A moto au pays du million d’éléphants

Opium tea, “magic pizza” aux champignons hallucinogènes, “happy shake” à la marijuana…Vang Vieng fut pendant de nombreuses années le lieu de fête et de débauche par excellence au Laos.
Mais les trop nombreux accidents dans la rivière dus à une consommation excessive d’alcool et de drogues en tous genres mirent un terme à tout ça, et la ville s’est depuis beaucoup assagie.
Toutes ces friandises ne sont plus ouvertement affichées aux menus, et seulement quelques restaurants/bars en proposent encore aux touristes. Cependant les jeunes australiens –en majorité mais pas que- en manque de sensations fortes continuent d’affluer en masse dans la ville et à déambuler dans les rues, le regard hagard et les neurones encore enfumés. La plupart d’entre eux rentrent d’une après-midi de tubbing et de roulage dans la boue, sport national de Vang Vieng.

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Dans les environs de Vang Vieng

Il a quelque chose d’absolument extraordinaire en Asie lorsqu’il est question de drogues. Faites-vous arrêter dans la rue un joint à la main, et c’est la grosse amende assurée. Jusqu’à 600$ ou plus, et ce n’est apparemment pas que le guide du routard qui le dit ! Libre à vous de refuser, dans ce cas le gentil policier se fera un plaisir de garder votre passeport, voir même de vous envoyer faire un petit tour en prison si vous êtes malchanceux.
Dans les faits, la plupart des touristes paient l’amende le bakchich et repartent en se mordant les doigts d’avoir acheté leur gramme d’herbe de piètre qualité au conducteur de tuk-tuk un peu trop insistant. Conducteur de mèche avec les autorités locales il va s’en dire…
“Tuk tuk ?
– No I’m waiting for someone”
Le type descend de son tuk-tuk et vient à ma rencontre…
“Psst ! Weed ?
– No thanks
– Opium ?
– No…
– What do you want ?
– Nothing. I’m just waiting for my friend…
– Tuk-tuk ?
–  … ”
Heureusement la plupart d’entre eux se contentent de rester tranquillement dans leur hamac le reste de la journée.

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Sur la route…

En revanche dans certaines villes, que ce soit en Inde, au Laos, au Cambodge ou encore en Thaïlande, vous pourrez directement acheter votre herbe au barman, comme vous le feriez dans n’importe quel coffee shop d’Amsterdam, ou bien encore consommer sur place l’un des nombreux plats concoctés à base de psychotropes et opiacés.
Tout ceci ne semble poser aucuns problèmes aux autorités, tant que tout cela se passe dans l’enceinte du restaurant/bar.
Ah corruption quand tu nous tiens…
La drogue en Asie, une fabuleuse histoire sans queue ni tête, mais qui a encore une longue vie devant elle !
En Inde cependant ils ont trouvé la parade, et il est autorisé de consommer  le charas lorsque cela reste dans un cadre spirituel. Les sâdhus s’en donnent à cœur joie, et les bhang shops font le bonheur des touristes aventuriers dans le Rajasthan.

Parenthèse fermée, le tubbing je connais bien. J’en avais fait une première expérience aux USA il y a quelques années, me laissant porter par le courant, un sceau de margarita flottant derrière et ondulant au fil de l’eau…
Excellente manière de passer une après-midi à buller, tout en contemplant le paysage
.
Et dieu sait qu’il est beau ce paysage aux abords de Van Vieng. Des pics karstiques surgissant de la rivière et encerclant la ville. De belles rizières verdoyantes, quelques cascades ici et là… Un superbe cadre qui n’est pas sans rappeler celui du Guangxi en Chine.
Hélas tout comme là-bas, le ciel est encore complètement laiteux et bouché, et l’on peine à distinguer les reliefs des montagnes.
Une petite descente de la rivière en bouée était bien tentante il est vrai, mais je décide finalement de partir directement plein sud pour rejoindre Thakhek, la capitale de la province de Khammouane.
L’atmosphère de Van Vieng n’est pas de mon goût, et je sais que je vais retrouver un fantastique décor dans les environs de Thakhek, les touristes en moins.
Ah  l’éternelle histoire du touriste qui fuit les autres touristes. L’intrigante différence entre le touriste et le voyageur. Dans quelle catégorie se ranger ? Vivre le pays ou regarder le pays ? Pour tenter de répondre à ces questions je ne peux que vosu conseiller la lecture du très bon ouvrage de Jean Didier Urbain : L’idiot du voyage.
Et puis ça sera aussi l’occasion de retrouver deux des français rencontrés quelques jours auparavant : Anita et Mathias, et faire un bout de route ensemble à moto.

Après près de 500 km et plus de 10 heures de route, j’arrive enfin à Thakhek, exténué. Les 50 derniers kms de nuit n’étaient clairement pas une bonne idée, et j’ai les doigts encore tout crispés. Une chose est sûre: le scooter a passé le test en tenant le coup tout le long de cette longue journée, et tout ça sans le moindre signe de faiblesse.
Mais conduire en rase campagne au Laos de nuit, et qui plus est en scooter, cela tient plus du suicide qu’autre chose. Chaque minute on prit pour ne pas tomber sur un nid de poule au dernier moment, et l’on freine jusqu’à l’arrêt le temps que le gros pick up venant en face ai terminé de nous aveugler de ses pleins phares.
Il parait qu’il est bon d’être croyant au Laos. Je crois comprendre ce qu’ils veulent dire…

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Village de Mahaxay, sur “la boucle”

Je passais alors quatre jours à parcourir la fameuse “boucle” des environs en compagnie d’Anita, traversant rizières, grottes et rivières, mais aussi nous retrouvant devant quelques surprises comme dans la ville de Lak Sao.
Une petite ville de passage puant la mafia à plein  nez, et où les énormes pick up et les nombreuses villas sont légions.
Ici nous ne sommes pas les bienvenus et cela se sent, et trouver un restaurant qui veuille bien nous servir s’avèreplus compliqué que prévu…

Peut-être la proximité de la frontière vietnamienne et la route #8 traversant la ville ne sont pas étrangers à ce climat hostile. Route #8 tristement connue pour l’acheminement de camions en provenance de Thaïlande et à destination du Vietnam.
Qu’y a t-il dans ces camions? Des centaines de chiens en agonie, ne recevant ni eau ni nourriture durant ces trois jours d’acheminement.
Destination finale pour ces pauvres chiens? L’assiette des vietnamiens.
Heureusement  nous ne croiserons aucun de ces camions lors notre virée sur la route #8.

Pour en savoir plus sur ce traffic, c’est par la.

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Route #8

Dernière nuit à Thahkek avant de partir sur les traces de la piste Ho Chi Minh. Dernière nuit que je décide de ne pas passer dans la ville, mais dans un lodge a seulement une dizaine de kms à l’est.

Le Lodge est plein d’étrangers venus de par le monde se mesurer aux parois des montagnes karstiques de la région de Thakhek, ce que je découvrais en arrivant à la nuit tombée:

“Do you have any room for the night?

– Yes we do. Tents are 30 000 Kip, bungalows 110 000
– Ok let see the tents
– Alright. So did you come to do some climbing ?
– Euh… I didn’t know about that. Actually I just wanna sleep and leave early tommorrow…
– Oh really?. Ok but just to let you know we’ll do a morning lesson tomorrow. In case you wanna give it a try and stay a bit longer…
– Ok I’ll think about it”

Et voilà comment je me retrouvais à rester deux journées de plus dans la région.
Une règle d’or en voyage : toujours suivre son instinct et s’écouter…
Dans le lodge il y a Paul, ce jeune américain de 30 ans féru d’escalade, venu passé au Laos quelques semaines de grimpette. Le mois prochain, il s’envolera pour le Pérou où ‘il continuera d’escalader, entrecoupé d’une initiation à l’Ayahuasca.

Il y a également Andy, un australien né à Hong Kong et vivant aujourd’hui à Bangkok. Profitant d’être au Laos pour un visa-run, il est venu à Thakhek pour grimper quelques voies le temps d’une semaine, et sera mon partenaire de grimpe le jour suivant.

Uli et Anna les propriétaires, sont dans la région 8 mois dans l’année. Le reste du temps, ils le passent chez eux en Allemagne.
Tous deux grimpeurs hors pair, ils ont fait de leur passion un mode de vie, et continuent de grimper chaque jour, tout en gérant leur lodge.


La nourriture y est fantastique – la meilleure que j’ai pu goûter dans le pays- ,les prix très bon marchés, et les autres grimpeurs très accueillants et avenants.
C’est donc dans cette ambiance décontractée que je m’essayais à l’escalade en plein air pour la toute première fois. Grimpette entrecoupée de baignades dans la rivière avoisinante, et de longues sessions hamac en guise de sieste.
Cela fait déjà deux jours que je suis là, j’ai les bras tout esquintés et les mains souffrant de crampes, il est temps de revenir à mon plan initial, et partir vers le sud-est…

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Sur les traces de la piste Ho Chi Minh

Inconscient. Stupide. Aventurier. Appelez ça comme vous voulez mais le fait est que me voilà parti de bon matin sur les traces de l’ancien réseau de chemins ayant servi durant la guerre du Vietnam: la piste Ho Chi Minh.
Aucune carte détaillée, pas de kit de réparation, de chambre à air ou quoi que ce soit -a quoi bon je suis une bille en mécanique- Uniquement mon téléphone portable, quelques indications glanées ici et là sur les forums et trois litres d’eau.
Ah et j’oubliais: 1,5 litres d’essence dans une bouteille, parce que quand même je suis un homme prévoyant! et quelques coordonnées GPS et photos d’une carte détaillée trouvée au lodge.
Me voici donc a présent seul au guidon de ma fidèle Honda Wave, parcourant l’ancien tracé de la piste Ho Chi Minh le long de la frontière vietnamienne du nord au sud avec comme destination le village de Tadlo. Durée prévue de ce périple: 3 jours.

Mais en fait qu’était-ce donc que cette mystérieuse piste Ho Chi Minh? Et bien tout simplement un réseau routier qui permettait de faciliter l’acheminement des troupes et du matériel militaire du Vietnam Nord jusqu’au Vietnam Sud. Ce réseau a d‘ailleurs été l’une des clés de la victoire des communistes sur le Vietnam Sud à l’époque.
A titre d’exemple, en 1967 l’Armée Populaire du Vietnam a transporté et stocké plus de 81 000 tonnes de matériel qui furent ensuite utilisé lors de l’offensive du Têt de 1968. Plus de 200 000  militaires participèrent à l’opération, et chaque nuit des milliers de mouvements s’opéraient sur les chemins du Laos et du Cambodge.

Très vite la piste Ho Chi Minh fut la cible des premiers bombardements en 1965, avant d’atteindre un pic en 1969. Cette année-là ce n’est pas moins de 433 000 tonnes de bombes qui tombèrent sur le Laos…pays pourtant considéré comme “neutre’ dans cette guerre. Ce triste record en fait l’un des pays les plus bombardés au monde…

En plus de la farfelue opération “Igloo Blanc”, les américains inventèrent tout un tas de méthodes plus ou moins exotiques afin de freiner les déplacements sur l’Ho Chi Minh Trail. Balancer des caisses de Budweiser dans le but d’enivrer les soldats était l’une d’entre elles. Ou encore inonder les pistes de liquide vaisselle pour rendre les pistes glissantes. La meilleure étant sous doute d’envoyer des pigeons kamikazes sur les camions des nord vietnamiens. Seul problème cependant: les pigeons ne savaient pas faire la différence entre un camion communiste et un autre non-communiste…

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C’est donc en suivant les traces de ces milliers de vietnamiens, que je partais me perdre dans le Laos profond durant ces quelques jours. Et croyez le ou non: pas une seule panne à signaler. Aucun problème, même après des dizaines de franchissements de rivières, de conduite à 5km/h sur les pistes plus défoncées les unes que les autres, le petit scooter tenait bon sans broncher.
Même dans les chemins les plus abrupts, le moteur continuait de rugir, et les gués de plus en plus profonds  ne pouvaient le stopper et se contentaient de refroidir le pot d’échappement. Une règle d’or cependant: surtout ne pas s’arrêter au milieu au risque de noyer le moteur!

Immersion totale dans ces chemins isolés, où les mêmes pensées sont ressassées encore et encore. “Surtout ne pas crever!”.”Surtout q’uil ne pleuve pas!”. En effet vu l’état des routes et l’isolation de certains des villages traversés, une trop forte averse et je pourrais me retrouver bloqué un moment! Mais comme un expat me le disait. “Les locaux sont adorables et vous aideront volontiers.”

10h30: Je suis hors plan -“Unknown status” sur ma carte en photo- depuis déjà une bonne heure, et je cherche mon chemin à la boussole lorsque j’arrive dans un village. Toujours la même méthode: emprunter les chemins les plus larges tout en maintenant le cap, tout en suivant son instinct.

J’essaie de demander mon chemin -inutile de vouloir donner sa destination finale mais plutôt tenter de demander des noms de village dans un rayon de 10 km au plus-

L’homme m’invite dans sa maison où une musique résonne à pleins décibels. La fête bat son plein et l’alcool coule à flot. Lao-Lao, cigarettes, bananes, sticky rice
Autant dire qu’en un rien de temps l’alcool me monte à la tête. La journée va être longue… Vite il faut repartir sinon je vais rester coincé ici la journée! Après un long dialogue sans queue ni tête -dont  je ne comprends strictement rien- je lève le camp et ré-enfourche ma bécane.
L’alcool aidant, je n’hésite pas une seconde et me lance dans ce qui s’avérera être le summum en matière de piste défoncée de ce périple, et je dois même par moment accélérer tout en étant debout à coté du scooter.

Après un moment sans villages, je n’arrive pas à rejoindre une coordonnée GPS que je m’étais notée, mais finis par déboucher face à une rivière. Problème: elle est bien plus large que les précédentes et bien entendu il n’y a aucun pont aux alentours. J’avance jusqu’au rivage accompagné de dizaines de gamins laotioens. “Ok et maintenant on fait quoi?”
Les enfants se jettent à l’eau et vont chercher une barque de l’autre coté. “Ok j’ai pigé…”

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Et voila, c’est aussi simple que ça au Laos en matière de franchissement de rivière!

Les vestiges des bombardements sont encore présents, et même si les pistes ont été déminées il est fortement déconseiller de s’aventurer hors des sentiers battus dans la région. Une rencontre avec un UXO pourrait être fatale!

Les débris d’obus sont recyclés et servent parfois de pilotis

Le périple ne m’aura prit finalement que deux jours, et c’est avec un jour d’avance que j’arrive à Tadlo, premier arrêt sur le parcours mythique du plateau des Boloven.

Plateau des Boloven dont j’ai tant entendu parlé depuis des semaines sera hélas une légère déception pour moi, la pluie n’aidant pas à se forger une bonne opinion des lieux.

Heureusement je suis avec un couple franco-belge adorable, et les immenses dreadlocks de Carl n’ont pas fini d’intriguer les locaux partout où nous nous arrêtons!

 

Ce périple au Laos touche à sa fin, et je dois m’occuper de revendre la moto à Paksé. Annonces placardées dans la ville, je file vers les 4000 îles au sud pour un peu de détente et de kayak dans les eaux troubles du Mékong en attendant les réponses de potentiels acheteurs…
J’aperçois le Cambodge pour la première fois, ainsi que mes premiers dauphins d’eau douce…
On ne change pas une équipe qui gagne, et je retrouve Mathias et son vélo, Anita qui profite de ses derniers jours sur le sol laotien, mais aussi un autre couple rencontré dans le bateau au nord.

Vous voulez mon avis? N’achetez pas une moto au Laos. Elle sont bien plus cher qu’au Vietnam, et surtout il est impossible de sortir du territoire avec une plaque laotienne! De plus, même si le prix de revente peut être un peu mieux qu’au Vietnam, vous perdrez de toute façon de l’argent, a moins de trouver un touriste intéressé…

Il y en a qui galèrent à revendre leur moto, et d’autres qui sont bloqués à Paksé en attendant leur nouvelle carte bleu… Avec Brice on a tout le temps d’explorer Paksé de long en large et Champassak, et j’en profite pour apprendre auprès de lui. Après tout ce n’est pas tous les jour squ’on rencontre un photographe…

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Khone Phapheng, 4 000 îles

Aux confins du Triangle d’Or

CARTE D’IDENTITE

CAPITALE: Vientiane
LANGUE: Lao
REGIME POLITIQUE: République état communiste
POPULATION: 6,477 millions
DEVISE: Kipp Laotien (LAK)
PIB / Hab: 1 645 $

 

Après une sortie difficile du territoire chinois -il semblerait que je devrais peut-être me raser avant le passage de la prochaine frontière-, le Laos m’accueille à bras ouvert. “Enjoy your trip in Laos” m’annonce fièrement le douanier. Et c’est ainsi que j’entrais au Laos le 2 octobre 2014, pour arriver à Luang Nam Tha dans le nord du pays.
Accompagné d’une israélienne et d’un néo-zélandais, nous arrivons à la tombée de la nuit. A peine descendus du bus, et nous voici assaillis par de vielles femmes vêtues d’habits traditionnels: des membres de l’ethnie des Akhas, l’une des plus importantes du pays. Après avoir insisté quelques minutes pour nous vendre ses bracelets fait main, elle nous présente très naturellement de l’herbe, puis de l’opium. Après tout nous sommes à présent au cœur du fameux Triangle d’Or, et même si une certaine aire est révolue et que la culture d’opium a aujourd’hui quasiment disparue, le passé a fait son oeuvre et laissé ses marques indélébiles.
“30 000 kip, et envolez vous vers les paradis artificiels” semble nous suggérer cette vielle femme aux traits marqués.
Étrange que ce premier contact avec la population locale pour notre arrivée au Laos.

Excusez-nous madame, mais on a un endroit où dormir à trouver avant la nuit…

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Environs de Luang Nam Tha

John est motard depuis des décennies, et c’est tout naturellement que nous partons dès le lendemain matin pour deux jours à moto dans la jungle environnante. Plus qu’un compagnon de voyage, il sera un instructeur hors pair, et m’enseignera tout un tas de choses sur ces engins à deux roues motorisées
Ce n’est finalement que mon deuxième essai sur ces motos manuelles, et bien que selon lui je me débrouille plutôt bien, j’ai encore beaucoup à apprendre dans ce domaine.

Et heureusement qu’il est là ce John, car j’aurais eu quelques frayeurs si j’avais été seul dans ces chemins boueux serpentant à travers jungle. Des kms et des kms de boue, de chemins défoncés, de cours d’eau à traverser. Un faux mouvement, et c’est une dizaine de mètres plus bas que la moto pourrait se retrouver !

A la fin de cette première journée et après quelque 110 kms parcourus, nous voici au bord du Mékong, fleuve mythique d’Asie du Sud-Est prenant sa sources sur les hauteurs de l’Himalaya. Face à nous sur l’autre rive: la Birmanie. Hors de question pour nous d’aller y faire un tour, cette frontière étant fermée aux étrangers. C’est donc par la fenêtre de notre chambre que nous observons ce pays qui semble si proche et si loin à la fois.
Patience. En janvier, je devrais y faire un tour en passant par la frontière thaï.

Le deuxième jour nous continuons sur un chemin de gravier poussiéreux, avant de s’aventurer à nouveaux dans de petits chemins boueux. Nous traversons beaucoup de petits villages ruraux, et dans ces derniers, toujours le même constat. Tous les enfants nous courent après, nous saluent, nous lancent des “Sabaidi” et nous offrent leurs plus beaux sourires. Et qu’ils sont beaux ces enfants laotiens!
Le Nord du Laos est définitivement un endroit fascinant à explorer à moto, où l’on se retrouve vite loin de la “civilisation” et seuls touristes à des kms à la ronde. Mais sil y a aussi souvent beaucoup d’étonnement de la part des villageois. Mais que peuvent donc bien faire ces étrangers si loin des spots touristiques?
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13h30, nous arrivons après plus de trois heures de route dégueulasse et d’embourbements multiples dans un nouveau village. A peine le temps de demander notre chemin qu’un policier/militaire nous fait signe de faire demi-tour. “No Pahleng. Go this way!”
Impossible de continuer plus loin, l’individu n’a pas l’air de vouloir revenir sur sa décision sans un laisser-passer. Où peut-donc bien mener cette route-qui semble sur le plan nous permettre de boucler la boucle et revenir à Luang Nam Tha. Nous ne le saurons probablement jamais, et sommes contraint de faire demi-tour et reprendre ces chemins inhospitaliers pendant encore de longues heures.

De retour en ville et la moto rendue, quelques chauffeurs nous interpellent depuis leurs hamacs suspendus dans leurs tuc tuc. Ils sont finalement presque ravis de nous voir décliner leur offre pour repartir tranquillement à l’activité favorite des laotiens : la sieste.
Le Lao PDR pour Lao People’s Democratic Repubuplic est d’ailleurs souvent remplacé ironiquement par Lao: Please Don’t Rush ! Et l’on comprend pourquoi…

Je laisse à présent les sports mécaniques pour quelque temps, et pars pour un trek de trois jours dans la zone protégée du parc national Nam Ha!

Accompagné de notre guide local, nous partons nous enfoncer dans la jungle. Il a plu il n’y a pas si longtemps, et le sol est terriblement boueux depuis. Après avoir traversé quelques rivières à gué et marché quelques heures, c’est l’heure de la pause déjeuner.

Entouré d’arbres à papaye et autres fruits exotiques,  nous nous installons dans une petite cabane en bois autour d’une grande feuille de bananier faisant office de table.

Insectes, riz gluant, pousses de soja et bambou composent notre repas. L’estomac plein, nous repartons à travers la jungle, avant d’assez vite en ressortir et se retrouver au milieu de champs de riz.
Il y a encore quelques années, la région était recouverte de champs de pavot. Depuis 2005 cependant, les champs de riz ont remplacés intégralement ces derniers, et la culture d’opium est maintenant devenue quasi inexistante au Laos, tout comme son voisin la Thaïlande.
Du Triangle d’Or, ne reste plus que la Birmanie en tant que réel producteur d’opium, et qui cependant n’est qu’une goutte d’eau comparé à l’Afghanistan toujours premier producteur mondial.
Quelques champs subsistent néanmoins au Laos pour des fins médicales, et l’on peut imaginer qu’il y en a encore toujours quelques uns cachés dans les zones reculées de la jungle.

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Hmong: Homme libre

En fin d’après-midi nous arrivons dans un village de l’ethnie des Hmongs. Notre guide, qui semble ici pour la première fois tout comme nous, tente sa chance dans différentes maisons pour demander le gîte pour la nuit. La deuxième fois sera la bonne, et nous voici accueilli par un vieil homme dans son humble demeure. Comme dans les autres villages traversés depuis mon arrivée, le bonheur des enfants se lie sur leurs visages, et la bonne humeur règne dans la communauté. “Sabaidi, Sabaidi”, “Sabaidi Phalang !” nous salue chaque petite tête brune.
Tous ces enfants semblent si heureux de vivre. Partout des cochons, des coqs, des poussins, des chiens. Une véritable ménagerie!
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Aujourd’hui c’est jour férié au Laos et les enfants jouent dehors, mais il y a bien une école pour tous dans le village. Nous déambulons tranquillement dans les petites rues, parfois nous arrêtant pour une gorgée de Lao Lao improvisée chez l’habitants.

Notre hôte passe la soirée a nous expliquer ses coutumes, ses croyances, le mode de vie de la communauté Hmong. Ces derniers sont animistes, et pratiquent certains rituels et cérémonies avec une dose de chamanisme.
Le lendemain, il enfile sa tenue traditionnelle et prend sa flûte, avant d’interpréter pour nous une “danse de la mort”.
Le son particulier et envoûtant de la flûte nous glace le sang, et nous restons ahuris devant cette performance de quelques minutes où l’on peut clairement ressentir et comprendre son appellation.

Le dernier jour, nous descendons la Nam Tha à kayak. Six heures de navigation au milieu de la jungle, dévalant les rapides et nous laissant porter par le courant. Personne n’est tombé à l’eau cette fois-ci, et c’est quasiment sec que nous rentrons tous à la ville pour clôturer ces trois jours d’expédition.

Voilà bientôt une semaine que je suis dans la région de Luang Nam Tha, et il est maintenant tant de doucement me diriger vers le sud, direction Luang Prabang la capitale culturelle du pays.

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Coucher de soleil sur le Mékong

Pour se déplacer au Laos, il n’y a pas que le bus. Le train n’existe pas ici, mais un moyen de transport très répondu dans le pays reste le bateau. C’est ainsi que je décidais de me rendre à Houay Xai à la frontière thaï, pour embarquer sur un bateau lent direction Luang Prabang.

Deux jours à sillonner les eaux boueuses du Mékong, avec une halte pour la nuit à Pakbeng. Les rives du fleuve sont superbes, et ces deux jours de repos ne sont pas du luxe après toutes ces aventures dans la jungle laotienne.

Accompagné de quatre autres français, je visitais Luang Prabang et ses environs comme les belles cascades de Tad So.
Bien que très joli, Luang Prabang est un choc pour moi. Nous sommes encore en basse saison, mais les touristes sont déjà partout, et les prix flambent.

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Tad So, dans la région de Luang Prabang

Après quelques jours, je n’ai qu’une envie : sortir des sentiers battus et rester dans le Laos authentique que j’ai pu découvrir dans la région de Luang Nam Tha. Et pour sortir de ces “routes touristiques”, quoi de mieux que de le faire à moto pour avoir une liberté totale.
Ça y’est, l’idée d’acheter une moto venait de germer dans mon cerveau, et je me mettais à la recherche de la perle rare, sillonnant la ville et demandant à chaque magasin de location de moto, aux guesthouse, etc…

C’est finalement en parlant à un local dans la rue, que ce dernier me présente à un de ses amis qui cherche à vendre son scooter.

Mes recherches n’ont pas été très fructueuses jusqu’à maintenant, et cette opportunité est pour ainsi dire ma seule chance d’acquérir un véhicule si je ne veux pas y passer la semaine. Surement une erreur de ma part, car en me pressant je ne suis pas vraiment en position de négociation et peine à faire baisser le prix.

Le cash échangé de main à main, me voici propriétaire d’un scooter Honda Wave 100. Après tout je suis en Asie, et autant voyager à la locale en me procurant LE modèle le plus répondu dans toute la région. Un peu viellot certes, mais le tout semble solide et fiable!
0 à 60 km/h en 10 secondes, 4 vitesses, démarreur électrique, 47 000 kms au compteur (bon en pratique il doit être au moins du double), un vrai bolide prêt à avaler les kms de piste et d’asphalte durant mon séjour au Laos!

Les papiers en poche, je partais dès le lendemain matin de bonne heure direction Van Vieng…

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