Hitchhiking Burma !

Drapeau Birmanie

CARTE D’IDENTITE

CAPITALE: Npidaw
LANGUE: Birman
REGIME POLITIQUE: Régime militaire
POPULATION: 51,42 millions
DEVISE: Kyat (MMT)
PIB / Hab: 1 400 $


En quelle année sommes-nous ? Dans quel pays ai-je bien pu débarquer?
Disons le franchement, une fois le pont de l’amitié franchit et mon passeport tamponné c’est un bon de 30 ans en arrière que je fais et un tout autre monde s’ouvre alors à moi.
Les belles routes de Thaïlande sont déjà bien loin et l’atmosphère devenue poussiéreuse à souhait. Je monte dans une voiture/taxi. Une fil ininterrompue de voiture digne des départs en grandes vacances s’allonge de plus en plus.
Chaque voiture, chaque pick-up est rempli à ras bord, et les toits des véhicules sont chargés au delà de toute imagination.

L’aventure birmane peut maintenant commencer!

 

Les sarongs ont envahi les rues, les vendeurs de noix de bétel sont à chaque coin de rue et les trottoirs alors tachés de rouge. Les traits des habitants ont également quelque peu changé de ce côté de la frontière et l’on retrouve chez certains ce regard si caractéristique des indiens. Seulement dans cette région d’Asie le tilak sur le front se fait rare, et c’est toujours le bouddhisme qui prédomine.

Les femmes et jeunes enfants ont pour la plupart le visage recouvert d’une pâte utilisée en guise de “maquillage”:
Le célèbre Tanaka censé adoucir la peau!
D’ailleurs si vous croisez sur les marchés ou dans les trains des gens qui vendent des bûchettes de différents diamètres ce n’est pas pour la cheminée, et ces dernières sont issues de l’arbre à tanaka. Frottez les contre une pierre plate, humidifier un peu le tout et vous obtenez la fameuse pâte.
A consommer sans modération mais néanmoins un peu moins pratique à emmener dans son sac qu’une boîte de fond de teint…

Beauté birmane: Tanaka et cigare

Beauté birmane: Tanaka et cigare

Les curies sont dans toutes les assiettes, et les dosas et samossas pullulent dans les rues de Yangoon. Et si les curies thaïs sont bien différents de leurs homologues indiens, ceux du Myanmar sont encore une toute nouvelle saveur pour le palais, ainsi qu’un mode de préparation bien différent.
Oui ce qui qui me frappe le plus ces premiers jours en Birmanie c’est bien la ressemblance avec le sous-continent indien. Après tout l’Inde est maintenant toute proche, et les Naga peuplent la région de Sagaing au nord ouest du pays.
C’est d’ailleurs à Yangoon que la ressemblance avec cette dernière me marque le plus. Déambulant dans les rues de la capitale économique, un certain bordel ambiant règne autour de moi, ainsi qu’une agitation et une saleté si typique des villes indiennes.

Dans les rues de Yangoon

Dans les rues de Yangoon

Des détritus partout, jonchant le sol de chaque rue et remplissant le lit des rivières. Et puis cette odeur si particulière ; mélange de poubelles, relents d’égout et de nourriture. Des images illuminent soudain mes pensées, et les souvenirs resurgissent tout à coup.

Les bâtiments d’un autre siècle tout décrépis dessinent les rues de la ville, tandis que le Strand, vieil hôtel mythique où séjourna Georges Orwell à époque colonial se dresse fièrement face à la rivière -le charme de l’époque en moins cependant-.

On passe du quartier indien au quartier chinois en quelques rues seulement, évoluant à travers marchés et vendeurs ambulants.
Les taxis et autres véhicules essaient de se frayer un chemin dans ces bazars dignes de ceux de Dehli, car à Yangoon et cela depuis longtemps : les motos sont proscrites. En résulte un trafic dense et chaotique dans tout le centre-ville..

Quand j’avais décidé d’inclure la Birmanie dans mon grand voyage, bien des gens m’avaient prévenu.
“Si tu veux découvrir le pays ne te contente pas des spots touristiques que sont Bagan ou le lac Inle” ; “Si tu veux aller en Birmanie vas-y vite car bientôt il sera trop tard et le tourisme de masse sera arrivé.” ;  “Un conseil, vas te perdre dans les campagnes en moto à la rencontre des autochtones ! ” ; etc…
En effet en l’espace de seulement trois ans, le pays a évolué bien plus qu’en vingt années auparavant, et le tourisme a atteint l’an dernier plus d’un million de visiteurs contre à peine 400 000 l’année passée. Et ce chiffre semble exponentiel ! Alors est-il déjà trop tard pour aller visiter ce pays resté si longtemps fermé sur le monde extérieur ?

Afin d’essayer d’être au plus proche des locaux justement, je décidais de ne me déplacer dans le pays qu’en transport local et autant que possible en auto-stop. Après tout n’est-ce pas en levant le pouce au bord de la route que l’aventure pointe souvent le bout de son nez ? C’est ainsi que je me retrouvais embarqué à bord par des moines écoutant du rock à plein volume, à faire des centaines de kms dans le coffre d’une voiture ou bien encore quelques miles à l’arrière d’un camion de chantier.
Assis sur des sacs de ciment dans un tuk-tuk, assis à l’arrière d’une moto ou dans un genre de side-car, le stop en Birmanie n’aura pas fini de me surprendre ! Et pour selon que l’on reste sur les grands axes, on attend jamais vraiment longtemps sur le bord.

Grotte de Kaw Goon

Grotte de Kaw Goon

Environs de Hpan

Environs de Hpan

Le sud-est du pays -de Moulbein à Bago en passant par Hpan et le rocher d’or- fut une expérience unique en son genre. -Sans parler du fait que je retrouvais par le plus grand des hasards Tatiana et Romain, un couple de français rencontré il y a bien longtemps…. à Oula Oude en Russie! Le monde est petit parfois-
Parce que oui lorsqu’on atterrie sur la planète Burma on ne parcourt pas le pays a la recherche des endroits les plus magnifiques. La Birmanie on la vit, on la ressent. On en fait l’expérience. On la parcourt tranquillement au rythme des locaux dans les trains lents ou autres bus bondés s’arrêtant chaque kilomètre pour décharger un sac de riz ou embarquer une personne ou deux.

Fabrique de briques sur l'île de l'Ogre

Fabrique de briques sur l’île de l’Ogre

La plupart des routes de campagne n’ont qu’une seule voie –souvent dans un état déplorable pour ajouter du piquant- et parfois le train s’arrête un moment, attendant que celui en sens inverse laisse l’unique voie dégagée. Souvent, on voit de gros barils métalliques bouillonnant sur le feu en bord de route. Point de grosses machines, ici on coule le goudron à l’ancienne et c’est à l’arrosoir qu’on le dépose après avoir pris soin de tasser les graviers pieds nus.

Partie de Sepak Takraw improvisée dans la rue

Partie de Sepak Takraw improvisée dans la rue

Mais que dire de la gentillesse des birmans dans cette région du pays.

Des “Mingala ba” à chaque coin de rue, des femmes travaillant dans les rizières qui m’envoient des baisers lorsque je passe en scooter, des ados qui nous invitent à jouer au foot version local dans la rue.

Et puis des familles qui partagent leur repas dans les temples, des chauffeurs de taxi qui nous conduisent gratuitement ou encore des coiffeurs qui vous rasent gratis.

Alors c’est donc vrai ce que l’on raconte sur ce peuple birman? Et si tout cela ne suffisait pas le cadre de la région est superbe et me rappelle énormément le centre du Laos avec ses rizières et ses montagnes karstiques. Le sud-est fut une excellente entrée en la matière et je me réjouissais pour la suite du voyage, bien décidé à continuer l’aventure en stop!

Marché aux poissons de Sittwe

Marché aux poissons de Sittwe

C’est en regardant de nouveau ma carte du Myanmar un matin que je retombais sur ce point que j’avais marqué il y a quelques temps déjà : Sittwe.
Je crois que c’est un allemand rencontré au Laos qui me l’avait conseillé il y a déja quelques mois de cela.
Je ne me rappelle guère d’information au sujet de cette ville mais ce point est là.

Il trône sur ma carte m’invitant au voyage et aller voir dans ces régions de l’ouest.

Le problème parait-il: Sittwe n’est accessible qu’en avion. Mais après avoir fait les bonnes rencontres on se rend compte que le voyage est faisable par voie terrestre puis maritime. Un long voyage certes, mais tout à fait réalisable.
Et oui en Birmanie tout change très vite et les routes et frontières s’ouvrent une à une aux touristes. Le guide devient d’ailleurs vite inutile –de même que les sites des gouvernements- et le bouche à oreille est la meilleure méthode pour s’informer des possibilités de déplacements dans le pays.
C’est donc ainsi que le temps s’est arrêté l’espace d’une escapade dans l’ouest du pays, près de la frontière avec le Bangladesh. Dans ces régions reculées, les distances ne se comptent plus en kms mais en heures -a quoi bon lorsque l’on met plus de 8h à parcourir les quelques 170 kms séparant l’ancienne capitale Pyay de Taungggok sur la côte ouest ou pas moins de 9 heures de train pour 250 kms- et les touristes se font de plus en plus rares.

Ngapali Beach

Ngapali Beach

C’est justement à bord d’un train que commençait cette aventure dans l’ouest. Un voyage de plusieurs jours avant d’atteindre Sittwe la capitale de l’état Rakhaing. Le train quitte doucement la ville de Yangoon avant de s’enfoncer dans les campagnes birmanes. Les champs de tapioca et les rizières défilent sous mes yeux, et les vendeurs ambulants se succèdent un à un dans le wagon. Au loin j’aperçois un paysan arrosant son champ au tuyau d’arrosage tandis qu’un autre homme abaisse manuellement la barrière du passage à niveau.
Je ne l’est pas demandé mais pour 4 $ me voici en “upper class” assis dans un grand siège aux larges accoudoirs et de quoi allonger mes jambes.

Stand de confection des noix de bétel

Stand de confection des noix de bétel

Mais le train birman c’est une tout autre expérience. Les amortisseurs ne sont plus qu’un lointain souvenir, et les kms défilent à travers la fenêtre à une vitesse léthargique.

Si le stop avait bien marché jusqu’à maintenant, c’est une autre histoire dans ce coin du pays et je m’en rends vite compte lorsque j’essaie de quitter Pyay. Très peu de véhicules sur cette route, et ceux d’entre eux qui s’arrêtent ont tous le même discours : ils ne vont que 7 miles plus loin, et une fois là-bas j’aurai le même problème pour continuer.

Il faut me rendre à l’évidence, trouver un bus si je ne veux pas rester coincé ici la semaine. Et quelle surprise lorsque j’apprends que c’est un bus de nuit qui part à 20h et qu’il met plus de 8h à faire le trajet. Huit heures pour les quelques 160 kms me séparant de la côte. Les temps de trajet prennent ici une tout autre dimension comme je le disais.

Après une bref excursion dans les environs de Ngapali -plus belle plage de Birmanie si l’on en croit les brochures- je remettais le cap vers Taunggok un peu plus au nord. Il faut que j’arrive avant la nuit si je veux espérer attraper le bateau qui part le lendemain matin pour Sittwe. Le cas échéant il me faudra atteindre le prochain deux jours plus tard.

Au fil de la rivière Kaladan: De Sittwe à Mrauk U

Au fil de la rivière Kaladan: De Sittwe à Mrauk U

Chose impensable en Birmanie, tout se déroule comme prévu et je parvins à avoir toutes mes correspondances jusqu’à Sittwe, où un autre visage de la Birmanie s’offre à mon arrivée.
Après les problèmes récents dans la région, on peut clairement sentir une certaine tension dans l’atmosphère. “Mulsim ? ” est d’ailleurs la première question que l’on me pose partout. La mosquée quant à elle est gardée jour et nuit par des hommes armés, et il n’est pas question d’espérer s’en approcher. De plus les check points sont nombreux dans le coin ce qui ajoute encore à la lenteur des transports…
Le secteur est d’ailleurs “déconseillé aux touristes” depuis plusieurs mois.
C’est en 2012 que le pays commençait à “inviter les touristes à venir se rendre dans le pays” après un boycott de nombreuses années. Les visiteurs commençaient alors à affluer dans le pays tandis que les affrontements entre la junte militaire et les militants pour la démocratie et autres groupes ethniques continuaient dans le nord du pays et dans bien d’autres régions notamment proches des frontières. Qui dit tourisme dit rentrer d’argent pour un pays et donc développement. Sauf que dans ce cas précis, cela veut dire enrichissement de la junte militaire (au pouvoir depuis plus d’un demi-siècle) et donc entre autre réapprovisionnement en armes. Et ça ce n’est pas bon pour le peuple birman et son futur.
Mais les premières élections récentes ont changé la donne et le paysage politique a l’air de s’éclaircir quelque peu. La Birmanie serait-elle sur le point de devenir une démocratie? Peut-être une réponse en octobre prochain.

A Mrauk U -prononcer miaou- le calme et la sérénité envahissent soudain les lieux, et c’est après la rencontre de quelques jeunes birmans du coin que je partais explorer ces anciens temples au guidon de mon vélo sourire jusqu’aux oreilles. La brume enveloppe les collines à l’aube, puis le soleil illumine chaque temple un à un. Instant magique de la journée qu’un lever de soleil à Mrauk U…

Lever de soleil à Mrauk U

Lever de soleil à Mrauk U

Monks of Burma

Prière matinale

Après m’être rendu en stop à la station de bus, j’entamais un long trajet d’une journée. Un premier arrêt pour mettre de l’essence. Un second pour manger. Un troisième pour vérifier les passeports. Encore un pour manger. Et ainsi de suite… pour finalement admirer le ciel étoilé lors du dernier check point.
20 heures de trajet et deux bus plus tard et je mettais les pieds à Bagan, un endroit qui a lui seul fait choisir à des milliers de touristes la Birmanie comme destination de voyage. On vient au Cambodge pour Angkor Wat, les touristes affluents en Birmanie pour admirer les temples de Bagan au coucher du soleil. Tous deux biens différents, mais tous deux tout aussi magiques.

Coucher de soleil sur les temples de Bagan

Coucher de soleil sur les temples de Bagan

Si le décor de Bagan et ses milliers de temple est des plus spectaculaire, l’ambiance business et tourisme de masse m’a quelque peu rebuté, surtout après mon escapade dans l’ouest et les temples de Mrauk U à l’ambiance si calme et paisible.

Light paintingC’est à Bagan néanmoins que je fais la connaissance d’un personnage fort intéressant : Diliz. Sa particularité ?
Parcourir les pays et assouvir sa passion : le Light Painting.

Cet sorte de Street Art je connaissais de nom, mais pour moi cela ne se limiter qu’à écrire des choses dans l’espace avec un appareil photo sur trépied en pose longue.
J’étais loin du compte quand je découvrais les nombreuses possibilités. Un temple de nuit, un appareil photo, un trépied et quelques lampes et les résultats peuvent être étonnant ! Et comme dans la musique expérimental, ce que j’aime la dedans c’est l’expérimentation, la possibilité de créer “au fil de l’eau”.

On essaie des choses et on observe le rendu, un peu à la manière dont on tournerait les potentiomètres qui modulent et transforment les sons.

Je quitte Bagan en train pour Mandalay, autre destination phare du pays…