Chronique Birmane: De Mandalay à Kawthoung

Septembre 2007 : Le prix du gaz naturel explose, et celui du carburant augmente de façon significative.
S’en suit une multitude de manifestations de plus en plus suivi dans le pays, avant de prendre de l’ampleur lorsque des moines manifestent à Pakokku le 5 septembre.
La “révolution Safran” est en cours ; et cette dernière atteint son apogée devant la maison d’Aung San Suu Kyi, lorsque la foule emmenée par les moines prit avec cette dernière toujours en “détention” dans sa résidence de Yangoon.
Le 26 septembre l’armée commence à tirer sur les manifestants et décrète un couvre-feu -TOUT S’ENVENIME
Le lendemain un soldat est filmé en train de tirer une balle dans la tête d’un photographe japonais -TOUT S’ACCELERE
Toutes ces manifestations font beaucoup de bruit et sont relayées dans la monde entier suite aux nombreuses vidéos clandestines montrant des militaires battant à mort un moine.
Le monde connait à présent la vérité, et le pays a encore un long chemin vers la démocratie.

L'agitation birmane sur les rives de l'Irrawaddy à Mandalay

Sur les rives de l’Irrawaddy à Mandalay

Les affrontements entre la junte militaire et les rebelles dans le nord du pays ont repris de plus belle depuis quelques temps. Une première depuis le calme qui régnait dans la région depuis plus de six ans…
J’avais par choix décidé de ne pas inclure le nord dans ce voyage et de me consacrer surtout à l’exploration du sud du pays. Signe du destin peut-être?

Festival près de Mandalay

Festival près de Mandalay

Après quelques jours à Mandalay, je ne vais donc pas vers Lashio où les réfugiés affluent depuis des semaines, mais mets les voiles vers le lac Inle, l’attraction n°2 du pays.

Coincé entre les collines ondoyantes de l’Etat Shan, les “pêcheurs” posent pour nous avec leur filet, le prix des restaurants a mystérieusement triplé, les “taxis collectifs” revoient leurs tarifs à la hausse. Louer un engin motorisé est devenu tout simplement impossible dans le secteur. Je me contenterai d’un vélo.

La région est devenue un véritable business et le tourisme de masse efface peu à peu les us et coutumes des habitants de cette belle région. Même le simple accès au lac est payant. Directement dans la poche du gouvernement cela va sans dire.

Je ne resterai finalement que quelques jours atour de ce magnifique lac avant de repartir avec le train lent vers Thazi puis Bago.
Lent est peut-être faible pour qualifier ce train. On pourrait peut-être aller tout aussi vite à vélo mais le panorama défilant à travers la fenêtre est de toute beauté et cela durant des heures. Nous sommes au coeur des montagnes et les grands espaces s’étendent à perte de vue.

Pêcheur sur la lac Inle

Pêcheur sur la lac Inle

En train de Shwe Nyaung à Thazi

En train de Shwe Nyaung à Thazi

Quel bonheur que de revenir dans le sud après ces 25 jours à parcourir le pays. A peine descendu du train express Mandalay-Yangoon en gare de Bago que je suis accueilli à bras ouverts. Par ici Monsieur. Une tasse de thé peut-être ? Une seconde ? Où allez-vous ? Installez-vous ici en attendant le train. Vous pouvez charger votre téléphone ici si vous le souhaitez. Encore un peu de thé ?

L’homme en gare me parle foot un petit moment avant de m’expliquer un peu son travail et me montrer son cahier sur lequel est dessinée la composition du train. En Birmanie l’informatique n’est pas encore arrivée pour traiter de la logistique, et c’est à la main que sont édités les billets.
-Tu aimes le thé du Myanmar?
– Oui ça va merci
– Et mon pays. Tu aimes mon pays ?
– Oh oui beaucoup. Et sa population surtout ! Et puis pour vous le pays est en train de changer un peu n’est-ce pas, avec cette ouverture depuis 2012 ?
– Oui mais ce n’est toujours pas ça. Le peuple attend avec impatience les élections de cette année. Et si cette femme est élue, alors les choses vont vraiment commencer à changer pour nous…

Toujours aussi attentionné il m’indique le wagon de première classe et m’installe à mon siège.
A peine assis que la femme à mes côtés me propose déjà à manger. Un épi de maïs.
Face à moi, une vieille femme recroquevillée en position fœtale, le bonnet vissé sur la tête et emmitouflée dans sa couverture. Elle ne semble pas incommodée par l’air glacial qui s’engouffre par la fenêtre ouverte à son chevet.
A quelques mètres de là, un homme a installé une natte par terre entre deux sièges et dort maintenant à point fermé.
Quant à moi j’essaie de trouver une position quelque peu confortable et tente de fermer l’œil…
Encore une fois, DeepChord et ses “field recording” me bercent et les bras d’Orphé ne tardent pas m’accueillir.

Demain je devrais être à Ye dans la matinée, et commencerai ma descente vers l’extrémité sud du pays ouverte aux étrangers depuis maintenant quelques mois.
Si la ville est assez petite, l’interet pour moi est de partir explorer les alentours, en scooter comme à mon habitude.

Petit village de pêcheurs à 40 kms de Ye

Petit village de pêcheurs à 40 kms de Ye

Les alentours de Ye sont très intéressants. Pas un seul touriste, aucunes infrastructures, sur les plages non pas des hôtels et restaurants mais des villages de pêcheurs.
L’odeur du poisson séché se fait de plus en plus insistante.
Puis je continue toujours plus loin, continuant sur l’unique route partant dans la campagne au sud de Ye. J’alterne entre petits villages et grandes plages désertes, continuant au guidon de mon scooter sous le regards insistants des locaux.
L’un d’eux m’emmène sur son petit bateau pour me faire traverser le bras de mer. Je pars alors m’enfoncer dans la jungle avant de longer la côte, encore une fois déserte. Soudain j’imagine ce que pouvaient être les plages de Thaïlande quelques vingt ans en arrière…
Je remercie le propriétaire de l’auberge qui m’a beaucoup aidé ces deux derniers jours  et plie bagages. Cette fois ci ce sera en bus que je partirai vers ma prochaine destination Dawei -le train à 9h de retard aujourd’hui-

Les impressionnantes marées

Les impressionnantes marées

Dawei d’ailleurs j’y resterai plus longtemps que prévu, la ville constituant encore une fois une excellente base pour explorer les environs à scooter.
Une première journée filant sur l’unique route parcourant la péninsule jusqu’à son extrémité sud. A travers de petits villages où les écoliers surgissent de toute part, me lançant des Minglaba à tout va, m’acclamant tel un roi lors de mon passage.

Je ne conduis plus que d’une main depuis un momenet déjà, saluant chaque personne croisée. L’acceuil des gens dans cette région est tout simplement indescriptible. Je sens l’endorphine se libérer dans tout mon corps et un sentiment de bonheur m’envahir, presque euphorique.
Chaque enfant, chaque homme, chaque femme. Tous mes saluent, avec leur plus grand sourire.
La route se transforme vite en piste caillouteuse, avant de ne devenir qu’une simple couche de sable. Quelques kilomètres plus loin, c’est un véritable rallye du désert. Le sable jaillit sur les côtés et un épais nuage de poussière se forme derrière moi.

Le soleil se couche bientôt et je pars filer plein gaz sur le sable mouillé d’une plage déserte.
Putain de sentiment de liberté que de rouler des kilomètres durant, flirtant avec les eaux de la mer d’Andaman, laissant pour unique marque de mon passage une légère trace de pneu rapidement ravalée par la marée. Tel un aéroglisseur je fonce plein nord.

Seul sur les plages désertes dans la région de Dawei

Seul sur les plages désertes dans la région de Dawei

Mon visa est maintenant terminé depuis quelques jours et je dois vraiment penser à rejoindre la frontière thai à l’extrémité sud de la Birmanie.
Dans le bus un policier monte à bord et me demande mon passeport , où j’étais et où je me rend. A-t-il vu que mon visa était expiré ? E tout cas il ne dit rien et me souhaite bon voyage en me serrant la main. Sympas les flics dans le coin.

How to : Refaire les routes en Birmanie
Durant mes nombreuses heures de route, en bus ou en deux roues, j’ai pu passer un peu de temps à observer la construction des nouvelles routes, notamment dans le sud du pays.
Ici la méthode se veut assez rudimentaire et ne nécessite qu’un seul engin: le rouleau compresseur.
Tout le reste est fait à la main essentiellement par les femmes pour les travaux minutieux et par les hommes pour les travaux requérant plus de pénibilité ; le tout pour un salaire journalier de 3 000 kyats (3$) pour une ouvrière et 4000 à 5 000 kyats pour un ouvrier (4$ à 5$).

1ère étape: Chargement de pierres

Chargement de pierres

1ere étape : Récolter des pierres. Beaucoup de pierres.
C’est sur les rives de l’Irrawaddy à Mandalay que je découvrais avec stupeur ce spectacle unique.

A quai un énorme bateau chargé à moitié de pierres.
A terre un autre tas de pierres.
But de l’opération : Charger tout ça à bord.
Main d’œuvre disponible : des dizaines de paires de bras  d’hommes et de femmes multipliant les allez retours.

Une véritable fourmilière!

2nd étape : Un camion déverse le long de la voie des tas de cailloux de 4 grosseurs différentes : des pierres de 20 cm, des cailloux de 8-10 cm, des graviers de 2-4 cm et enfin des gravillons.
Ils sont en lave et ressemblent à ceux qu’on retrouve sur les voies de chemins de fer.

3ème étape3ème étape : Les ouvrières en tenue traditionnelle, accroupies et abritées du soleil par leur grand chapeau trient les pierres qu’elles mettent dans leurs paniers en osier.
Elles les disposent ensuite soigneusement sur le sol de façon à les aligner et à les serrer les unes contre les autres.
Puis elles déversent des cailloux pour les caler pieds nus avant d’y faire passer le rouleau compresseur.

 

4ème étape4ème étape : Application d’une couche de goudron.
Les bidons remplis de cette mixture noirâtre et collante chauffent sur les côtés.

Sans protection autre que des petits gants, les ouvriers puisent avec leur arrosoir le goudron au fond de grands bidons métalliques, puis courent soudain le long de la route en arrosant le pavement de goudrons liquides.

Ensuite les ouvrières recouvrent la chaussée en lançant avec leur panier les graviers avant le second passage du rouleau compresseur.

Dernière étape : Encore quelques aller-retours de notre fan de l’arrosoir.
Aspersion de graviers et balayage de la chaussée et enfin un dernier petit coup de rouleau compresseur.

Refaire les chaussées en Birmanie, c’est aussi simple que ça!

La superbe route du sud de la péninsule de Dawei

La superbe route du sud de la péninsule de Dawei

Entre Dawei et Myeik, les voitures privées croisées sur cette portion de route se comptent sur les doigts de la main. J’ai donc préféré encore une fois laisser le stop de côté. Et puis avec cette chaleur…

Puis soudain c’est la fin. Les quelques 804 iles de l’archipel de Myeik (Mergui) apparaissent au large et le bateau atteint Kawthaung dans l’après-midi après les quelques sept heures de traversée.

J’embarque de suite dans un longtail et passe la frontière à Ranong côté thaïlandais en fin d’après-midi.

Enfants birmans

Retour en territoire connu.
Fin d’un fabuleux voyage dans ce beau pays qu’est la Birmanie.
Fin de cette chronique birmane