Cambodge: Bienvenue chez les khmers

CARTE D’IDENTITE

CAPITALE: Phnom Penh
LANGUE: Khmer
REGIME POLITIQUE: Monarchie constitutionnelle élective
POPULATION: 14,700 millions
DEVISE: Riel (KHR), Dollar ($)
PIB / Hab: 2 200 $


17 avril  1975
 : Les troupes des khmers rouges font leur entrée dans Phnom Penh.
Sous le commandement de Pol Pot, ce ne sont pas moins de deux millions de citadins qui sont évacués vers les campagnes dans des conditions désastreuses, avant d’être exterminés dans les multiples camps du pays. En l’espace de seulement quelques jours la capitale est désertée, et la dictature se met peu à peu en place dans l’ensemble du pays.

C’est alors que durant les quatre années –3 ans 8 mois et 20 jours plus exactement- qui suivirent cette “révolution sociale”, le régime de Kampuchéa démocratique allait décimer plus de 20 % de la population totale du Cambodge. Plus d’une personne sur quatre exécutée. Un chiffre qui fait froid dans le dos et qui témoigne de la violence de la dictature mise en place à l’époque. Un véritable génocide.

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Angkor Vat

C’est tout naturellement que ce voyage au Cambodge commençait à Phnom Penh la capitale. Après des heures de bus et une attente interminable à la frontière -où miraculeusement le prix du visa a augmenté de 5$ (tarif week-end parait-il ahah)-, j’arrivais enfin à la You Khin House, de nuit.
Mes parents, arrivés un peu plus tôt dans la journée de France sont déjà à la guesthouse, et bien entendu Muoy est là pour m’accueillir. La dernière fois que je l’ai vue c’était en France lorsque j’avais deux ans. Vingt-six ans se sont écoulés depuis…

La pluie à Phnom Penh…

Muoy qui étudiait à Clermont-Ferrand dans les années 70 a échappé aux camps de la mort, et est restée loin de son pays de longues années durant. Ce n’est qu’en 2004 qu’elle reviendra au Cambodge.

Aujourd’hui elle n’a qu’une idée en tête : venir en aide aux enfants de son pays, en leur donnant une chance de s’en sortir.

Sa Guest House -une très bonne adresse à recommander: un havre de paix très chaleureux au centre de la fatigante Phnom Penh- est une activité à but non lucratif dont tous les revenus vont à l’école qu’elle a créée et où elle enseigne avec différents volontaires venus du monde entier.

Une femme d’exception, infatigable, ambitieuse, au service de son pays et de ses compatriotes, et qui rêve de faire bouger les choses.

 “Le Cambodge est longtemps resté dans l’ombre, Il est temps qu’il renaisse de ses cendres.”

C’est ainsi que Muoy nous emmenait mes parents et moi, dans un voyage au cœur de la culture cambodgienne. Deux semaines entre villes et campagnes, entre temples anciens et plages de sable fin, à découvrir un pays fabuleux aux multiples facettes et ressources.

Si la plupart des touristes ne viennent au Cambodge que pour les fameux temples d’Angkor ce n’est pas pour rien. Véritable joyau de l’empire khmer, ces derniers incarnent à la perfection la grandeur d’une civilisation d’antan.
Angkor Vat figure partout : sur le drapeau, les bouteilles de bière, les paquets de cigarettes, les enseignes d’hôtel…Symbole et fierté de la culture cambodgienne, il rappelle au monde l’histoire illustre du peuple khmer.

Le Cambodge, pays au double visage où derrière ces sourires et cette joie se dissimule parfois la douleur, et l’amour laisse alors place à la haine.
Double visage assurément: l’un au passé glorieux, et l’autre à la tragédie récente.
Pol Pot, nom maudit, évoque les tragédies personnelles et les souffrances qui ont marqué de manière indélébile la majorité des cambodgiens.

Heureusement le pays est bien décidé à renaître, et c’est une population très jeune qui peuple le Cambodge. Des enfants par milliers dans les rues, prêts à assurer la relève et (re)construire l’histoire du pays.

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Ta Prohm

Mais il y a bien plus à découvrir dans le pays que la région de Siem Reap. A commencer par la capitale elle-même. Si cette dernière ne resplendit pas par son architecture, elle est un excellent point de départ pour s’imprégner de la culture khmer et en apprendre plus sur l’histoire du pays, notamment à travers le tristement célèbre “Choeung Ek – Killing Fields“.

Et puis cette année nous avons de la chance. Cela fait quatre années consécutives que la fête de l’Eau -appelée localement Bon Om Touk n’a pas eu lieu, mais cette année nous sommes présents pour y assister!
Défilés de bateaux-chars à la tombée de la nuit, courses de bateaux, combats de boxe, des millions de visiteurs venus de tout le pays… la capitale brille et attire les foules durant ces trois jours de fête. Agoraphobes s’abstenir.

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Fête de l’Eau à Phnom Penh

Vendredi 14 Novembre: 06h17 
Cela fait déjà plusieurs jours que les premiers symptômes ont commencé à apparaître.
Je dors mal, je tremble, j’ai des frissons et des sueurs froides.
Je crois qu’il faut me rendre à l’évidence. Je suis devenu accroc et ce qui me torture n’est autre que le manque.
Mes parents viennent de repartir par l’avion de 7h…

8h15: Je n’en peux plus il me faut une moto! Je replonge aussitôt… Et me retrouve très vite au guidon d’une moto Honda 250 Degree, prêt pour un nouveau Road Trip autour du Cambodge, en commençant par les provinces reculées du Nord Ouest.
Il y a quelque chose dans la balade à moto qui me plait énormément. Peut-être cela est-il du à l’aspect contemplatif et introspectif que cette activité engendre. Et puis on se sent tellement libre et plus proche de la population, face à face avec les locaux. Et face à soi-même.

En Asie les mots d’ordre sont rentabilité et efficacité. Sur un scooter la moyenne de passagers est de 3, et ce nombre peut grimper jusqu’à 5 pour les familles, voir 6 avec le nourrisson dans les bras du conducteur.

“Au Cambodge, rien n’est impossible”
“Au Cambodge, tout est toujours possible”

Votre visa ne sera prêt que dans 2 jours et vous serez déjà à 200 kms de la ville? Pas de problème: un taxi vous l’apportera en quelques heures et moyennant 4 à 5$ -le Chronopost cambodgien si on peut dire…- Nous partons dans le sud avec Muoy demain matin  à 8h et voudrions emporter un nouveau salon de jardin? pas de problème: on passe la commande à 20h par téléphone, on est livré le lendemain matin dimanche 9 novembre, jour de la Fête Nationale de l’Indépendance, à 7h!…On paiera plus tard…

On reste sans cesse admiratif de la capacité à transporter des choses toutes plus énormes les unes que les autres sur un unique petit véhicule. Des matelas, des bidons, de la nourriture, parfois même des magasins ambulants entiers.
Chaque jour on s’étonne un peu plus de la capacité de stockage de ces petits engins, que ce soit de vulgaires mobylettes ou des tuk tuk customisés.

Et la sécurité dans tout ça ? Pas vraiment un mot qui existe en Asie. Un enfant sans casque entre soi et le guidon ne choque pas vraiment, de même que de rouler à contre sens sur les grands axes ou de griller les feux rouges. La conduite à l’asiatique c’est un tout autre univers, où un sixième sens se développe naturellement pour naviguer dans ce capharnaüm.

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Paysage sur le Mékong

Ici on conduit à partir de 10 ans ou même avant. Et cela ne pose pas de problèmes -de toutes façon les règles il n’y en a pas vraiment ici- Après plusieurs mois passés en Asie on commence à comprendre que les panneaux de signalisations, les marquages au sol et autres feux de signalisation ne sont en fait que pure décoration. Un peu de jaune par ici, quelques lignes blanches continues par là… Et pourquoi pas un panneau 40 km/h a cet endroit?
Un conseil tout de même: Évitez la police comme la peste! Vous aurez beau être en règle ils trouveront toujours quelquechose à redire et vous serez bon pour passer par la case bakchich. Durant ces deux semaines, j’adoptais la technique du “Je rabats ma visière et regarde ailleurs” 100% de réussite !

Comme au Laos, beaucoup de routes sont en construction mais se détériorent très vite. Et même lorsque certaines paraissent à première vue en excellente état, il faut constamment veiller à ne pas heurter un nid de poule à grande vitesse. Mais tout le plaisir de la conduite survient lorsque l’on sort des grands axes, et que l’on s’enfonce dans l’inconnu sur les chemins en pleine campagne.

Cependant lors de ma traversée de la chaîne des Cardamomes j’allais vite comprendre ce qu’on entend par “piste” au Cambodge.
La piste Ho Chi Minh au Laos n’était qu’un exercice, un vulgaire sentier bien tracé. La route parcours du combattant entre Batambang et Promouy fut un véritable désastre. Outre le fait de franchir de véritables piscines de 10 m de long avec parfois près d’un mètre d’eau, je me devais de rester attentif et d’éviter l’embourbement.
Échec cuisant puisqu’après seulement 20 kms, j’en étais déjà à mon troisième. Et dans ces cas-là une personne n’est hélas pas suffisante pour se sortir de la situation. Heureusement les khmers sont un peuple adorable et toujours prêts à aider.

Piscine

De l’eau jusqu’aux cuisses: les ennuis commencent…

Première erreur : Partir seul dans ces chemins boueux. En qu’a d’embourbement, il est quasiment impossible de repartir, la moto étant trop lourde à porter seul. Avec une seconde personne, il suffit en général de pousser pendant que l’autre tire.
Deuxième erreur : Partir avec une 250cc. Certes les pneus accrochent et la bestiole en a dans le ventre, mais la moto est vraiment plus lourde qu’un petit scooter avec lequel les locaux s’en tirent très bien. Le moindre déséquilibre et c’est la chute assurée. Et une chute dans la boue ce n’est pas agréable du tout j’en sais quelque chose!
Troisième erreur : Ne pas lire les petites lignes du topo récupéré en ligne. “VERY VERY HARD PART. TO BE AVOID DURING RAINY SEASON” aurait dû me mettre la puce à l’oreille, surtout quand cela vient de motards expérimentés. La vérité me frappait en plein visage : On ne s’improvise pas pilote de moto cross du jour au lendemain. 
Quatrième erreur :
 Ne pas avoir d’outils sur moi. Le loueur m’avait ben donné des pièces de rechange, mais avait omis de me fournir tournevis et clef à pipe.   Résultat lorsque je cassais la poignée d’embrayage, je ne pouvais la remplacer de suite et devait rouler en première jusqu’au prochain village.

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Village flottant de Kompong Luong

J’avais été fort déçu de mes “homestay” précédents dans le village flottant de Kampong Luong et dans le nord du pays. On paie sa nuitée et son repas mais il n’y a strictement aucun contact avec l’habitant -ce qui pour moi était tout l’intérêt de ces homestay-. On mange dans son coin et on s’ennuie, la famille préférant aller ailleurs. Une sorte de Couchsurfing, mais payant et sans l’aspect d’échange qui fait toute la force du Couchsurfing.
Il est vrai que sans parler khmer la discussion est nettement plus compliquée mais j’ai déjà passé de merveilleuses soirées avec des locaux sans vraiment échanger de mots, mais bien d’autres choses. Des sourires, des gestes, des jeux, des repas, quelques verres, de la musique. Les possibilités sont infinies et la langue n’est pas forcément une barrière.

L’argent change les relations, mais l’argent n’achète pas tout…

Lors de ma panne de batterie à la nuit tombée, je me retrouvais seul, à pousser ma moto dans l’espoir d’un miracle. Pourquoi il n’ya pas de foutu kick sur cette moto je ne le comprendrai jamais?!  Le prochain village est à 8 kms et il fait déjà nuit noire. Je commence à envisager la nuit à la belle étoile dans la forêt.

Et le miracle fut. Une première personne s’arrête et m’emmène à l’arrière .Il empeste l’alcool et je ne suis absolument pas rassuré lorsqu’il se met à accélérer sur la piste boueuse de nuit. Quelques kms après c’est la crevaison libération, et je peux respirer à nouveau et reprendre mes esprits.
Puis un autre local pointe le bout de son nez. Il m’emmène a son tour et cette fois ci nous arrivons jusqu’au village où il me dépose chez un ami. L’homme parle un peu anglais, a vécu de longues années en Afrique et met tout en œuvre pour m’aider. “I help people, and god bless me” Il m’offre à manger, à boire, une douche –on ne voit plus un seul cm² de ma chemise ou de mon jean tellement il y a de boue-.
Épuisé après cette dure journée, je m’endors paisiblement dans le hamac. Demain sera un autre jour…

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Chutes de Tatai: Premiers essais en paddle

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Bamboo Island

Et puis le Cambodge c’est aussi ses îles paradisiaques dans le sud du pays. Koh Kong, Rabbit Island, Koh Rong, etc… Des petits bungalows, pas d’électricité. Un petit bout de paradis.
Si Sihanoukville ne ressemble en rien au reste du Cambodge -un peu comme ce que Goa est à l’Inde-, la proximité des îles autour en fait un bon point de départ. Tous les australiens carburent à la bière dès le matin en montrant les pecs; les minijupes et minishorts sont de sortie, l’alcool coule à flot dans les multiples bars. Suis-je encore au Cambodge?

Île de Koh Rong, 7K Beach: 17h15
Après une heure et demie de marche au travers de la jungle, j’atteins la magnifique 7K Beach sur la côte ouest de l’île e Koh Rong.
Le soleil entame doucement sa descente à l’horizon, et c’est alors qu’un étrange manège se met en marche tout à coup. Les gens se mettent à faire des choses étranges, comme si la folie avait frappé subitement. Des roues, des poiriers, des sauts en l’air, des postures toutes plus étranges les unes que les autres.

Les cannes à selfie sont maintenant de sortie. Très vite toute la plage est contaminée, et le balai continue de plus belle!
Le narcissisme atteint ce soir des sommets, et le coucher de soleil prend vite des allures de cirque.

J’ouvre grand les yeux, et observe ce spectacle irréel en sirotant ma bière…

 

Je quitte Sihanoukville et ses îles afin de rejoindre Phnom Penh pour le mariage du fils aîné de Muoy: Setth. Toute la famille est venu des quatre coins du monde pour l’occasion, et c’est un plaisir de les (re)rencontrer après plus de 20 ans d’absence. Kanika est arrivée depuis la Norvège, Setth des USA, Tiesda de Bangkok, et Tevong de Londres. Un véritable melting pot!
Inutile de préciser que l’on a tous beaucoup changé, et l’on ne se reconnait même pas d’ailleurs!

Tous les volontaires sont également présents, ainsi que les enfants de l’école. Cérémonie de la coupe des cheveux, bénédiction, spectacle des enfants, un magnifique mariage dans la pure tradition khmer -avec tout de même quelques raccourcis parceque sinon trois jours c’est long…-
Pour en savoir plus sur le mariage cambodgien: ici

Ainsi se termine de manière superbe ce fabuleux voyage au Cambodge…

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Vive les mariés!