfois pour nous chanter quelques chansons folks, nous réciter un poème ou encore s’essayer au slam. Une jeune australienne nous explique fièrement comment elle est tombée amoureuse de la ville après son arrivée la veille au soir.

Aujourd’hui la “bohème” intellectuelle ne se retrouve plus dans les cafés de Greenwich Village à NYC, c’est dans le petit village de Pai en Thaïlande qu’elle se retrouve!
Ko Phangan est devenue la Mecque de la teuf, Pai est devenue le rendez vous de la cool attitude où il fait bon siroter son thé bio en restant allongé dans son hamac la journée.

Idéal cependant pour passer quelques jours et se reposer avant de repartir sur la route vers la province de Chiang Rai. Et puis qui y a-t-il de mal à retourner un peu à la civilisation occidentale?

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Marché de Mae Salong

C’est dans ce coin que je retrouve la frontière avec le Laos, et le fameux triangle d’or. Comme je le disais il y a quelques mois, l’opium n’est plus que l’ombre de lui-même. En revanche la région a vu débarquer un nouveau fléau, et s’est retrouvée zone de passage de méthamphétamines produites chez son voisin en Birmanie. La drogue qui rend fou, le ya ba comme on l’appelle ici,fait des ravages en Thaïlande depuis les années 2000.
Les produits changent, mais les trafics demeurent dans ces région isolées du globe…

Le triangle d’or est et demeurera toujours une zone de traffic.

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Triangle d’or: A gauche la Birmanie. A droite le Laos

Longtemps, le Triangle d’or fut synonyme d’opium, de champs de pavot cultivés par la myriade d’ethnies qui peuplent les montagnes. Vinrent s’y greffer les débris du Kuomintang, l’armée nationaliste chinoise alors menée par Tchang Kaï-chek : des soldats sans guerre après leur défaite contre les communistes de Mao en 1949 et qui, coincés dans le Yunnan, ne purent se joindre à l’exode pour Taiwan.
Ils s’exilèrent alors dans le nord du Myanmar, avant d’être chassés par les autorités birmanes et de traverser à nouveau la frontière pour gagner la Thaïlande. Ils y recréèrent un bout de Chine, des villages montagnards presque comme là-bas, où l’on distille clandestinement un alcool de maïs cousin du baijuchinois. Ainsi naquit Mae Salong, lové dans des collines luxuriantes à l’extrême nord-ouest de la Thaïlande, tout près de la frontière birmane, ou encore le village de Mae Aw.

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Au loin la Birmanie derrière les montagnes

Nous sommes maintenant le 22 janvier et après un passage rapide dans le parc historique de Sukhothai je suis à présent rendu à Mae Sot comme prévu.
Demain matin je passerai la frontière en empruntant le pont de l’amitié à quelques kilomètres d’ici.

Un nouveau pays pour une nouvelle aventure!

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Parc historique de Sukhothai