L’art du tourisme à la chinoise

Monts Huangshan

“Des centaines de milliers de marches…
                                   et des dizaines de milliers de chinois!”

Cela fait déjà plusieurs semaines que j’arpente la géante rouge, et il est bientôt l’heure de mettre un terme à toutes ces chinoiseries. En effet dans quelques jours seulement, mon visa chinois aura expiré, et il me faudra être de l’autre coté de la frontière.
Avec le recul j’aurais peut-être dû demander une prolongation de visa, mais il est un peu tard à présent, et le Golden Week pointe le bout de son nez.
Le Yunnan, qui figurait parmi les provinces qu’il me tardait de visiter, je le laisserai finalement de côté par manque de temps. Je n’en aurai vu que la capitale Kunming l’espace de deux jours, le temps de goûter à la cuisine Dai et de me perdre dans la ville…
Il faut se mettre à l’évidence: la Chine est un bien trop grand pays pour espérer pouvoir en découvrir toutes ses facettes l’espace d’un mois seulement.

“Chine je reviendrai. Tu m’as étonnamment surpris et enchanté depuis le début, et je commençais à m’attacher à toi…”

Mon parcours se façonnait peu à peu, et continuait à évoluer jour après jour. Il faut dire qu’avant mon entrée en Chine, je n’avais strictement aucune idée de mon itinéraire -mis à part mon arrivée en Trans mongolien à Pékin- et ne connaissais que très peu de choses de cet immense pays.
Partir en direction de l’ouest en empruntant l’ancienne route de la soie ? Foncer plein sud vers Hong Kong en longeant la côte est ? Traverser le pays en diagonale jusqu’à la frontière sino-laotienne ? Que d’itinéraires possibles et envisageables s’offrent au voyageur posant les pieds sur le sol chinois pour la première fois.

Huangshan: Les monts jaunes

Huangshan: Les monts jaunes

Et puis la magie du voyage et des rencontres encore une fois opérait. Carl et Sally- mes hôtes à Pékin- ne juraient que par les montagnes jaunes. Un français rencontré dans un bar me persuadait de me rendre au parc national d'”Avatar“, alors que Wilson, un anglais d’origine chinoise, me détournait du Yunnan et m’encourageait à me rendre dans la province du Guangxi plus à l’est.
L’itinéraire prenait alors forme peu à peu, la météo étant également un facteur important entrant en jeu. Il n’y avait plus qu’à se lancer dans l’aventure, au milieu des millions de chinois… Sautant de bus en trains; de téléphériques en vélos; écumant les auberges de jeunesse et autres guest house, plantant ma tente en pleine forêt, ou passant mes nuits dans les trains et autres bus chinois.

Si l’on parvient à passer outre ses hordes de touristes, la Chine offre de magnifiques trésors. Parce que oui des touristes en Chine il y en a, et c’est rien de le dire -et je ne parle pas de touristes étrangers comme vous ou moi. Exclusivement des touristes chinois, venu par dizaines de milliers explorer leur pays.

Infrastructures au mont Tianmen

Seulement le tourisme à la chinoise, c’est tout un monde pour nous autres occidentaux. On m’avait prévenu qu’en Chine on n’était jamais seul, mais jamais je n’aurais imaginé autant de monde. Où que l’on aille, quoique l’on fasse, des touristes partout, en masse, agglutinés en file indienne derrière leur guide hurlant, mégaphone au poing.
En Chine, on ne va pas prendre un bol d’air frais à la montage ou randonner dans les environs. On y va en bus, on paie son droit d’entrée 40 euros, on prend un téléphérique et on marche un peu avant le prochain téléphérique/bus. Tenue correct conseillée, talons/chaussures de ville et jupe sont la norme ici dans les montagnes. Finalement en Chine, on “visite” la montagne plus qu’on ne “va” à la montagne.

Aucun besoin de s’encombrer de tente ou de sandwich pour casser la croûte : des hôtels 4 étoiles vous attendent au sommet, ainsi que tout une tripotée de restaurants pour répondre à toutes vos attentes. Vous avez oublié de prendre du liquide sur vous ? Une banque est à disposition, tandis qu’un poste de police est là pour faire régner l’ordre dans ces contrées hostiles. Vous ne vous êtes pas assez dépensé durant la journée, allez tâter du ballon sur le terrain de basket. Attention cependant, mieux vaut avoir prévu le coup et être venu en chaussure de sport.
Un sac à dos pour transporter l’eau ? Pourquoi faire le touriste chinois préfère trimbaler directement son sac en plastique de courses à la main.

Monts Tianmen

Monts Tianmen

Hallelujah Mountain

Hallelujah Mountain

Huangshan et ses montagnes jaunes, le parc forestier national de Zhanjgiajie, ou encore les monts Tianmen. Autant de décors de rêves que j’ai pu parcourir durant ces quelques jours. Les guides et personnes rencontrées ne mentaient pas à leurs sujets : des paysages grandioses et irréels, comme je n’en avais jamais vu auparavant.  Seul regret néanmoins: mon pied n’aura pas touché la terre a proprement parlé.

Uniquement des pavés et des marches. C’est comme ça en Chine, des infrastructures à n’en plus finir. Des rambardes, des échelles, des marches, des chemins pavés, des téléphériques, des toilettes publiques, des bars, des restaurants, des magasins de souvenirs, etc… ce qui peut être sacrément impressionnant comme au sommet des monts Tianmen où il y a même une portion avec un sol en verre, afin de pouvoir observer les centaines de mètre de vide en dessous de ses pieds. Si l’on parvient à se frayer un chemin au milieu du bain de foule évidemment… Dur d’être tranquille et de “goûter” à la nature.

Mais il suffit de marcher quelques kms en dehors des “routes touristiques” pour se retrouver seul durant des heures, et ce même un dimanche. Et le bon côté de ces chemins “hors des sentiers battus” si j’ose m’exprimer, c’est que l’on se sent un peu plus à la montagne. Pas de personnel balayant les feuilles mortes tombées sur les marches, pas de poubelles tous les 50 m. Quelques branches d’arbres en travers pour vous rappeler que vous marchez en forêt, et même un pont à moitié effondré !

La fin de journée approche, je n’en peux plus et la rivière est trop tentante. je me jette à l’eau. Un peu à l’écart tout de même car apparemment se baigner dans les rivières ce n’est pas la coutume par ici…

Zhangjiajie National Park

Zhangjiajie National Park

Mais pour apprécier ces décors fantastiques tirés tout droit des films, il vous faudra passer par les joies des transports chinois. Non que le réseau ferroviaire ou de bus soit mauvais- il est au contraire extrêmement complet- non le problème vient plutôt des chinois en eux-mêmes. Ou plutôt de leur attitude et leur comportement en société –l’Inde n’étant pas mal dans son genre non plus- mais encore une fois, je suppose que nos cultures sont bien différentes et qu’en tant que pauvre petit voyageur français, je ne peux en déjouer tous ses mécanismes complexes.
Il faut savoir que dans les trains chinois, le temps est ponctué par les incessants crachats et raclements de gorge tous plus immondes les uns que les autres. Tel un métronome, le même homme recommence encore et encore. Parfois dans la poubelle, parfois directement au sol. Ce n’est pas grave finalement, le crachat permet de refroidir les cendres de cigarette tapotées négligemment au sol auparavant. Mais quelque fois le haut-parleur du téléphone couvrira tous ces bruits incommodants. Parfois d’une musique douce, parfois d’un jingle d’émission tv chinoise insupportable.

J’ai l’impression parfois que la surpopulation en Chine a abouti à un non respect et une ignorance total de l’autre –ou ce fut-il toujours le cas?-. Dans la rue c’est chacun pour sa gueule. Les passages piétons sont uniquement là pour la déco. Les panneaux d’interdiction de fumer: idem. Ici on fume là où l’on veut, interdiction ou non. dans les bars, les resto, les trains, les lieux publics. Le concept d’écouteurs est inexistant et les bruits se mêlent entre eux au milieu de ce brouhaha parfois infernal. On n’hésite pas a resquiller à tout va dans les queues, à brailler dans les chambres d’auberge à 5h du mat…
Mais je m’arrêterai la pour les reproches, on finirait par dire que je ne suis qu’un énième français râleur…

Rizières en terrasse du Dos du Dragon

Rizières en terrasse du Dos du Dragon

Une fois mon sac posé dans la région autonome du Guangxi, je partais à la découverte des compagnes environnantes, à la recherche d’une toute autre atmosphère. Au guidon de mon vélo, je partais au milieu des rizières en pleine récolte du côté de Chéngyang.

Seul touriste à des kms à la ronde, je rencontrais une population souriante et généreuse: les Dongs. Les vieux travaillant dans les champs me montrant leur machine à récolter le riz, les travailleurs de chantier m’offrant de l’eau avant une grosse montée, un jeune chinois me payant une bière dans une bicoque le long de la rue, avant de finalement payer la note finale. Aucun d’eux ne parle anglais, mais les sourires et les gestes parfois suffisent a faire passer quelque chose.
Mais il est vrai que la langue reste une énorme barrière dans ce pays. Et même avec des gestes il est parfois très compliqué de se faire comprendre dans la rue. Inutile de compter sur l’anglais, vous pouvez l’oublier durant votre séjour au pays de Mao !

Campagne autour de Chéngyang

Campagne autour de Chéngyang

Le Guangxi, c’est aussi la région où se trouvent les fameuses rizières en terrasse du Dos du Dragon. L’homme ici a pour une fois su embellir et magnifier son environnement, et non le détériorer comme à son habitude. Une prouesse humaine, qui dure depuis des siècles au sein de l’ethnie des Yao. Ici les femmes ne se coupent jamais les cheveux et arborent encore aujourd’hui leur superbe costume traditionnel coloré.
Encore une fois en revanche, je passe pour un extraterrestre aux yeux des locaux. Et pour cause: je porte mon sac tout seul! Quelques vielles femmes m’ont bien proposé de le porter moyennant une poignée de Yuans, mais je ne me suis jamais fait porter mon sac jusqu’à aujourd’hui, alors pourquoi commencer maintenant? Surtout qu’il n’y a qu’une quinzaine de kms entre les deux villages, le tout relativement plat si ce n’est sur la fin.

Je terminais alors mon séjour dans le Guangxi en restant quelque jours à Xingping, entourés des dizaines de pics de calcaire propres à la région. Le temps est extrêmement lourd et la chaleur à la limite du supportable. Pas un brin d’air, et il y a comme un brouillard stagnant tout autour, mais ce qui a la particularité d’ajouter un quelque chose à l’atmosphère du lieu.

Après une ballade le long du fleuve Li et des forêts de bambou en compagnie d’un couple de belges faisant un tour du monde de deux ans (sans avion), je pars pour un circuit de 70 kms à vélo, en direction de Yangshuo. Sur la rivière Yagon, les radeaux en bambou sont cette fois sans moteur, ce qui rend la visite des alentours beaucoup plus calme et authentique. La campagne environnante est superbe, et l’on peut observer quelques buffles faire trempette dans l’eau, ainsi que les majestueux pics se dresser devant le fleuve.

Beaucoup d’étrangers à Xingping et ses alentours, ce qui m’amène a me questioner sur un phénomène assez étrange en Chine. Là où il y a énormément de touristes chinois, les étrangers sont très peu nombreux, mais là où il y a beaucoup d’étrangers, très peu de touristes chinois. A croire que chacun fuit l’autre ! C’est d’ailleurs pour ces raisons que le début de mon séjour fut assez solitaire –mis à part à Pékin et Shanghai-, mais la fin beaucoup plus entourée.

Je me dirige maintenant vers le sud du Yunnan, afin d’entrer en Asie du Sud-Est. Ce sera au Laos pour commencer.
La végétation à déjà beaucoup changé depuis Kunming en altitude, et le paysage n’est plus fait que de jungle, rizières et bananiers. Un premier aperçu du fleuve Mékong en passant par Jinghong.

J’entre à présent dans les confins du Triangle d’Or

Pics de calcaire vers Xingping

Pics de calcaire vers Xingping

 

Chine: L’empire du milieu

CARTE D’IDENTITE

CAPITALE: Pékin
LANGUE: Chinois mandarain
REGIME POLITIQUE: République
POPULATION: 1,498 milliards
DEVISE: Yuan (CNY)
PIB / Hab: 8 600 $

15h45 : Cela fait déjà plus de 7 heures que le désert défile sous mes yeux. Paysage monotone s’étendant à perte de vue dans lequel serpente le Trans mongolien. le Gobi semble s’étendre à l’infini le long des rails. Espérons que le lait que tous ces gens lançaient sur le quai au départ sera nous porter chance dans ce voyage de 28 heures.
Dans ma cabine, je ne suis plus le seul occidental comme ce fût le cas en Russie, mais je la partage avec trois autres européens- Une allemande commençant un périple de 4 mois en Asie du Sud-Est, et deux suédois rejoignant Chengdu pour commencer un semestre en économie– Les heures passent, et je finis par leur enseigner l’art du Durak, histoire de tuer le temps les quelques prochaines heures.
IMG_1403

19h00 : Nous sommes à la ville frontière, et interdiction de descendre du train. Six heures plus tard, un nouveau tampon et un ajustement des essieux permettant de s’adapter aux rails chinois, nous repartons.
C’est de nuit que je fais mon entrée en Chine, et il semble que nous soyons toujours dans le désert lorsque je me couche après cette interminable attente au poste frontière. Mais dès le réveil, ce sont de magnifiques paysages qui défilent devant la fenêtre de ma cabine. De majestueuses montagnes en toile de fond, traversées par de petits villages pittoresques et percées de tunnels ici et là. Une rivière serpente le long de ces massifs montagneux, et les couleurs rayonnent sous un soleil de plomb.
C’est une Chine rurale et étincelante qui s’offre à moi pour la première fois. Mais après quelques heures, c’est un changement brutal de décor. Un épais nuage commence à flotter dans l’atmosphère au loin , et les usines et autres centrales électriques ont remplacé les montagnes et rivières. Pékin la capitale chinoise semble se dessiner à l’horizon…
IMG_1426

Arrivée à la gare centrale, la découverte de ce gigantesque pays hors normes peut débuter; et c’est avec plein d’entrain que je me dirige à pieds vers l’adresse que m’a indiqué Carl dans son dernier email.
Aucune analyse cette fois-ci.Uniquement observation et contemplation. J’admire le spectacle qui s’offre devant mes yeux, mes oreilles se laissent imprégner de l’atmosphère, et mon odorat se laisse charmer par toutes ces nouvelles senteurs. Une véritable explosion de chaque sens.
Cette étape est celle que je préfère lors de l’arrivée dans un nouveau pays ou une nouvelle ville : les toutes premières heures à marcher. J’essaie toujours d’éviter les taxi ou le métro.Toujours à pieds, histoire d’avoir un premier aperçu des lieux et me perdre un peu en me laissant aller à mon instinct. Il parait que les premières impressions sont toujours les bonnes?

Temple des Lamas. Pékin

Premier constat: la Chine est un pays bien a part. Tout comme sa petite sœur l’Inde, c’est est un pays gigantesque, extrêmement peuplé, et où le choc des cultures est immense.

A chaque coin de rue de nouvelles choses étranges se passent sous nos yeux ahuris d’occidentaux. Partout où je vais, le touriste chinois est là, appareil photo au poing, mitraillant paysages et famille à n’en plus finir. Car non l’image du chinois photographiant tout se qu’il voit à une vitesse ahurissante n’est pas un mythe. Des selfies à n’en plus finir; devant les montagnes, les monuments, les pancartes, les bars, à peu près tout et n’importe quoi. Moi aussi j’aime prendre des photos, mais alors la c’est violent.

Oui la Chine est un pays différent, où l’on se ballade le long des rues en subissant de manière continue le bruit immonde des raclements de gorge que font les hommes avant de cracher un truc dégueulasse sur les trottoirs.

 

Puis on monte dans un métro et on tombe nez à nez avec une chinoise hurlant dans son téléphone, tandis que les autres voyageurs restent hypnotisés devant la lumière de leur téléphone.
Où que l’on aille, c’est le même constat: la foule. Un conseil si vous êtes agoraphobe: ne mettez pas les pieds en Chine.

Les promenades dans les parcs tôt le matin résument à elles seules le mode de vie des chinois. Actif est le mot d’ordre pour tous.

A chaque coin du parc, des personnes âgées font leur exercice matinaux, pendant que d’autres chantent des chansons ou joue de leur instrument. Partout des gens dansent, rythmant leurs pas au son de la musique. Plus surprenant, certains se tapent violemment sur les cuisses de manière répétée.

Un peu plus à l’écart, d’autres chinois pratiquent le tai-chi. Un autre est assis seul sur un banc: il chante à gorge déployée et semble nous dire “J’aime la vie”. En Chine on ne flanne pas dans le parc. On est actif.
Les chinois ont ce besoin d’être actif. Il semblerait que l’hygiène de vie et la santé sont primordiales dans leur mode de vie.

La religion joue aussi un rôle important dans le cœur des chinois. Mais on ne peux s’empêcher de sourire lorsque, à l’ouverture des portes du temple, ils courent vers le guichet afin d’entrer les premiers dans l’enceinte du temple et faire leurs prières.

IMG_1766

La Cité Interdite

Je dois l’admettre, je suis agréablement surpris dès ma première heure passée dans la capitale. Je m’attendais à quelque chose dans la même veine que New Dehli ou Bombay en Inde ; Bruyant et sale, bordélique et non organisé avec des embouteillages monstres. C’est finalement dans une atmosphère très paisible que je rejoins tranquillement et en une petite dizaine de kilomètres les quartiers nord de Dongchéng.
C’est ici que Carl vit depuis cinq ans avec sa femme, ainsi que leur petite fille de deux ans. Situé au dernier étage d’une résidence en plein cœur des hutongs, l’emplacement est idéal, et c’est à vélo qu’ils m’emmènent à la découverte du quartier et de ses alentours.

Un premier repas sur leur terrasse suivit d’une tournée des bars avec Carl commencent ce séjour pékinois de la meilleure façon possible. Rencontre avec quelques personnages extravagants-comme ce français/chinois vivant en Chine depuis 10 ans sans visa (soit disant), musicien/écrivain publiant des articles pour le Monde, originaire de Clermont et donnant des interviews avec Zidane– dans le centre culturel et historique du Pékin traditionnel.
IMG_1562
L’atmosphère dans les ruelles est irréelle. Une espèce de brume planant sur la capitale, la lueur des lampadaires et autres lanternes lui donnant cet ambiance mystique et pleine de mystères. On va de bar en bar, nous délectant de diverses bière et cocktails, allant au gré des rencontres et zigzagant entre les vélos et voitures… Pas un bruit, la plupart des deux roues sont électriques. Ecologie? Je ne crois pas. Simplement qu’il n’y a pas besoin de permis pour conduire les véhicules électriques. Alors par contre attention la conduite. Pas vraiment de règles pour les deux roues, ça va dans tous les sens. Et comme partout en Asie, ce n’est pas parce que l’on est sur un passage piétons que l’on est protégé.

Une courte nuit et une gueule de bois plus tard,  nous nous occupons de la logistique pour mon séjour chinois. Carte SIM, accès VPN pour accéder aux services Google, etc… avant d’aller déguster un délicieux canard laqué dans l’un des restaurants chics de la ville.
Ici le canard est découpé devant le client, tout en prenant soin d’extraire délicatement la peau croustillante. Un véritable délice, dégusté de façon traditionnelle, c’est à dire accompagné de sauce et de légumes crus dans de petites crêpes.

 

Première bataille avec les baguettes chinoises, mais comme le dit si bien Carl : en Chine soit tu t’habitues, soit tu crèves de faim !

Poitrines de porc !!!

Et puis Carl a une passion. Il s’est mis il y a quelque temps déjà dans la production de bacon qu’il revend à des restaurants et autres épiciers. Aujourd’hui, ce n’est pas moins de 80 kilos de poitrine de porc qu’il reçoit directement à la “Kitchen”, son laboratoire qui lui sert à expérimenter de nouvelles recettes et à la production du bacon et de leur relish fumé.
On a trouvé un bon deal : Je lui apprends quelques astuces avec Sharepoint, et lui m’apprend à faire du bacon. Tout le processus, de la saumure au fumage dans le four qu’il a fabriqué, et jusqu’au scellage sous vide. Evidemment le lendemain matin, c’est bacon et pancakes au petit déj !

 

IMG_1595
Mais un séjour à Pékin ne pouvait être complet sans un tour sur la grande muraille de Chine.
Huitième merveille du monde, ce colossal édifice de plus de 20 000 kms de long (à l’époque) construit il y plus de 2 000 ans reste encore aujourd’hui un monument extraordinaire, à la gloire de la défense nationale. Une prouesse qui montrait déjà à l’époque la puissance de l’empire envers ses voisins.
Sur le papier on reste d’abord sceptique devant ces chiffres astronomiques, on ne se rend pas compte. Mais une fois sur place, on comprend la folie militaire de l’époque. Un gigantesque mur perché, serpentant de crêtes en crêtes dans les montagnes sur des dizaines et des dizaines de kilomètres. A perte de vue. Pour l’apprécier à sa juste valeur, je partais explorer un tronçon non restauré situé à une soixantaine de kms de la capitale.

Lors de l’approche de la montagne menant à l’une des tours de garde, quelques panneaux mettent en garde le touriste égaré : “This section of the great wall is not open to the public”. Heureusement d’autres voyageurs m’avaient prévenu, et en effet une centaine de mètre plus loin : “Take nothing but photographs. Leave nothing but footprints. Keep the wall wild and wonderfull !”. Personnellement je prends ça comme une invitation à l’exploration de la zone.
Un épais voile de nuages et de pollution couvre toujours le ciel. Mais après un court instant à marcher en pleine jungle, je ressens une goute. Serait-ce bien des nuages et pas seulement de la pollution au-dessus de ma tête ? On a du mal à discerner les deux après ces quelques jours dans la capitale où règne une pollution monstre, mais cette fois-ci je crois bien que c’est un orage qui se prépare. Je continue mon ascension, trempé après seulement quelques minutes. La pluie de plus en plus forte finit par cesser, et j’arrive péniblement à la tour de garde après m’être perdu un bon nombre de fois à travers cette jungle épaisse.

Je n’ai croisé personne depuis le début de mon ascension, et qu’elle n’est pas ma surprise lorsque je tombe nez à nez avec ce vieil homme au sommet, me demandant 5 CNY afin d’utiliser son échelle en bois. L’homme propose également toutes sortes de rafraîchissement et de biscuits.
La chine n’aura décidément pas finit de me surprendre!

IMG_1668

La section non restaurée

 
Le soleil ne se décidant pas a apparaître et la brume persistant, je pars marcher une petite demi-heure sur la muraille, avant de trouver refuge dans une des nombreuses tours de garde.
Quelques bougies disposées ici et la, me voici bien installé, près à passer la nuit tel un guetteur d’en temps.
La muraille est plongée dans la nuit noire, mais je peux déjà apercevoir la pleine lune ainsi que quelques étoiles. Peut-être demain sera-il un jour meilleur?
Et en effet, après un lever de soleil magnifique sur les montagnes, le soleil inonde la grande muraille de ses rayons lumineux et chauds. Un grand ciel bleu comme je ne l’avais encore jamais vu depuis mon arrivé à Pékin. Sur cette partie de la muraille la nature a reprit ses droits, et par moment il est même devenu difficile de l’apercevoir, mais on la devine. Je continue ma marche jusqu’à la partie restaurée de la muraille, du coté du Mutianyu, puis continue encore quelques heures jusqu’au prochain village derrière la montagne.

IMG_1726

La section restaurée

 

Après une visite de la cité interdite et du palais d’été, je pars pour Shanghai, capitale économique et ville la plus peuplée de Chine.

J’ai mis du temps à me décider à passer par Shanghai ou non. Et puis je me suis dis qu’après tout, ça pouvait être intéressant de voir le contraste entre ces deux grandes villes. D’un coté Pékin et ses hutongs, de l’autre Shanghai et ses immenses grattes ciel.
Pour mon séjour, j’ai trouvé un couchsurfeur qui a accepté de m’accueillir pour les 3 prochaines nuits. J’ai de la chance c’est un local, et il m’emmène à la découverte de la ville et de la gastronomie locale.
Dès le lendemain matin, je pars seul à la découvert de la ville, en commençant par l’artère principale: Nanjing Road. Sur le boulevard, deux jeunes chinoises m’accostent pour les prendre en photo. On sympathise et on discute pendant 10 bonnes minutes. Fermée la veille, elles retournent ce matin apprécier une dégustation de thé servie de manière traditionnelle et me propose de me joindre a elles. Pourquoi pas? Ça fait du bien de rencontrer des chinois parlant anglais, et pourquoi pas voir a quoi ressemble cette “Tea Performance”.

Les thés se suivent et ne se ressemblent pas, et le show s’achève. L’addition arrive:
“Félicitation, vous venez de vous faire arnaquer en beauté !”
1200 CNY d’addition pour trois, soit plus de 45 euros de ma poche pour 6 malheureux shots de thé.
Je me sépare de mes “nouvelles amies”, et trace ma route. Quelques minutes plus tard, je me fais accoster par près de cinq autres groupes de jeunes en l’espace d’une heure le long de East Nanming. Toujours la même histoire de thé. Je les écoute attentivement à chaque fois, avant de leur demander combien de personnes ils ont arnaqué aujourd’hui. Et immanquablement ils ne comprennent tout à coup plus mon anglais, et finissent par me dire de partir avant de clore la discussion en insultes. Triste jeunesse. Jason me dira que ces arnaques sont monnaie courante sur l’avenue, qu’il avait oublié de me prévenir. Remarque si j’avais été malin…
Je ne comprends toujours pas comment j’ai pu me faire avoir aussi facilement. Mais après 10 jours en Chine sans vraiment pouvoir communiquer avec les locaux, je suppose que j’étais simplement content que quelqu’un parle anglais et se mette à discuter un peu avec moi dans la rue.

Après avoir parcouru la ville de long en large, passé un peu de temps dans le quartier des concessions françaises où l’on se sent de nouveau en Europe, et dans le vieux Shanghai qui à mon avis est le plus appréciable et authentique, je rentre chez Jason. Ce soir il m’emmène dans un restaurant sichuanais près de chez lui, et les sujets de discussion fusent dans tous les sens.
– Comment ça se passe en France lorsque tu veux rencontrer une fille?
– Tu peux en rencontrer dans les bars, les festivals, les clubs, à des soirées chez des amis, ou même sur internet ce qui se fait de plus en plus.
– A des soirées chez des amis ? parce que tout le monde ne se connait pas dans ces soirées?
– Non pas forcement. Ca permet justement de rencontrer de nouvelles personnes des fois.»
– C’est trop bizarre. Si on va chez quelqu’un et que l’on ne connait pas les gens on s’ennuie vite non?!
– Bah non justement. On fait connaissance, et on découvre de nouvelles choses.
Et vous ca se passe comment ?
– A Shanghai, on peut accrocher son profil avec ses infos, numéro et photo sur un arbre à People Square. Mais pas sur internet, on ne fait pas trop confiance.

S’en suivent des conversations plus incroyables les unes que les autres. Jason pratique le couchsurfing, ce qui en fait une personne très ouverte pour un chinois comme il me dit. Mais quelle différence de culture néanmoins ! Pour lui tous les blancs se ressemblent. Comment reconnaitre un allemand d’un roumain ? Un français d’un italien ? On finit par se mettre d’accord que pour nous tous les chinois se ressemblent et que pour lui tous les occidentaux se ressemblent.
– Si je vais en Europe, où est-ce que je peux voir des blonds aux yeux bleus ?
– En général c’est plutôt dans les pays nordiques, mais bon j’en connais moi-même en France aussi.
– Et des gens aux yeux verts ? »
– Je sais pas. Un peu partout j’imagine.
– Comment ça ? Ce n’est pas spécifique à un pays en particulier ?
– Non tu peux en trouver partout.
– Mais pourquoi ? Comment c’est possible?
– Je sais pas. Mélange des cultures j’imagine…
– C’est trop bizarre !

Quartier du vieux Shanghai

Et quand je lui annonce qu’en Europe il y a plus de 20 langues parlées, c’est le choc.
– Comment c’est possible ? C’est trop bizarre ! L’Europe c’est petit, comment il peut y avoir autant de langues ? Et puis pourquoi vous ne faites pas un seul pays pour l’Europe ? L’Europe unis par exemple !
– Mais c’est ça qui est intéressant en Europe. La différence des cultures. Chaque pays a ses coutumes, sa gastronomie, ses spécificités, etc…
– Ok. Du coup si je veux visiter l’Europe, 3 mois ça suffit ?
– Euh… Oui si tu veux. Mais ça serait un peu dommage. Ou alors sélectionne juste quelques pays.
– Mais les villes, c’est un peu toutes les mêmes non ?
– Non ça peut être très différent. Et surtout il n’y a pas que les villes. Il y a les montages, les plages, les campagnes, etc…

Wep. Un bon choc des cultures comme on les aime. Mais le dialogue fut vraiment passionnant, d’échanger sur tous ces sujets, de voir le point de vue d’un chinois qui ne connait quasiment que son pays. La censure de du pays y doit surement y être pour quelque chose…

C’est la tombée de la nuit et Shanghai s’éveille. Les rues se noircissent de monde peu à peu, les bars se remplissent, les gens passent à table, et les grattes ciels se mettent à briller de mille feux. Un tour sur le bund et le long de Nanjing Road suffit à prendre la température, et à surtout prendre son bain de foule quotidien. 24 millions de chinois  qui déambulent autour de soi, ce n’est pas rien.

Un saut rapide dans la ville des canaux de Zhujiajiao, et je laisse à présent les grandes villes de coté, et pars m’enfoncer dans l’intérieur de la Chine, à la découverte de montagnes et des campagnes.

IMG_2387

Vue de Pudong, by night