Sur les terres de Gengis Khan

CARTE D’IDENTITE

CAPITALE: Oulan-Bator
LANGUE: Mongol
REGIME POLITIQUE: République
POPULATION: 2,796 millions
DEVISE: Tougrik (MNT)
PIB / Hab: 3 672 $

Il est 7h30 lorsque j’arrive à la gare routière d’Oulan Oude. Accompagné d”un couple anglo-letton vivant tous deux au Kurdistan et d’un canadien, nous nous dirigeons d’un pas assuré vers le bus à destination de Kyakhta, à la frontière russo-mongole. Après quelques heures de trajet, qui néanmoins nous parurent durer une éternité en compagnie d’un mongol empestant l’alcool a plein nez, nous arrivons au poste frontière.
Deuxième étape: trouver une voiture pour nous faire passer la dite frontière. Il faut savoir qu’il est interdit de traverser à pieds. Stupide me direz-vous? Oui en effet
On ne tarde pas à trouver notre “mule” pour nous faire passer moyennant 100 roubles chacun. Vendu.

Mais au premier contrôle de passeport…
“- Excuse me sir, this is not you on the picture of your passport. I cannot let you pass
– Euh… Yes it is. 5 years old picture but still me…
– I am not sure about that”
Et après plus de 5 minutes à me dévisager…
“- Ok you can go”

Deux heures et quatre vérifications de passeport plus tard, pour SORTIR du pays je le rappelle,  nous voici enfin devant l’officier mongol. Depuis fin juin, le visa de 30 jours est gratuit pour 42 pays d’Europe. La France en fait partit, ce qui m’a économisé du temps et de l’argent à Irkoutsk. 15 minutes et un tampon plus tard, nous voici enfin en Mongolie!

Jour de chance: aussitôt la frontière passée un mongol nous propose de nous emmener jusqu’à Oulan-Bator pour seulement 200 roubles chacun. 700 roubles au total au lieu des 1700 demandés pour le bus officiel: on ne s’en tire pas trop mal cette fois ci.


C’est donc à bord d’un minivan russe, logés à l’arrière à même le sol tels des immigrants clandestins, que nous traversons le nord de la Mongolie en direction de la capitale. 6 longues heures pour les quelques 350 kms de route et de piste. Changemet de décor, l’extraordinaire paysage des steppes mongoles s’offre à nos yeux.
L’île d’Olkhon n’était qu’un aperçu. Nous voici à présent dans l’empire des steppes, le royaume du grand guerrier Gengis Khan.

Nous sommes au mois d’août, il a beaucoup plut ce dernier mois de juillet comme chaque année, et les steppes ont revêtues leurs magnifiques robes aux couleurs vert émeraude. Un décor fascinant, où les chevaux sauvages galopent au loin, et où les troupeaux de yaks surgissent de nulle part. Éparpillées un peu partout, des yourtes se dressent telles des champignons le long de la route.

Pour le voyageur venant de Russie par les terres, l’entrée en Mongolie est un émerveillement, mais qui hélas ne dure que quelques heures. Au loin déjà apparaît la capitale et ses premiers embouteillages;  les premiers coups de klaxon résonnent à quelques kms. La ville a été nommée capitale la plus moche et la seconde plus polluée au monde. Je commence à comprendre au fur et à mesure que je m’enfonce dans la ville.

Oulan-Bator

Je vais être direct: Oulan-Bator EST une ville moche. Je la qualifierais même de dégueulasse. Une espèce d’immense chantier non terminé, aux câblages électriques chaotiques, et aux immeubles en construction aux quatre coins de la ville. Les immeubles gris de l’époque soviétique côtoient les buildings modernes en verre, et les bars et restaurants sans charme se succèdent le long de la Peace Avenue, l’artère principale de la ville où les pickpockets sont légions. Et pour une fois ce n’est pas de la publicité mensongère. “Watch out for your wallet!” On vous aura prévenu !
Taux de croissance de plus de 17% en 2011, l’exode rural qui dépeuple les steppes à poussé vers la capitale plus de 500 000 personnes depuis. Et tout ça continue encore et encore. Peu à peu les  mongols quittent leur vie de nomade, et troquent leur yourte pour un appartement en ville.

Habitant des quartiers nord

Pour en découvrir d’avantage à ce sujet, j’ai la chance de rencontrer Jonathan, un jeune journaliste indépendant du Canada. Dès 18h30, nous partons à la rencontre des habitants d’Oulan Bator, dans les quartiers nord du la ville. Les « bidonvilles » locaux.  C’est avec un avocat mongol rencontré quelques jours plus tôt et nous servant d’interprète que nous écoutons attentivement leur histoire. Pour la plupart d’entre eux c’est une très bonne opportunité que ces constructions d’immeubles, une aubaine.

“Dans nos yourtes il nous faut brûler beaucoup de charbon pour se chauffer l’hiver, et aller chercher l’eau nous-même. Dans un appartement en ville, tout cela sera facile d’accès, et l’appartement sera bien plus grand pour moi et ma famille. Et puis nous serons en ville, nous n’aurons plus des kms à faire pour venir travailler tous les matins”.

Voilà ce qui pousse beaucoup de nomades à se sédentariser: le confort, tout simplement. De plus, en cédant leur terrain aux entreprises qui construisent ces immeubles, ces dernières leur offriront l’appartement.
Mais à la suite de rumeurs comme quoi ces dits appartements ne seraient au final pas céder aux nomades une fois l’immeuble construit, nous continuons les interviews, cette fois ci en interrogeant un chef de chantier.

“Bien sûr il y a ces rumeurs. Evidemment il y a quelques soucis de temps à autre, mais c’est loin d’être la majorité. Tout ceci est légal, il y a des papiers signés, etc. Tout se fait suivant des règles bien précises, de manière officielle”.
Une sorte de donnant donnant, où chaque partie y trouve son compte.

Rencontre avec un chef de chantier

Mes amis Tristan et Carine arrivent maintenant dans 8 jours. En les attendant j’ai pour projet d’aller travailler dans une ferme locale située  à une vingtaine de kms à l’est de la ville. Une bonne façon d’occuper le temps et de m’imprégner de la culture locale. Peut-être même une façon de récupérer de précieuses informations sur le pays et notre future voyage dans le pays.
Je tend donc le bras et 5 minutes après une voiture s’arrête. Il faut savoir qu’en Mongolie toute voiture est potentiellement taxi. C’est pratique mais les tarifs peuvent vite s’envoler! Ainsi je paie 25 000 tugriks à l’aller et 500 tugriks pour le retour en bus…

Le site internet de la ferme était assez bien vendeur : “Découvrez la cuisine traditionnelle mongol”, “3 heures de travail le matin et 3 heures l’après-midi”, “yourte avec poêle”, etc… Mais la réalité fût tout autrement.
En effet après une première impression plutôt bonne, j’ai vite déchanté : pas de toilette, pas de douches, 10 heures de travail quotidien, pas de repas le midi, juste quelques biscuits. Toute la journée à travailler avec des employés pas franchement sympathiques qui ne parlent pas un mot d’anglais.  La semaine risque d’être longue. Je me sens seul.
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Il est maintenant 22h et je remplis toujours mes sacs de concombres à même le sol dans la cuisine… le dîner ? Il cuit doucement… Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? Une soupe de pâtes avec quelques morceaux de viande qui se battent en duel. La même chose qu’hier soir. Et que l’avant-veille. Ça sera ma seule “découverte culinaire” mongol de mon séjour à la ferme. Et le matin ? Quelques biscuits et de l’eau chaude. Mais je suis médisant. J’ai également droit à quelques feuilles de salade et concombres issus directement des serres pour le midi. Ferme biologique garantie sans pesticide svp
Je ramasse mes 300 kg de salade quotidien, ainsi que mes 200kg de choux chinois. Chaque soir, 100 sacs de salade doivent être remplis, une cinquantaine de sacs de choux chinois, et plusieurs sacs de concombres d’une vingtaine de kilos chacun. Toute la récolte sera vendu dès le lendemain au marché de gros par les deux aînés de la famille et leur mère.
Le matin c’est la semi des salades. Labourage du terrain, installation du système d’irrigation, etc. L’après-midi c’est la récolte. Puis enfin le soir, c’est la pesée et le transport dans la camionnette.
Après seulement 3 jours de dur labeur, je décide de quitter la ferme et retourner à Oulan-Bator. Après tout, il faut que je fasse mon visa chinois avant la semaine prochaine, et l’accueil à la ferme n’est pas franchement des meilleurs.

Certes le cadre est superbe, entourée de montagnes vertes et proche de la rivière, mais l’envie n’est plus la…

Parlons en du visa chinois d’ailleurs. Pour obtenir le précieux sésame il vous faut un billet d’avion d’entrée et de sortie. Facile, rendez-vous dans n’importe quel Air Market en ville. Ce qui amène à une conversation assez étrange:

“Hello, I need a ticket for a chinese visa”
“Ok, what dates and what destinations?”
“Ulaabaatar to Beijing on 4th of Sept, and Beijing to Paris on 3rd of Oct”
“Alright here are your tickets. Can I cancel it now?”
“Yes I guess… Thank you! Bye”

Air Market, ou comment vendre du vent!
Je vous épargnerai le détail de tous les autres documents qu’il faut fournir pour messieurs les chinois, internet regorge d’infos à ce sujet. Le problème c’est que c’est la mauvaise période pour les visas, et tous les étudiants mongols viennent à l’ambassade pour leur visa étudiant. Résultat je me pointe à 6h30 alors que l’ambassade n’ouvre qu’à 9h30. Et il y a déjà 50 personnes devant moi… Mais au bout de la troisième tentative je peux entrer dans la forteresse.

John

C’est le visa poche que je peux partir serein découvrir les steppes mongols au guidon d’une moto chinoise. Je pars avec John le canadien. Ni lui ni moi n’avons jamais conduit une moto à vitesses manuelles. Le loueur se marre en nous observant caler à tout va devant chez lui. L’aventure risque d’être intéressante.

Après un temps d’adaptation, on s’en sort plutôt pas mal et plantons pour notre première nuit la tente au milieu de la campagne mongole. Je continue ensuite ma route seul les deux jours suivants, avant d’être stoppé par la pluie. Plus de 30 kms sous la pluie battante dans les environs du parc nationale de Gorkhi-Terlj. Une manette d’embrayage pété. Heureusement j’ai de la chance dans ma malchance et cela m’arrive devant un petit magasin qui vend des pièces détachées. 1,5€ et 15 minutes plus tard, je repars mais décide de stopper l’aventure un jour plus tôt que prévu, trempé de la tête aux pieds.

Une aventure sans aucun doute.

Mais quelle aventure! Quelle sentiment de liberté que de foncer au milieu des steppes au guidon d’une moto! On se sent libre comme l’air. Une superbe expérience.

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Nous sommes dimanche 10 août et Tristan et Carine viennent de me rejoindre. Retour dans le bordel ambiant de la capitale où grouillent des dizaines de baroudeurs et autres voyageurs au long court comme Nicolas le cycliste tourdumondiste, ou encore Virginie, partie depuis deux ans et demi pour un tour du monde de 5 ans.

L’aventure peut continuer. Cette fois ci ça sera en van russe pour un trip entre désert et lacs, du sud au nord… Une belle balade en perspective. Retour à la civilisation prévu dans une vingtaine de jours.

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