Transsibérien et Baïkal, Bienvenue en Sibérie!

P1110996“L’avion est un mode de transport qui détourne de l’expérience du voyage, qui limite l’esprit. Avec le train, non seulement  vous voyez chaque lopin e terre qui défile, mais vous percevez plus clairement la réalité des distances.”

Mark Smith, fondateur du site seat61.

Lundi 14 juillet 2014 : 00h35 (Heure de Moscou)
Embarquement à bord du train n°100 à destination de Vladivostok.
Vous souriez et tendez votre sésame à la provodnitsa qui vous indique votre place pour votre séjour à bord. Place n°14, wagon 14, couchette du haut. Je dis séjour car ce voyage va durer… 4 nuits, 4 jours. 5180 kms de Moscou à Irkoustk, à travers, plaines, taïga et steppes. 87 heures à bord du mythique transsibérien en platskart (плацкарт), la troisième classe des trains russes. Arrivé prévu en gare d’Irkoutsk le jeudi à 16h23 heure de Moscou. Je précise heure de Moscou, car en Russie tous les trains et gares se réfèrent à l’heure moscovite. Plutôt pratique  lorsque l’on sait que le pays traverse 9 fuseaux horaires d’est en ouest.
Pour l’immersion total, j’ai donc choisit de voyager en platskart cette fois ci. J’aurai pu choisir de voyager en seconde classe (kupe) avec seulement trois autres compagnons comme je l’avais entre Saint Pétersbourg et Moscou, mais vivre en communauté avec une quarantaine d’autres personne est je trouve bien plus palpitant, et rend l’expérience encore plus authentique. Et puis mon portefeuille m’en remercie… 130 euros pour traverser plus de la moitié du pays, les agences de voyage peuvent aller se rhabiller !

Le train démarre, et le kilomètre zéro s’éloigne lentement… Pas de coup de sifflet, et pas une minute de retard ou d’avance.
Les passagers s’installent, et l’hôtesse du wagon me remet mes draps et une petite serviette. Je salue mes camarades.

Valeria

Valeria

– Franzuska ?
– Da, minia zavout Matthieu
– Mireille Mathieu ?
– euh…. Da. Ochin priatna !
– Louis de Funès!!!
Mince le type qui me parle en face de moi est complètement bourré…mais imite à la perfection les mimiques de Louis de Funès !
– Ukraaaaine ? Fasciste ?!?!?  (attention l’accent russe est important ici)” me demande-t-il en me montrant du doigt et en haussant le ton.
– Euh…

Je crois qu’il est temps de monter dans ma couchette. Heureusement les deux femmes en face de moi me sortent de cette situation fâcheuse en calmant le type. Une douce musique pour pallier aux ronflements environnants et me voilà endormi… pour cette première nuit à bord du train N°100.

Petite parenthèse et mise au point à propos du transsibérien:
Le voyageur rêve du transsibérien, LE Transsibérien, ce train mythique qui relie Moscou à Vladivostok.
En réalité le voyageur d’aujourd’hui se retrouve face à une multitude d’itinéraires différents: le transsibérien, le transmongolien, le transmandchourien… Quel est alors le tracé légendaire, l’original?  A vrai dire il n’y a pas réellement de vraie réponse. L’ancien tracé passe un peu au nord, par Iaroslavl et Perm, alors que le “classique”, celui qu’emprunte le Rossiya passe un peu plus au sud par Kazan jusqu’à arriver au Far East de la Russie: Vladivostok.
Mais à dire vrai, tout ceci n’est que commerciale! Dites à n’importe quel russe que vous prenez le transsibérien pour traverser le pays et voyager, il vous regardera avec de grands yeux. D’abord parce qu’il ne comprendra pas ce que vous entendez par “transsibérien”, et ensuite il vous prendra pour un fou de prendre un train durant trois jours uniquement pour le “plaisir”. Ici les gens prennet le train pour aller voir leur famille, lorsqu’ils travaillent à Moscou par exemple. C’est pour eux le moyen le plus économique de se déplacer dans le pays.

Bref, je ne suis qu’un touriste parmi tant d’autres, et pour moi l’aventure transsibérienne commence !

A mon réveil mon voisin de dessous a déjà changé: Anastasia, une  jeune fille de 18 ans a pris sa place. Quelques mots échangés en russe, en anglais, quelque nourriture échangée, une tentative d’explication de mon itinéraire en Russie à l’aide de dessins et de mots. Puis chacun se tait. Et le temps passe…lentement…
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Les voyageurs enchaînent les allers-retours au samovar pour se réapprovisionner en eau chaude pour leur thé et autre soupe instantanée. Evidement je suis le seul étranger à bord. Que viendrait faire un touriste dans ce train?

P1120077Valeria a « un peu » dessoûlé durant la nuit, et on entame une partie de carte avec deux des autres passagers. Quel est le jeu ? Aucune idée… Quels sont les règles ? Aucune idée… En tout cas j’ai déjà gagné deux fois ! Et j’ai cru comprendre qu’il y avait une histoire d’atout. Allez savoir…
Je découvrirai plus tard qu’il s’agissait du
Durak, un jeu d’origine russe connu de tous.
Ça y’est on a passé la région de l’Oural: nous ne sommes plus en Europe mais bel est bien en Asie. Moscou est déjà bien loin, et Irkoutsk se rapproche petit à petit…
Depuis le départ certains sont parti, laissant place à de nouveaux compagnons de route. Valeria, après une remontrance de la part de la police monté à bord, a depuis décuvé, et restera sobre les 3000 kms suivants.
Le temps passe et chacun fait sa vie. Certains restent couchés, gisant sur leur matelas, agonisant sous l’ffet de la chaleur, pendant que d’autres s’acharnent sur des mots fléchés. Quelle heure peut-il bien être ? Aucune importance nous sommes dans ce wagon depuis bien trop longtemps et allons encore y rester encore des heures et des jours durant…

A bord du transsibérien le temps.. se fige, n’existe plus. D’ailleurs dans quel fuseau pouvons-nous bien être ? Nous venons de passer l’oural, il doit donc être deux heures de plus qu’à Moscou. ou peut-être déjà trois ? Parfait pour une petite partie d’échec ! Puis une autre…et encore une autre ! Je lis un livre, puis un second…puis encore un autre. Je me réserve Dostoïevski et autre Tolstoï pour plus tard… peut-être sur les berges du Baïkal?

Une chose me surprend néanmoins. La vodka et la bière ne coulent pas à flot comme tout le monde me le répétait depuis le début de mon voyage. En effet depuis juin la prohibition est de mise. Alcool interdit dans les lieux publics. De même que pour la cigarette. Et les russes ont l’air de respecter la nouvelle loi jusqu’à maintenant. Bien sur il y a toujours des irréductibles qui cachent leur bouteille sous le matelas… Non le transsibérien ce n’est plus comme avant me confiera un voyageur. Moins fun pour certains. Plus sur pour d’autres.

Alors on contemple le paysage défiler par la fenêtre, sobre. Toujours le même, monotone au possible, mais la lenteur du train nous permet de scruter chaque changement, aussi infime qu’il soit. De l’infini de la taïga aux petites maison de bois le long des voies, la forêt de bouleaux continue de défiler sous mes yeux. C’est donc cela la Sibérie. Un sentiment de “déjà-vu” qui se renouvelle heure après heure, à mesure que les kilomètres défilent.
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Il  pleut maintenant depuis plus de 12 heures sur les plateaux de Sibérie. Enfin un peu d’air dans le train, ce qui me fait le pus grand bien. Surtout que pour pimenter un peu le voyage, mon corps a décidé de jouer les rebelles. Pris de nausées et de sueurs, impossible d’avaler quoi que ce soit depuis bientôt 48 heures. Les spécialités locales vendues sur les quais des petites gares, ça ne sera hélas pas pour cette fois…

C’est finalement à la tombée de la nuit, 21h35 heure locale, que j’arrive sous la pluie sur le quai d’Irkoutsk. Fatigué, sale, je me dirige au hasard dans la ville à la recherche d’un toit pour la nuit. Le Baikaler Hostel m’accueillera pour les deux prochaines nuits, histoire de souffler un peu et reprendre des forces. Le Baîkal n’est désormais plus très loin. Seulement à 70 kms au sud de la ville.
Mais partons tout d’abord a la découverte d’Irkoustk, capitale de la Sibérie orientale.

Irkoutsk

Irkoutsk

La ville, d’un demi million d’habitants tout de même, est plutôt belle, bien organisée, propre. Les anciennes maison en bois s’écroulent et se mêlent à la nouvelle architecture. Certaines de ces habitations n’ont toujours pas l’eau courante, et doivent approvisionner aux robinets publics. De la mauvaise pop russe résonne sur les rives de l’Angara lorsque je me promène au coucher du soleil. Face à moi, de l’autre coté du fleuve: la gare.

Depuis le départ de France et mon arrivée en Russie, toute mon attention était focalisée sur une chose et une seule: le lac Baïkal: la Perle de Sibérie .
Débarrassons nous tout de suite des statistiques de la démesure : 700 kms de long, 50 de large, jusqu’à 1600 m de profondeur en certains endroits: la plus volumineuse réserve d’eau douce de la planète! Rien que ça…
Les quelques heures de route qui me permettent d’arriver sur l’île d’Olkhon, à mi-chemin entre sud et nord du lac se terminent par une piste de terre. Les voitures laissent peu à peu place aux 4×4 et minibus de fabrication russes. robustes. Le décor change peu à peu jusqu’à devenir désertique, et les rives du lac se rapprochent. Aujourd’hui il n’y aura que 2 heures d’attente pour monter a bord du ferry. La veille, il y en avait eu 5.
Nous arrivons à Koughir, le principal village de l’île en milieu d’après-midi. Première impression très mauvaise: des hordes de touriste (week-end oblige), des campements à tout va, des hôtels et des restaurants partout. Moi qui pensait me perdre dans la steppe et sur les rivages du lac… heureusement il y a une solution. Partir tout droit et s’éloigner du village. A peine 5 kms plus loin et me voici seul. Seul face au géant, cette étendue d’eau gigantesque qui m’entoure, semblable à une mer.

Le rocher du Chaman

Les deux premiers jours, je les passe à vélo à explorer le nord de l’île, jusqu’au cap Kobhoy. Après plus de 50 kms dans les jambes, je trouve une petite plage isolée pour poser ma tente. Les précédents ont laissé du bois et des pommes de terre, de quoi me faire un festin avant la nuit! Le dîner prêt, le camp en place, ne serait-ce pas l’heure d’une petite baignade au coucher du soleil?

Trempez les pieds dans le lac et votre espérance de vie s’allongera d’un an. Baignez votre corps tout entier et voila 25 ans de gagné!
J’opte pour la seconde option, après tout, l’eau n’est pas si glaciale que cela a cette époque de l’année…

Quelque chose de mystique flotte sur cette île, un mélange de paix et d’énergie se dégage dans l’air. Le fait que l’île soit un des 5 centres sacrés du chamanisme y est surement pour quelque chose. De plus, nous sommes à présent en Bouriatie, la région bouddhiste de Sibérie. Je m’assieds et observe. En silence je contemple l’immense étendue d’eau face à moi, avant d’aller m’allonger et fermer les yeux. Le clapotis de l’eau me berce et je sombre peu à peu dans un sommeil profond…

Vélo remis a son propriétaire, je décide de partir explorer le sud de l’île a pieds. Pas d’itinéraire précis, seulement rallier l’embarcadère au sud de l’ile en deux ou trois jours. Suivant d’abord les rives du lac, je décide d’aller m’enfoncer un peu dans les terres. Le lac s’éloigne, et moi voici rapidement au beau milieu de la steppe. Regard rapide a 360°. De la steppe, et encore de la steppe. Je me sens tout petit tout a coup. Le retour à la civilisation, il se fera en stop jusqu’à Irkoutsk.
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Et comme si ces 6 jours sur l’île ne m’avait pas suffit, me voilà reparti sur les berges du lac, du côté de Listvianka cette fois-ci, a arpenter le tracé du Great Baïkal Trail. Dans les forets de Sibérie je m’enfonce doucement et avance à petit pas, le lac sur ma droite… Quelques 25 kms plus loin et je rallie le petit village de Bolshie Koty pour y prendre un bateau et revenir à Irkoutsk.
Et enfin pour clôturer mes aventures balkaïesques, je pars en direction de Slioudianka attraper un train et terminer a pieds sur l’ancien tracé du transsibérien jusqu’à Port Baïkal, empruntant la voie ferrée du CircumBaikal. De multiples tunnels, des ponts, des virages et encore des virages. Sensation étrange que d’évoluer a pieds le long de ces rails, qui n’est d’ailleurs pas sans me rappeler  les joies des Eurockéennes de Belfort! Le taux d’alcoolémie étant moindre cependant, j’évolue tranquillement des kms durant. Peur de rencontrer un train? Peu probable si l’on prend en considération qu’il n’y en a qu’un par jour et uniquement 5 jours sur 7. Des serpents? Niet. Des tics? Niet. Ni d’ours d’ailleurs, seulement quelques russes bruyants ici et la…

Great Baïkal Trail

Great Baïkal Trail

CircumBaïkal

CircumBaïkal

Derniers jours en Russie. Mon visa expire le 30 juillet et je dois d’ici la être à la frontière russo-mongole.
Le transsibérien m’emmène en longeant le Baïkal au sud sur près de 300 kms, avant de rejoindre Oulan Oude, la capitale de la Bouriatie. Le e wagon commence sérieusement à sentir l’omoul fumé, le poisson emblématique qui ne vit que dans le Baïkal…
La gigantesque tête de Lénine m’observe lorsque j’arrive à mon auberge dans le centre de la ville. La population change a encore changé. Nous ne sommes plus très loin de la Mongolie et ça se ressent. Il suffit d’ouvrir les yeux!

Demain, je devrais franchir la frontière, en stop car le bus direct est complet. L’aventure continue!