L’art du tourisme à la chinoise

Monts Huangshan

“Des centaines de milliers de marches…
                                   et des dizaines de milliers de chinois!”

Cela fait déjà plusieurs semaines que j’arpente la géante rouge, et il est bientôt l’heure de mettre un terme à toutes ces chinoiseries. En effet dans quelques jours seulement, mon visa chinois aura expiré, et il me faudra être de l’autre coté de la frontière.
Avec le recul j’aurais peut-être dû demander une prolongation de visa, mais il est un peu tard à présent, et le Golden Week pointe le bout de son nez.
Le Yunnan, qui figurait parmi les provinces qu’il me tardait de visiter, je le laisserai finalement de côté par manque de temps. Je n’en aurai vu que la capitale Kunming l’espace de deux jours, le temps de goûter à la cuisine Dai et de me perdre dans la ville…
Il faut se mettre à l’évidence: la Chine est un bien trop grand pays pour espérer pouvoir en découvrir toutes ses facettes l’espace d’un mois seulement.

“Chine je reviendrai. Tu m’as étonnamment surpris et enchanté depuis le début, et je commençais à m’attacher à toi…”

Mon parcours se façonnait peu à peu, et continuait à évoluer jour après jour. Il faut dire qu’avant mon entrée en Chine, je n’avais strictement aucune idée de mon itinéraire -mis à part mon arrivée en Trans mongolien à Pékin- et ne connaissais que très peu de choses de cet immense pays.
Partir en direction de l’ouest en empruntant l’ancienne route de la soie ? Foncer plein sud vers Hong Kong en longeant la côte est ? Traverser le pays en diagonale jusqu’à la frontière sino-laotienne ? Que d’itinéraires possibles et envisageables s’offrent au voyageur posant les pieds sur le sol chinois pour la première fois.

Huangshan: Les monts jaunes

Huangshan: Les monts jaunes

Et puis la magie du voyage et des rencontres encore une fois opérait. Carl et Sally- mes hôtes à Pékin- ne juraient que par les montagnes jaunes. Un français rencontré dans un bar me persuadait de me rendre au parc national d'”Avatar“, alors que Wilson, un anglais d’origine chinoise, me détournait du Yunnan et m’encourageait à me rendre dans la province du Guangxi plus à l’est.
L’itinéraire prenait alors forme peu à peu, la météo étant également un facteur important entrant en jeu. Il n’y avait plus qu’à se lancer dans l’aventure, au milieu des millions de chinois… Sautant de bus en trains; de téléphériques en vélos; écumant les auberges de jeunesse et autres guest house, plantant ma tente en pleine forêt, ou passant mes nuits dans les trains et autres bus chinois.

Si l’on parvient à passer outre ses hordes de touristes, la Chine offre de magnifiques trésors. Parce que oui des touristes en Chine il y en a, et c’est rien de le dire -et je ne parle pas de touristes étrangers comme vous ou moi. Exclusivement des touristes chinois, venu par dizaines de milliers explorer leur pays.

Infrastructures au mont Tianmen

Seulement le tourisme à la chinoise, c’est tout un monde pour nous autres occidentaux. On m’avait prévenu qu’en Chine on n’était jamais seul, mais jamais je n’aurais imaginé autant de monde. Où que l’on aille, quoique l’on fasse, des touristes partout, en masse, agglutinés en file indienne derrière leur guide hurlant, mégaphone au poing.
En Chine, on ne va pas prendre un bol d’air frais à la montage ou randonner dans les environs. On y va en bus, on paie son droit d’entrée 40 euros, on prend un téléphérique et on marche un peu avant le prochain téléphérique/bus. Tenue correct conseillée, talons/chaussures de ville et jupe sont la norme ici dans les montagnes. Finalement en Chine, on “visite” la montagne plus qu’on ne “va” à la montagne.

Aucun besoin de s’encombrer de tente ou de sandwich pour casser la croûte : des hôtels 4 étoiles vous attendent au sommet, ainsi que tout une tripotée de restaurants pour répondre à toutes vos attentes. Vous avez oublié de prendre du liquide sur vous ? Une banque est à disposition, tandis qu’un poste de police est là pour faire régner l’ordre dans ces contrées hostiles. Vous ne vous êtes pas assez dépensé durant la journée, allez tâter du ballon sur le terrain de basket. Attention cependant, mieux vaut avoir prévu le coup et être venu en chaussure de sport.
Un sac à dos pour transporter l’eau ? Pourquoi faire le touriste chinois préfère trimbaler directement son sac en plastique de courses à la main.

Monts Tianmen

Monts Tianmen

Hallelujah Mountain

Hallelujah Mountain

Huangshan et ses montagnes jaunes, le parc forestier national de Zhanjgiajie, ou encore les monts Tianmen. Autant de décors de rêves que j’ai pu parcourir durant ces quelques jours. Les guides et personnes rencontrées ne mentaient pas à leurs sujets : des paysages grandioses et irréels, comme je n’en avais jamais vu auparavant.  Seul regret néanmoins: mon pied n’aura pas touché la terre a proprement parlé.

Uniquement des pavés et des marches. C’est comme ça en Chine, des infrastructures à n’en plus finir. Des rambardes, des échelles, des marches, des chemins pavés, des téléphériques, des toilettes publiques, des bars, des restaurants, des magasins de souvenirs, etc… ce qui peut être sacrément impressionnant comme au sommet des monts Tianmen où il y a même une portion avec un sol en verre, afin de pouvoir observer les centaines de mètre de vide en dessous de ses pieds. Si l’on parvient à se frayer un chemin au milieu du bain de foule évidemment… Dur d’être tranquille et de “goûter” à la nature.

Mais il suffit de marcher quelques kms en dehors des “routes touristiques” pour se retrouver seul durant des heures, et ce même un dimanche. Et le bon côté de ces chemins “hors des sentiers battus” si j’ose m’exprimer, c’est que l’on se sent un peu plus à la montagne. Pas de personnel balayant les feuilles mortes tombées sur les marches, pas de poubelles tous les 50 m. Quelques branches d’arbres en travers pour vous rappeler que vous marchez en forêt, et même un pont à moitié effondré !

La fin de journée approche, je n’en peux plus et la rivière est trop tentante. je me jette à l’eau. Un peu à l’écart tout de même car apparemment se baigner dans les rivières ce n’est pas la coutume par ici…

Zhangjiajie National Park

Zhangjiajie National Park

Mais pour apprécier ces décors fantastiques tirés tout droit des films, il vous faudra passer par les joies des transports chinois. Non que le réseau ferroviaire ou de bus soit mauvais- il est au contraire extrêmement complet- non le problème vient plutôt des chinois en eux-mêmes. Ou plutôt de leur attitude et leur comportement en société –l’Inde n’étant pas mal dans son genre non plus- mais encore une fois, je suppose que nos cultures sont bien différentes et qu’en tant que pauvre petit voyageur français, je ne peux en déjouer tous ses mécanismes complexes.
Il faut savoir que dans les trains chinois, le temps est ponctué par les incessants crachats et raclements de gorge tous plus immondes les uns que les autres. Tel un métronome, le même homme recommence encore et encore. Parfois dans la poubelle, parfois directement au sol. Ce n’est pas grave finalement, le crachat permet de refroidir les cendres de cigarette tapotées négligemment au sol auparavant. Mais quelque fois le haut-parleur du téléphone couvrira tous ces bruits incommodants. Parfois d’une musique douce, parfois d’un jingle d’émission tv chinoise insupportable.

J’ai l’impression parfois que la surpopulation en Chine a abouti à un non respect et une ignorance total de l’autre –ou ce fut-il toujours le cas?-. Dans la rue c’est chacun pour sa gueule. Les passages piétons sont uniquement là pour la déco. Les panneaux d’interdiction de fumer: idem. Ici on fume là où l’on veut, interdiction ou non. dans les bars, les resto, les trains, les lieux publics. Le concept d’écouteurs est inexistant et les bruits se mêlent entre eux au milieu de ce brouhaha parfois infernal. On n’hésite pas a resquiller à tout va dans les queues, à brailler dans les chambres d’auberge à 5h du mat…
Mais je m’arrêterai la pour les reproches, on finirait par dire que je ne suis qu’un énième français râleur…

Rizières en terrasse du Dos du Dragon

Rizières en terrasse du Dos du Dragon

Une fois mon sac posé dans la région autonome du Guangxi, je partais à la découverte des compagnes environnantes, à la recherche d’une toute autre atmosphère. Au guidon de mon vélo, je partais au milieu des rizières en pleine récolte du côté de Chéngyang.

Seul touriste à des kms à la ronde, je rencontrais une population souriante et généreuse: les Dongs. Les vieux travaillant dans les champs me montrant leur machine à récolter le riz, les travailleurs de chantier m’offrant de l’eau avant une grosse montée, un jeune chinois me payant une bière dans une bicoque le long de la rue, avant de finalement payer la note finale. Aucun d’eux ne parle anglais, mais les sourires et les gestes parfois suffisent a faire passer quelque chose.
Mais il est vrai que la langue reste une énorme barrière dans ce pays. Et même avec des gestes il est parfois très compliqué de se faire comprendre dans la rue. Inutile de compter sur l’anglais, vous pouvez l’oublier durant votre séjour au pays de Mao !

Campagne autour de Chéngyang

Campagne autour de Chéngyang

Le Guangxi, c’est aussi la région où se trouvent les fameuses rizières en terrasse du Dos du Dragon. L’homme ici a pour une fois su embellir et magnifier son environnement, et non le détériorer comme à son habitude. Une prouesse humaine, qui dure depuis des siècles au sein de l’ethnie des Yao. Ici les femmes ne se coupent jamais les cheveux et arborent encore aujourd’hui leur superbe costume traditionnel coloré.
Encore une fois en revanche, je passe pour un extraterrestre aux yeux des locaux. Et pour cause: je porte mon sac tout seul! Quelques vielles femmes m’ont bien proposé de le porter moyennant une poignée de Yuans, mais je ne me suis jamais fait porter mon sac jusqu’à aujourd’hui, alors pourquoi commencer maintenant? Surtout qu’il n’y a qu’une quinzaine de kms entre les deux villages, le tout relativement plat si ce n’est sur la fin.

Je terminais alors mon séjour dans le Guangxi en restant quelque jours à Xingping, entourés des dizaines de pics de calcaire propres à la région. Le temps est extrêmement lourd et la chaleur à la limite du supportable. Pas un brin d’air, et il y a comme un brouillard stagnant tout autour, mais ce qui a la particularité d’ajouter un quelque chose à l’atmosphère du lieu.

Après une ballade le long du fleuve Li et des forêts de bambou en compagnie d’un couple de belges faisant un tour du monde de deux ans (sans avion), je pars pour un circuit de 70 kms à vélo, en direction de Yangshuo. Sur la rivière Yagon, les radeaux en bambou sont cette fois sans moteur, ce qui rend la visite des alentours beaucoup plus calme et authentique. La campagne environnante est superbe, et l’on peut observer quelques buffles faire trempette dans l’eau, ainsi que les majestueux pics se dresser devant le fleuve.

Beaucoup d’étrangers à Xingping et ses alentours, ce qui m’amène a me questioner sur un phénomène assez étrange en Chine. Là où il y a énormément de touristes chinois, les étrangers sont très peu nombreux, mais là où il y a beaucoup d’étrangers, très peu de touristes chinois. A croire que chacun fuit l’autre ! C’est d’ailleurs pour ces raisons que le début de mon séjour fut assez solitaire –mis à part à Pékin et Shanghai-, mais la fin beaucoup plus entourée.

Je me dirige maintenant vers le sud du Yunnan, afin d’entrer en Asie du Sud-Est. Ce sera au Laos pour commencer.
La végétation à déjà beaucoup changé depuis Kunming en altitude, et le paysage n’est plus fait que de jungle, rizières et bananiers. Un premier aperçu du fleuve Mékong en passant par Jinghong.

J’entre à présent dans les confins du Triangle d’Or

Pics de calcaire vers Xingping

Pics de calcaire vers Xingping