Chronique Birmane: De Mandalay à Kawthoung

Septembre 2007 : Le prix du gaz naturel explose, et celui du carburant augmente de façon significative.
S’en suit une multitude de manifestations de plus en plus suivi dans le pays, avant de prendre de l’ampleur lorsque des moines manifestent à Pakokku le 5 septembre.
La “révolution Safran” est en cours ; et cette dernière atteint son apogée devant la maison d’Aung San Suu Kyi, lorsque la foule emmenée par les moines prit avec cette dernière toujours en “détention” dans sa résidence de Yangoon.
Le 26 septembre l’armée commence à tirer sur les manifestants et décrète un couvre-feu -TOUT S’ENVENIME
Le lendemain un soldat est filmé en train de tirer une balle dans la tête d’un photographe japonais -TOUT S’ACCELERE
Toutes ces manifestations font beaucoup de bruit et sont relayées dans la monde entier suite aux nombreuses vidéos clandestines montrant des militaires battant à mort un moine.
Le monde connait à présent la vérité, et le pays a encore un long chemin vers la démocratie.

L'agitation birmane sur les rives de l'Irrawaddy à Mandalay

Sur les rives de l’Irrawaddy à Mandalay

Les affrontements entre la junte militaire et les rebelles dans le nord du pays ont repris de plus belle depuis quelques temps. Une première depuis le calme qui régnait dans la région depuis plus de six ans…
J’avais par choix décidé de ne pas inclure le nord dans ce voyage et de me consacrer surtout à l’exploration du sud du pays. Signe du destin peut-être?

Festival près de Mandalay

Festival près de Mandalay

Après quelques jours à Mandalay, je ne vais donc pas vers Lashio où les réfugiés affluent depuis des semaines, mais mets les voiles vers le lac Inle, l’attraction n°2 du pays.

Coincé entre les collines ondoyantes de l’Etat Shan, les “pêcheurs” posent pour nous avec leur filet, le prix des restaurants a mystérieusement triplé, les “taxis collectifs” revoient leurs tarifs à la hausse. Louer un engin motorisé est devenu tout simplement impossible dans le secteur. Je me contenterai d’un vélo.

La région est devenue un véritable business et le tourisme de masse efface peu à peu les us et coutumes des habitants de cette belle région. Même le simple accès au lac est payant. Directement dans la poche du gouvernement cela va sans dire.

Je ne resterai finalement que quelques jours atour de ce magnifique lac avant de repartir avec le train lent vers Thazi puis Bago.
Lent est peut-être faible pour qualifier ce train. On pourrait peut-être aller tout aussi vite à vélo mais le panorama défilant à travers la fenêtre est de toute beauté et cela durant des heures. Nous sommes au coeur des montagnes et les grands espaces s’étendent à perte de vue.

Pêcheur sur la lac Inle

Pêcheur sur la lac Inle

En train de Shwe Nyaung à Thazi

En train de Shwe Nyaung à Thazi

Quel bonheur que de revenir dans le sud après ces 25 jours à parcourir le pays. A peine descendu du train express Mandalay-Yangoon en gare de Bago que je suis accueilli à bras ouverts. Par ici Monsieur. Une tasse de thé peut-être ? Une seconde ? Où allez-vous ? Installez-vous ici en attendant le train. Vous pouvez charger votre téléphone ici si vous le souhaitez. Encore un peu de thé ?

L’homme en gare me parle foot un petit moment avant de m’expliquer un peu son travail et me montrer son cahier sur lequel est dessinée la composition du train. En Birmanie l’informatique n’est pas encore arrivée pour traiter de la logistique, et c’est à la main que sont édités les billets.
-Tu aimes le thé du Myanmar?
– Oui ça va merci
– Et mon pays. Tu aimes mon pays ?
– Oh oui beaucoup. Et sa population surtout ! Et puis pour vous le pays est en train de changer un peu n’est-ce pas, avec cette ouverture depuis 2012 ?
– Oui mais ce n’est toujours pas ça. Le peuple attend avec impatience les élections de cette année. Et si cette femme est élue, alors les choses vont vraiment commencer à changer pour nous…

Toujours aussi attentionné il m’indique le wagon de première classe et m’installe à mon siège.
A peine assis que la femme à mes côtés me propose déjà à manger. Un épi de maïs.
Face à moi, une vieille femme recroquevillée en position fœtale, le bonnet vissé sur la tête et emmitouflée dans sa couverture. Elle ne semble pas incommodée par l’air glacial qui s’engouffre par la fenêtre ouverte à son chevet.
A quelques mètres de là, un homme a installé une natte par terre entre deux sièges et dort maintenant à point fermé.
Quant à moi j’essaie de trouver une position quelque peu confortable et tente de fermer l’œil…
Encore une fois, DeepChord et ses “field recording” me bercent et les bras d’Orphé ne tardent pas m’accueillir.

Demain je devrais être à Ye dans la matinée, et commencerai ma descente vers l’extrémité sud du pays ouverte aux étrangers depuis maintenant quelques mois.
Si la ville est assez petite, l’interet pour moi est de partir explorer les alentours, en scooter comme à mon habitude.

Petit village de pêcheurs à 40 kms de Ye

Petit village de pêcheurs à 40 kms de Ye

Les alentours de Ye sont très intéressants. Pas un seul touriste, aucunes infrastructures, sur les plages non pas des hôtels et restaurants mais des villages de pêcheurs.
L’odeur du poisson séché se fait de plus en plus insistante.
Puis je continue toujours plus loin, continuant sur l’unique route partant dans la campagne au sud de Ye. J’alterne entre petits villages et grandes plages désertes, continuant au guidon de mon scooter sous le regards insistants des locaux.
L’un d’eux m’emmène sur son petit bateau pour me faire traverser le bras de mer. Je pars alors m’enfoncer dans la jungle avant de longer la côte, encore une fois déserte. Soudain j’imagine ce que pouvaient être les plages de Thaïlande quelques vingt ans en arrière…
Je remercie le propriétaire de l’auberge qui m’a beaucoup aidé ces deux derniers jours  et plie bagages. Cette fois ci ce sera en bus que je partirai vers ma prochaine destination Dawei -le train à 9h de retard aujourd’hui-

Les impressionnantes marées

Les impressionnantes marées

Dawei d’ailleurs j’y resterai plus longtemps que prévu, la ville constituant encore une fois une excellente base pour explorer les environs à scooter.
Une première journée filant sur l’unique route parcourant la péninsule jusqu’à son extrémité sud. A travers de petits villages où les écoliers surgissent de toute part, me lançant des Minglaba à tout va, m’acclamant tel un roi lors de mon passage.

Je ne conduis plus que d’une main depuis un momenet déjà, saluant chaque personne croisée. L’acceuil des gens dans cette région est tout simplement indescriptible. Je sens l’endorphine se libérer dans tout mon corps et un sentiment de bonheur m’envahir, presque euphorique.
Chaque enfant, chaque homme, chaque femme. Tous mes saluent, avec leur plus grand sourire.
La route se transforme vite en piste caillouteuse, avant de ne devenir qu’une simple couche de sable. Quelques kilomètres plus loin, c’est un véritable rallye du désert. Le sable jaillit sur les côtés et un épais nuage de poussière se forme derrière moi.

Le soleil se couche bientôt et je pars filer plein gaz sur le sable mouillé d’une plage déserte.
Putain de sentiment de liberté que de rouler des kilomètres durant, flirtant avec les eaux de la mer d’Andaman, laissant pour unique marque de mon passage une légère trace de pneu rapidement ravalée par la marée. Tel un aéroglisseur je fonce plein nord.

Seul sur les plages désertes dans la région de Dawei

Seul sur les plages désertes dans la région de Dawei

Mon visa est maintenant terminé depuis quelques jours et je dois vraiment penser à rejoindre la frontière thai à l’extrémité sud de la Birmanie.
Dans le bus un policier monte à bord et me demande mon passeport , où j’étais et où je me rend. A-t-il vu que mon visa était expiré ? E tout cas il ne dit rien et me souhaite bon voyage en me serrant la main. Sympas les flics dans le coin.

How to : Refaire les routes en Birmanie
Durant mes nombreuses heures de route, en bus ou en deux roues, j’ai pu passer un peu de temps à observer la construction des nouvelles routes, notamment dans le sud du pays.
Ici la méthode se veut assez rudimentaire et ne nécessite qu’un seul engin: le rouleau compresseur.
Tout le reste est fait à la main essentiellement par les femmes pour les travaux minutieux et par les hommes pour les travaux requérant plus de pénibilité ; le tout pour un salaire journalier de 3 000 kyats (3$) pour une ouvrière et 4000 à 5 000 kyats pour un ouvrier (4$ à 5$).

1ère étape: Chargement de pierres

Chargement de pierres

1ere étape : Récolter des pierres. Beaucoup de pierres.
C’est sur les rives de l’Irrawaddy à Mandalay que je découvrais avec stupeur ce spectacle unique.

A quai un énorme bateau chargé à moitié de pierres.
A terre un autre tas de pierres.
But de l’opération : Charger tout ça à bord.
Main d’œuvre disponible : des dizaines de paires de bras  d’hommes et de femmes multipliant les allez retours.

Une véritable fourmilière!

2nd étape : Un camion déverse le long de la voie des tas de cailloux de 4 grosseurs différentes : des pierres de 20 cm, des cailloux de 8-10 cm, des graviers de 2-4 cm et enfin des gravillons.
Ils sont en lave et ressemblent à ceux qu’on retrouve sur les voies de chemins de fer.

3ème étape3ème étape : Les ouvrières en tenue traditionnelle, accroupies et abritées du soleil par leur grand chapeau trient les pierres qu’elles mettent dans leurs paniers en osier.
Elles les disposent ensuite soigneusement sur le sol de façon à les aligner et à les serrer les unes contre les autres.
Puis elles déversent des cailloux pour les caler pieds nus avant d’y faire passer le rouleau compresseur.

 

4ème étape4ème étape : Application d’une couche de goudron.
Les bidons remplis de cette mixture noirâtre et collante chauffent sur les côtés.

Sans protection autre que des petits gants, les ouvriers puisent avec leur arrosoir le goudron au fond de grands bidons métalliques, puis courent soudain le long de la route en arrosant le pavement de goudrons liquides.

Ensuite les ouvrières recouvrent la chaussée en lançant avec leur panier les graviers avant le second passage du rouleau compresseur.

Dernière étape : Encore quelques aller-retours de notre fan de l’arrosoir.
Aspersion de graviers et balayage de la chaussée et enfin un dernier petit coup de rouleau compresseur.

Refaire les chaussées en Birmanie, c’est aussi simple que ça!

La superbe route du sud de la péninsule de Dawei

La superbe route du sud de la péninsule de Dawei

Entre Dawei et Myeik, les voitures privées croisées sur cette portion de route se comptent sur les doigts de la main. J’ai donc préféré encore une fois laisser le stop de côté. Et puis avec cette chaleur…

Puis soudain c’est la fin. Les quelques 804 iles de l’archipel de Myeik (Mergui) apparaissent au large et le bateau atteint Kawthaung dans l’après-midi après les quelques sept heures de traversée.

J’embarque de suite dans un longtail et passe la frontière à Ranong côté thaïlandais en fin d’après-midi.

Enfants birmans

Retour en territoire connu.
Fin d’un fabuleux voyage dans ce beau pays qu’est la Birmanie.
Fin de cette chronique birmane

Hitchhiking Burma !

Drapeau Birmanie

CARTE D’IDENTITE

CAPITALE: Npidaw
LANGUE: Birman
REGIME POLITIQUE: Régime militaire
POPULATION: 51,42 millions
DEVISE: Kyat (MMT)
PIB / Hab: 1 400 $


En quelle année sommes-nous ? Dans quel pays ai-je bien pu débarquer?
Disons le franchement, une fois le pont de l’amitié franchit et mon passeport tamponné c’est un bon de 30 ans en arrière que je fais et un tout autre monde s’ouvre alors à moi.
Les belles routes de Thaïlande sont déjà bien loin et l’atmosphère devenue poussiéreuse à souhait. Je monte dans une voiture/taxi. Une fil ininterrompue de voiture digne des départs en grandes vacances s’allonge de plus en plus.
Chaque voiture, chaque pick-up est rempli à ras bord, et les toits des véhicules sont chargés au delà de toute imagination.

L’aventure birmane peut maintenant commencer!

 

Les sarongs ont envahi les rues, les vendeurs de noix de bétel sont à chaque coin de rue et les trottoirs alors tachés de rouge. Les traits des habitants ont également quelque peu changé de ce côté de la frontière et l’on retrouve chez certains ce regard si caractéristique des indiens. Seulement dans cette région d’Asie le tilak sur le front se fait rare, et c’est toujours le bouddhisme qui prédomine.

Les femmes et jeunes enfants ont pour la plupart le visage recouvert d’une pâte utilisée en guise de “maquillage”:
Le célèbre Tanaka censé adoucir la peau!
D’ailleurs si vous croisez sur les marchés ou dans les trains des gens qui vendent des bûchettes de différents diamètres ce n’est pas pour la cheminée, et ces dernières sont issues de l’arbre à tanaka. Frottez les contre une pierre plate, humidifier un peu le tout et vous obtenez la fameuse pâte.
A consommer sans modération mais néanmoins un peu moins pratique à emmener dans son sac qu’une boîte de fond de teint…

Beauté birmane: Tanaka et cigare

Beauté birmane: Tanaka et cigare

Les curies sont dans toutes les assiettes, et les dosas et samossas pullulent dans les rues de Yangoon. Et si les curies thaïs sont bien différents de leurs homologues indiens, ceux du Myanmar sont encore une toute nouvelle saveur pour le palais, ainsi qu’un mode de préparation bien différent.
Oui ce qui qui me frappe le plus ces premiers jours en Birmanie c’est bien la ressemblance avec le sous-continent indien. Après tout l’Inde est maintenant toute proche, et les Naga peuplent la région de Sagaing au nord ouest du pays.
C’est d’ailleurs à Yangoon que la ressemblance avec cette dernière me marque le plus. Déambulant dans les rues de la capitale économique, un certain bordel ambiant règne autour de moi, ainsi qu’une agitation et une saleté si typique des villes indiennes.

Dans les rues de Yangoon

Dans les rues de Yangoon

Des détritus partout, jonchant le sol de chaque rue et remplissant le lit des rivières. Et puis cette odeur si particulière ; mélange de poubelles, relents d’égout et de nourriture. Des images illuminent soudain mes pensées, et les souvenirs resurgissent tout à coup.

Les bâtiments d’un autre siècle tout décrépis dessinent les rues de la ville, tandis que le Strand, vieil hôtel mythique où séjourna Georges Orwell à époque colonial se dresse fièrement face à la rivière -le charme de l’époque en moins cependant-.

On passe du quartier indien au quartier chinois en quelques rues seulement, évoluant à travers marchés et vendeurs ambulants.
Les taxis et autres véhicules essaient de se frayer un chemin dans ces bazars dignes de ceux de Dehli, car à Yangoon et cela depuis longtemps : les motos sont proscrites. En résulte un trafic dense et chaotique dans tout le centre-ville..

Quand j’avais décidé d’inclure la Birmanie dans mon grand voyage, bien des gens m’avaient prévenu.
“Si tu veux découvrir le pays ne te contente pas des spots touristiques que sont Bagan ou le lac Inle” ; “Si tu veux aller en Birmanie vas-y vite car bientôt il sera trop tard et le tourisme de masse sera arrivé.” ;  “Un conseil, vas te perdre dans les campagnes en moto à la rencontre des autochtones ! ” ; etc…
En effet en l’espace de seulement trois ans, le pays a évolué bien plus qu’en vingt années auparavant, et le tourisme a atteint l’an dernier plus d’un million de visiteurs contre à peine 400 000 l’année passée. Et ce chiffre semble exponentiel ! Alors est-il déjà trop tard pour aller visiter ce pays resté si longtemps fermé sur le monde extérieur ?

Afin d’essayer d’être au plus proche des locaux justement, je décidais de ne me déplacer dans le pays qu’en transport local et autant que possible en auto-stop. Après tout n’est-ce pas en levant le pouce au bord de la route que l’aventure pointe souvent le bout de son nez ? C’est ainsi que je me retrouvais embarqué à bord par des moines écoutant du rock à plein volume, à faire des centaines de kms dans le coffre d’une voiture ou bien encore quelques miles à l’arrière d’un camion de chantier.
Assis sur des sacs de ciment dans un tuk-tuk, assis à l’arrière d’une moto ou dans un genre de side-car, le stop en Birmanie n’aura pas fini de me surprendre ! Et pour selon que l’on reste sur les grands axes, on attend jamais vraiment longtemps sur le bord.

Grotte de Kaw Goon

Grotte de Kaw Goon

Environs de Hpan

Environs de Hpan

Le sud-est du pays -de Moulbein à Bago en passant par Hpan et le rocher d’or- fut une expérience unique en son genre. -Sans parler du fait que je retrouvais par le plus grand des hasards Tatiana et Romain, un couple de français rencontré il y a bien longtemps…. à Oula Oude en Russie! Le monde est petit parfois-
Parce que oui lorsqu’on atterrie sur la planète Burma on ne parcourt pas le pays a la recherche des endroits les plus magnifiques. La Birmanie on la vit, on la ressent. On en fait l’expérience. On la parcourt tranquillement au rythme des locaux dans les trains lents ou autres bus bondés s’arrêtant chaque kilomètre pour décharger un sac de riz ou embarquer une personne ou deux.

Fabrique de briques sur l'île de l'Ogre

Fabrique de briques sur l’île de l’Ogre

La plupart des routes de campagne n’ont qu’une seule voie –souvent dans un état déplorable pour ajouter du piquant- et parfois le train s’arrête un moment, attendant que celui en sens inverse laisse l’unique voie dégagée. Souvent, on voit de gros barils métalliques bouillonnant sur le feu en bord de route. Point de grosses machines, ici on coule le goudron à l’ancienne et c’est à l’arrosoir qu’on le dépose après avoir pris soin de tasser les graviers pieds nus.

Partie de Sepak Takraw improvisée dans la rue

Partie de Sepak Takraw improvisée dans la rue

Mais que dire de la gentillesse des birmans dans cette région du pays.

Des “Mingala ba” à chaque coin de rue, des femmes travaillant dans les rizières qui m’envoient des baisers lorsque je passe en scooter, des ados qui nous invitent à jouer au foot version local dans la rue.

Et puis des familles qui partagent leur repas dans les temples, des chauffeurs de taxi qui nous conduisent gratuitement ou encore des coiffeurs qui vous rasent gratis.

Alors c’est donc vrai ce que l’on raconte sur ce peuple birman? Et si tout cela ne suffisait pas le cadre de la région est superbe et me rappelle énormément le centre du Laos avec ses rizières et ses montagnes karstiques. Le sud-est fut une excellente entrée en la matière et je me réjouissais pour la suite du voyage, bien décidé à continuer l’aventure en stop!

Marché aux poissons de Sittwe

Marché aux poissons de Sittwe

C’est en regardant de nouveau ma carte du Myanmar un matin que je retombais sur ce point que j’avais marqué il y a quelques temps déjà : Sittwe.
Je crois que c’est un allemand rencontré au Laos qui me l’avait conseillé il y a déja quelques mois de cela.
Je ne me rappelle guère d’information au sujet de cette ville mais ce point est là.

Il trône sur ma carte m’invitant au voyage et aller voir dans ces régions de l’ouest.

Le problème parait-il: Sittwe n’est accessible qu’en avion. Mais après avoir fait les bonnes rencontres on se rend compte que le voyage est faisable par voie terrestre puis maritime. Un long voyage certes, mais tout à fait réalisable.
Et oui en Birmanie tout change très vite et les routes et frontières s’ouvrent une à une aux touristes. Le guide devient d’ailleurs vite inutile –de même que les sites des gouvernements- et le bouche à oreille est la meilleure méthode pour s’informer des possibilités de déplacements dans le pays.
C’est donc ainsi que le temps s’est arrêté l’espace d’une escapade dans l’ouest du pays, près de la frontière avec le Bangladesh. Dans ces régions reculées, les distances ne se comptent plus en kms mais en heures -a quoi bon lorsque l’on met plus de 8h à parcourir les quelques 170 kms séparant l’ancienne capitale Pyay de Taungggok sur la côte ouest ou pas moins de 9 heures de train pour 250 kms- et les touristes se font de plus en plus rares.

Ngapali Beach

Ngapali Beach

C’est justement à bord d’un train que commençait cette aventure dans l’ouest. Un voyage de plusieurs jours avant d’atteindre Sittwe la capitale de l’état Rakhaing. Le train quitte doucement la ville de Yangoon avant de s’enfoncer dans les campagnes birmanes. Les champs de tapioca et les rizières défilent sous mes yeux, et les vendeurs ambulants se succèdent un à un dans le wagon. Au loin j’aperçois un paysan arrosant son champ au tuyau d’arrosage tandis qu’un autre homme abaisse manuellement la barrière du passage à niveau.
Je ne l’est pas demandé mais pour 4 $ me voici en “upper class” assis dans un grand siège aux larges accoudoirs et de quoi allonger mes jambes.

Stand de confection des noix de bétel

Stand de confection des noix de bétel

Mais le train birman c’est une tout autre expérience. Les amortisseurs ne sont plus qu’un lointain souvenir, et les kms défilent à travers la fenêtre à une vitesse léthargique.

Si le stop avait bien marché jusqu’à maintenant, c’est une autre histoire dans ce coin du pays et je m’en rends vite compte lorsque j’essaie de quitter Pyay. Très peu de véhicules sur cette route, et ceux d’entre eux qui s’arrêtent ont tous le même discours : ils ne vont que 7 miles plus loin, et une fois là-bas j’aurai le même problème pour continuer.

Il faut me rendre à l’évidence, trouver un bus si je ne veux pas rester coincé ici la semaine. Et quelle surprise lorsque j’apprends que c’est un bus de nuit qui part à 20h et qu’il met plus de 8h à faire le trajet. Huit heures pour les quelques 160 kms me séparant de la côte. Les temps de trajet prennent ici une tout autre dimension comme je le disais.

Après une bref excursion dans les environs de Ngapali -plus belle plage de Birmanie si l’on en croit les brochures- je remettais le cap vers Taunggok un peu plus au nord. Il faut que j’arrive avant la nuit si je veux espérer attraper le bateau qui part le lendemain matin pour Sittwe. Le cas échéant il me faudra atteindre le prochain deux jours plus tard.

Au fil de la rivière Kaladan: De Sittwe à Mrauk U

Au fil de la rivière Kaladan: De Sittwe à Mrauk U

Chose impensable en Birmanie, tout se déroule comme prévu et je parvins à avoir toutes mes correspondances jusqu’à Sittwe, où un autre visage de la Birmanie s’offre à mon arrivée.
Après les problèmes récents dans la région, on peut clairement sentir une certaine tension dans l’atmosphère. “Mulsim ? ” est d’ailleurs la première question que l’on me pose partout. La mosquée quant à elle est gardée jour et nuit par des hommes armés, et il n’est pas question d’espérer s’en approcher. De plus les check points sont nombreux dans le coin ce qui ajoute encore à la lenteur des transports…
Le secteur est d’ailleurs “déconseillé aux touristes” depuis plusieurs mois.
C’est en 2012 que le pays commençait à “inviter les touristes à venir se rendre dans le pays” après un boycott de nombreuses années. Les visiteurs commençaient alors à affluer dans le pays tandis que les affrontements entre la junte militaire et les militants pour la démocratie et autres groupes ethniques continuaient dans le nord du pays et dans bien d’autres régions notamment proches des frontières. Qui dit tourisme dit rentrer d’argent pour un pays et donc développement. Sauf que dans ce cas précis, cela veut dire enrichissement de la junte militaire (au pouvoir depuis plus d’un demi-siècle) et donc entre autre réapprovisionnement en armes. Et ça ce n’est pas bon pour le peuple birman et son futur.
Mais les premières élections récentes ont changé la donne et le paysage politique a l’air de s’éclaircir quelque peu. La Birmanie serait-elle sur le point de devenir une démocratie? Peut-être une réponse en octobre prochain.

A Mrauk U -prononcer miaou- le calme et la sérénité envahissent soudain les lieux, et c’est après la rencontre de quelques jeunes birmans du coin que je partais explorer ces anciens temples au guidon de mon vélo sourire jusqu’aux oreilles. La brume enveloppe les collines à l’aube, puis le soleil illumine chaque temple un à un. Instant magique de la journée qu’un lever de soleil à Mrauk U…

Lever de soleil à Mrauk U

Lever de soleil à Mrauk U

Monks of Burma

Prière matinale

Après m’être rendu en stop à la station de bus, j’entamais un long trajet d’une journée. Un premier arrêt pour mettre de l’essence. Un second pour manger. Un troisième pour vérifier les passeports. Encore un pour manger. Et ainsi de suite… pour finalement admirer le ciel étoilé lors du dernier check point.
20 heures de trajet et deux bus plus tard et je mettais les pieds à Bagan, un endroit qui a lui seul fait choisir à des milliers de touristes la Birmanie comme destination de voyage. On vient au Cambodge pour Angkor Wat, les touristes affluents en Birmanie pour admirer les temples de Bagan au coucher du soleil. Tous deux biens différents, mais tous deux tout aussi magiques.

Coucher de soleil sur les temples de Bagan

Coucher de soleil sur les temples de Bagan

Si le décor de Bagan et ses milliers de temple est des plus spectaculaire, l’ambiance business et tourisme de masse m’a quelque peu rebuté, surtout après mon escapade dans l’ouest et les temples de Mrauk U à l’ambiance si calme et paisible.

Light paintingC’est à Bagan néanmoins que je fais la connaissance d’un personnage fort intéressant : Diliz. Sa particularité ?
Parcourir les pays et assouvir sa passion : le Light Painting.

Cet sorte de Street Art je connaissais de nom, mais pour moi cela ne se limiter qu’à écrire des choses dans l’espace avec un appareil photo sur trépied en pose longue.
J’étais loin du compte quand je découvrais les nombreuses possibilités. Un temple de nuit, un appareil photo, un trépied et quelques lampes et les résultats peuvent être étonnant ! Et comme dans la musique expérimental, ce que j’aime la dedans c’est l’expérimentation, la possibilité de créer “au fil de l’eau”.

On essaie des choses et on observe le rendu, un peu à la manière dont on tournerait les potentiomètres qui modulent et transforment les sons.

Je quitte Bagan en train pour Mandalay, autre destination phare du pays…