Au pays du ciel bleu

Pour survivre dans le désert de Gobi une semaine il faut des vivres. Beaucoup de vivres.
Trois kilos de riz- quatre boîtes de thon- un gros bocal de cornichons- deux kilos de pâtes- un kilo d’oignons- de l’ail- une palette de bières- trois saucisses allemandes- deux boîtes de sauce pesto- quatre de sauce tomate-  du sel- de la farine- six boîtes de maïs- quatre concombres- un pot de confiture- du café- du pain- quelques carottes- et de l’eau. Beaucoup d’eau. Car le désert ne pardonne pas, et l’eau est une denrée rare dans ces contrés hostiles…

Lundi 11 août, 9h04
Jour 1
. Je crois que nous sommes fin prêts. Départ plein sud avec Iggy notre chauffeur mongol. 22 jours devant nous pour sillonner ce vaste pays qu’est la Mongolie. Pour ce voyage nous serons cinq, en comptant le chauffeur- une autre française s’est jointe à notre groupe de trois.
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Notre véhicule ? Un gros van de couleur grise, robuste et spacieux, bien qu’un peu raide aux niveaux des suspensions ; fabrication russe oblige. Increvable ces machins-là. Tant qu’on sait mettre les mains dans le cambouis et passer sous le véhicule régulièrement pour l’entretenir comme il se doit. Le véhicule parfait pour un pays qui ne comporte uniquement 3 000 kms de routes goudronnées. Iggy arpente les routes avec depuis 19 ans maintenant, et dès le premier soir, il ne manque pas d’enlever l’une des roues et de taper dessus à grands coups de marteau. Chaque soir, il bichonne son véhicule, c’est un peu son péché mignon.

Après avoir laissé Oulan-Bator derrière nous et rouler plusieurs heures, le paysage se fait de plus en plus aride. Quelques formations rocheuses font leur apparition dans le décor. Endroit rêvé pour perdre son téléphone. La pilule avalé, on finit par s’arrêter dans un bel endroit et levons le camp. Première nuit sous la tente aux portes du Gobi. Pas un bruit. Le calme plat.

Nous reprenons la route et le paysage alterne entre grands espaces rocailleux et arides, et immensité sableuse avec quelque herbe brulée par le soleil.
Mais heureusement le désert de Gobi nous réserve bien des surprises plus belles les unes que les autres.

Première rencontre avec les ninjas, ces travailleurs illégaux qui sillonnent le pays à la recherche d’or. Un véritable fléau pour le gouvernement, ces derniers laissant derrière eux déchets toxiques à ciel ouvert et terrains ravagés.

Plus tard dans la soirée, Iggy se joint à nous pour une partie de carte et tient à nous faire découvrir le jeu national. Après quelques minutes de jeu et d’incompréhension se lisant sur le visage de chacun de nous,  je commence à comprendre. Le jeu auquel nous jouons depuis quelques minutes n’est autre que le Durak, ce même jeu auquel je m’étais frotté lors de mon voyage à bord du transsibérien. Ce n’est pas gagné, mais sous sommes quatre à tenter de comprendre, et après 15 minutes de jeu, nous parvenons à percer le mystère. Après 1h de jeu nous sommes devenus des experts !
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Jour 4. Voilà déjà plusieurs heures que nous roulons dans l’immensité du désert. Du vide et toujours du vide. A perte de vue. Allons-y à coup de statistiques : Le désert de Gobi, c’est un tiers du pays tout entier, soit à peu près la taille de la France. Sauf qu’à la place de la Bretagne, de la tour Eiffel et de la côte d’azur, c’est le vide. 100 kms devant nous : rien. 60 derrière nous : encore et toujours du rien.  Le désert dans son immense nudité.

Après des centaines de kms de plaines désertiques où nous croisons les premiers chameaux et faisons la rencontre des pikas, ces étranges animaux aux oreilles rondes et au corps de lapin, nous approchons d’un massif montagneux: la vallée de Yoliin Am. Un superbe canyon s’enfonce sur plusieurs kilomètres au milieu des montagnes vertes. Un choc après ces jours de désert. Mais ne nous méprenons pas, nous sommes toujours au cœur du Gobi. D’ailleurs nous roulons à présent en direction d’un tout autre paysage : les dunes de Khongorlin, dont l’une des plus hautes au monde soi-disant. Il nous faut la gravir, la vue doit être imprenable depuis les cimes. Et en effet après quelque effort, nous sommes dûment récompensés. Rencontre avec une famille mongole au sommet qui nous apprend l’art de faire chanter les dunes. Tous à terre, et c’est parti pour dévaler la pente sur les fesses. Les mouvements et la bonne inclinaison de la dune font rentrer le tout en résonance : du drone organique en soit. Impressionnant.

Au sommet des dunes chantantes

Au sommet des dunes chantantes

 

Naadam: Course de chevaux

C’est également dans ce paysage irréel qu’un Naadam se
tient les jours où nous y sommes.
Le Naadam, c’est la fête nationale mongol lors de laquelle de virils athlètes s’affrontent lors de combats de lutte, de course de chevaux et de tir à l’arc.

Arrivée sur place, le lieu ressemble à un mélange entre un rassemblement de tunning et une teuf improvisée en plein désert. Véhicules garés en cercle, les cavaliers circulent au milieu de ce rassemblement étrange tout en côtoyant d’autres nomades en habit traditionnel sur leur moto.
Un peu plus loin, quelques mongols forts bien bâtis déambulent en slip tandis que les hauts parleurs crachent leur musique abrutissante.
Est-ce que le soleil tape si fort dans ces latitudes?

Les premiers combats commencent. Pas de catégorie de poids en Mongolie, les plus lourds sont souvent les meilleurs. Puis tout le monde se dirige un peu plus loin, vers la ligne d’arrivée de la course de chevaux. Course d’une quarantaine de kilomètres qui rallie les dunes jusqu’au point d’arrivée. Une cinquantaine de chevaux montés à cru par des enfants entre 6 et 12 ans lancés à plein galop défilent durant plusieurs minutes devant nous. Les bêtes sont épuisées. Un bien beau spectacle, mélange entre traditions et événement sportif.

Bayanzag

Bayanzag

Jour 6. Une croûte, mélange de crasse et de sable commence à se former à la surface de notre peau. Nos réserves d’eau sont au plus bas et le besoin d’une bonne douche se fait de plus en plus pressant. Nous avons quitté les roches rouges de Bayanzag depuis plusieurs heures sans apercevoir aucune traces de dinosaures ou de fossiles.Au loin à l’horizon, un grand lac entouré de majestueuses montagnes fait son apparition. Des roseaux semblent se dessiner à sa surface.
L’image ondule, devient floue et se déforme. Le lac n’est plus que sable. Saloperie de mirage ; Il est grand temps pour nous de quitter le Gobi !
Heureusement, nous n’avons pas croisé le monstre du Gobi durant ce court séjour, et n’avons pas été contraint de manger du serpent comme Slawomir Rawicz nous le décrit dans son livre “A marche forcée”.

Depuis le début du voyage nous faisons entièrement confiance à notre chauffeur, que ce soit sur l’itinéraire ou sur les lieux de campement. Comment se repère-t-il dans le désert ? Comment choisit-il toujours la bonne piste ? Point de boussole, de carte et encore moins de GPS. Tout dans la tête. Un point de repère si l’on est totalement désorienté et que le soleil ne brille pas : observer les yourtes. La porte se trouve toujours du côté sud.
Seulement quelques arrêts pour bidouiller un peu le moteur et les roues, et un arrêt un peu plus long pour faire un peu de rafistolage à la soudure à l’arc dans un garage. La came russe, ça tient le coup longtemps, c’est du solide y’a pas à dire.

Après plusieurs heures de route, le Gobi n’est plus qu’un lointain souvenir. Le sable et l’aridité ont laissé place à la verdure, aux steppes et aux rivières : nous entrons en Mongolie centrale. Ravitaillement fait au village, nous faisons halte aux abords d’une rivière. Tout la monde à l’eau avant que le soleil ne se couche. Fichtre que cela fait du bien de faire trempette!

Ce soir, notre chauffeur n’en peu peux plus de manger nos légumes et tient à nous faire découvrir la cuisine mongole. Et qui dit cuisine mongol dit MAX; de la viande bien sûr.

Iggy, notre chauffeur

Pour se procurer de la viande dans le pays il y a plusieurs façons.
La première est de demander à un pasteur nomade d’acheter directement l’une de ses bêtes. L’assommer d’un coup de marteau sec. Inciser au niveau de la gorge. Plonger la main à l’intérieur et compresser l’aorte franchement.
Quelque secondes plus tard la bête meurt, quasiment sans aucune goutte de sang. Propre, rapide et efficace.
Plus qu’à la dépecer, la découper, offrir quelques morceaux à la famille (les abats par exemple) et stocker le tout. Pas de frigo par ici, il suffit de faire sécher la viande afin qu’une croute se forme à la surface.

La seconde est d’aller au supermarché acheter un sac de viande en priant que le congelo ne soit pas trop tombé en panne ces derniers temps.

Pas de chichis, « what you see is what you get ». En clair on ouvre les yeux, on regarde le sac et on le prend ou on en choisit un autre. Du faux filet, des côtes ? Un peu de tout mélangés finalement. De la viande c’est de la viande par ici.

Pour cette fois nous choisirons la seconde méthode ; nos âmes pures et hypocrites d’occidentaux n’ayant pas le cœur et le courage d’abattre une pauvre chèvre sans défense.

Comme souvent notre chauffeur stoppe le véhicule. A chaque fois c’est la même histoire, et on se demande tous s‘il y a un souci avec le van. Repartirons repartirons nous pas ? Il ramasse une planche appartenant au ranch devant lequel nous sommes arrêtés. Etrange comme coutume. Ca y’est nous avons compris, ce n’est rien que pour allumer le feu. Avec un peu d’essence siphonné dans le van pour faire partir le tout cela va de soi.
Je pars à la recherche de bouses séchées dans le but d’entretenir le feu pendant que Tristan et Iggy préparent la viande. Notre chauffeur distribue les tâches à chacun et donne ses instructions.

Recette du Khorkhog :
De la viande donc (plus il y a de gras meilleur c’est !)
Des pommes de terre et du chou
Des oignons et quelques gousses d’ail
Des pierres chaudes
De l’eau

Khorkhog !!!

Laissez chauffer quelques pierres dans le feu (que vous aurez pris soin d’entretenir en faisant cramer quelques bouses séchées)
Coupez grossièrement la viande. N’ayez pas peur d’y aller franchement au tournevis. Gardez toutes les parties : le cou, le dos, les côtes, le gras.
Mettez le tout dans de l’eau. Rajoutez-y les pierres brulantes. Rajoutez l’oignon coupé en morceaux ainsi que les gousses d’ail par-dessus.
Ajoutez les pommes de terre coupées en morceaux, puis terminez en recouvrant de feuilles de chou de façon hermétique.
Mettez le tout sur le feu, en vous assurant de bien couvrir le tout afin de cuir à l’étouffé.
30 minutes de cuisson.
Gardez le bouillon et remplissez des bols. Mettez les légumes d’un côté et la viande de l’autre.
Accompagnez de thé au lai salé. Dégustez. Savourez !

En Mongolie lorsque l’on mange de la viande on oublie tout ce que nous a appris notre maman durant notre enfance.
On prend les morceaux de viande et de gras à pleine main et l’on rogne les os tel des bêtes affamées.
Aux premiers abords quelque peu répugnant, le gras s’avère être un délice. Rien à voir avec le gras que l’on enlèverait d’un morceau en France. Du bon gras somme toute. Pour peu que l’on ferme les yeux sur le diabète qui nous pend au nez. Et le bouillon…succulent! Idem. Si vous faites un régime vous pouvez l’oublier celui-là.

Un petit verre de vodka pour faire passer le tout, et je pars me coucher, reput.

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Parc de Naiman Nuur

Après des heures et des heures de piste, nous approchons enfin du parc national de Naiman Nuur avec ses grands espaces typiques de Mongolie centrale et sa belle cascade. Un petit paradis terrestre où l’Okhon serpente le long de la vallée tandis que chevaux, yacks et autres bêtes paturent au loin dans les plaines. Finalement la Mongolie c’est un peu comme l’Auvergne en 50 fois plus grand! Je m’y sens comme à la maison.

C’est dans cette région que nous décidons de partir à cheval deux jours- dans la région protégée des huit lacs, à une vingtaine de kms au sud. Notre guide semble très fatigué, tout comme nos chevaux d’ailleurs, mais la ballade n’en est pas moins plaisante, et puis pour 6 euros la journée on ne va tout de même pas se plaindre.
Après quelques heures de cheval, nous arrivons au premier lac et restons avec une famille pour la soirée et passer la nuit en yourte. Quelques buuz dans du lait chaud nous sont servis vers 16h30, ce qui s’avèrera être notre dîner. Cela nous parait bien maigre à première vue, mais nous nous remémorons les paroles de la gérante de l’auberge à Oulan-Bator : « La famille vous donne ce qu’elle a. Parfois cela peut être un repas complet avec de la viande, du fromage, du thé, etc. Mais parfois ce n’est pas grand-chose. ». Soit, mais pour 10 000 tougriks on espérait un peu plus en quantité.

Puis vient la traite des yaks un peu plus tard dans la soirée. La famille nous cède finalement sa yourte. Tous au sol, alignés sur le tapis, nous fermons les yeux et nous endormons en silence.

Ballade vers un autre lac le lendemain, avant de revenir tranquillement à notre point de départ. Enfin tranquillement si j’ose m’exprimer. Un orage monumental éclate sur le chemin du retour. Du vent, une pluie battante, et même de la grêle. En un rien de temps nous somme trempés.

La traite des yaks

Notre périple continue au fil des jours, traversant volcans, monastères, et grands lacs. Tantôt logeant en tente dans la nature, et d’autres fois en yourte aux cotés des familles nomades. Les soirées passent lentement en jouant au Durak avec les personnes rencontrées sur notre chemin, avant de se terminer dehors au coin du feu à observer les étoiles qui brillent par milliers. Parfois la lune se lève face à nous, pleine et majestueuse tel un mirage surgissant de la nuit. Les nuits sont fraîches et les soirées ne s’éternisent pas. Chacun tombe alors dans un profond sommeil en un rien de temps.
Carine devient notre photographe Polaroid officiel des enfants et familles mongols. L’immense joie de posséder une photo d’eux sur leur cheval se lit aisément sur leur visage, et souvent tout le monde rapplique pour demander une photo de famille.
Une petite fille nous observe nous éloigner de chez elle, un sac plastique dans la main gauche. C’est un sac remplit d’abats. Son frère lui, suce un morceau de gras. Et oui ici les gamins sont élevés non pas au biberon mais au gras et au fromage de yak!

Terkhiin Tsagaan Lake (White Lake)

Terkhiin Tsagaan Lake (White Lake)

Lors d’une après-midi pluvieuse, nous nous lançons dans la confection de khushuurs à la chaleur du poêle. Le lendemain midi, c’est atelier buuz. Mêmes ingrédients, même recette, mais cette fois ci les beignets sont cuits à la vapeur et non frits dans l’huile.
Point de chèvre cette fois, c’est de la viande de yak que nous nous sommes procurés la veille.

La viande ici c’est un peu particulier. On se renseigne un peu à droite à gauche. Est-ce qu’il y a en a dans cette ville ? Qui en a ? Où doit-on aller ? Apparemment la troisième maison à droite en a ! Pour finir par en acheter dans les endroits les plus insolites. Comme dans une camionnette…
Après avoir passé la ville de Moron, me voici de retour en territoire chamanique, aux abords du lac Khovsgol. Les ovoos sertis de foulards bleus jonchent les montagnes environnantes, et la petite ville de Khasgal aux toits colorés marque l’entrée du parc national. Du bleu, de l’orange, du rouge, toute une palette de couleurs se tourne vers le ciel bleu de Mongolie. Cette région se révèle être d’une grande diversité en terme de culture.

Le chamanisme, très présent, se fait ressentir à la vue des multiples ovoos colorés. Contrairement à son homologue d’Amérique du Sud, les rites se pratiquent sans recourt à quelque substance chimique ou naturelle, naturellement perché ces mongols…
Un peu plus au nord du lac, à quelques jours de cheval dans la taïga, la communauté des tsaatanes subsiste encore avec leur élevage de rennes et leurs tipis semblables à ceux des indiens d’Amérique.  A peine plus de 400, ils sont hélas devenus l’attraction touristique “authentique” de la région.
Encore plus au nord, à la frontière russe, on retrouve la population des bouriates, présente également aux abords du Baïkal.
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Nous voici sur la rive ouest du lac pour quelques jours à se balader dans les montagnes environnantes. C’est à la boussole que nous nous enfonçons dans l’épaisse taïga dans le but de gravir le sommet derrière. Vue imprenable sur le lac dont nous ne pouvons apercevoir le bout.
Le lac Kovsgol. Excellent spot également pour une randonnée à cheval. Cette fois-ci le mien est en forme, et après des débuts quelque peu timides, part au galop à la moindre occasion. Quel sentiment de liberté que de galoper sur les rives du Kovgol. Mon tout premier galop. Et celui-ci se réalise sur un cheval mongol dans un décor de rêve.

Dans les environs du monastère d'Amayarsgalan

Dans les environs du monastère d’Amayarsgalan

Enfin nous passons quelques jours au monastère bouddhiste d’Amayarsgalan pour conclure paisiblement ce périple.
Alors que Tristan coupe du bois à la hache, à quelques mètres de lui un autochtone l’observe dubitatif. D’abord intrigué, il reprend rapidement son activité qu’il avait laissé quelque instant auparavant, imperturbable. Brûler au chalumeau une tête de mouton coupée. La famille se nourrira de celle-ci pour le déjeuner.

Oulan Bator se rapproche de plus en plus, et l’on ne tarde pas a apercevoir devant nous une épaisse couche de pollution flotter dans l’atmosphère. Le véhicule est plein de nouveaux trésors amassés au fur et à mesure du voyage par Iggy : Des kilos de fromage séchés, 50 L d’eau pure aux vertus curatives, un mouton entier découpé en morceaux la veille, un morceau de pare-choc, des bûches, un poêle…

Carine et Tristan viennent de repartir direction la France. Me voici seul à nouveau.
Demain matin, je prendrai place à bord du Transmongolien direction Pékin, où j’ai rendez-vous avec Carl un ancien collègue/client du boulot.

Photo de famille

Photo de famille

Sur les terres de Gengis Khan

CARTE D’IDENTITE

CAPITALE: Oulan-Bator
LANGUE: Mongol
REGIME POLITIQUE: République
POPULATION: 2,796 millions
DEVISE: Tougrik (MNT)
PIB / Hab: 3 672 $

Il est 7h30 lorsque j’arrive à la gare routière d’Oulan Oude. Accompagné d”un couple anglo-letton vivant tous deux au Kurdistan et d’un canadien, nous nous dirigeons d’un pas assuré vers le bus à destination de Kyakhta, à la frontière russo-mongole. Après quelques heures de trajet, qui néanmoins nous parurent durer une éternité en compagnie d’un mongol empestant l’alcool a plein nez, nous arrivons au poste frontière.
Deuxième étape: trouver une voiture pour nous faire passer la dite frontière. Il faut savoir qu’il est interdit de traverser à pieds. Stupide me direz-vous? Oui en effet
On ne tarde pas à trouver notre “mule” pour nous faire passer moyennant 100 roubles chacun. Vendu.

Mais au premier contrôle de passeport…
“- Excuse me sir, this is not you on the picture of your passport. I cannot let you pass
– Euh… Yes it is. 5 years old picture but still me…
– I am not sure about that”
Et après plus de 5 minutes à me dévisager…
“- Ok you can go”

Deux heures et quatre vérifications de passeport plus tard, pour SORTIR du pays je le rappelle,  nous voici enfin devant l’officier mongol. Depuis fin juin, le visa de 30 jours est gratuit pour 42 pays d’Europe. La France en fait partit, ce qui m’a économisé du temps et de l’argent à Irkoutsk. 15 minutes et un tampon plus tard, nous voici enfin en Mongolie!

Jour de chance: aussitôt la frontière passée un mongol nous propose de nous emmener jusqu’à Oulan-Bator pour seulement 200 roubles chacun. 700 roubles au total au lieu des 1700 demandés pour le bus officiel: on ne s’en tire pas trop mal cette fois ci.


C’est donc à bord d’un minivan russe, logés à l’arrière à même le sol tels des immigrants clandestins, que nous traversons le nord de la Mongolie en direction de la capitale. 6 longues heures pour les quelques 350 kms de route et de piste. Changemet de décor, l’extraordinaire paysage des steppes mongoles s’offre à nos yeux.
L’île d’Olkhon n’était qu’un aperçu. Nous voici à présent dans l’empire des steppes, le royaume du grand guerrier Gengis Khan.

Nous sommes au mois d’août, il a beaucoup plut ce dernier mois de juillet comme chaque année, et les steppes ont revêtues leurs magnifiques robes aux couleurs vert émeraude. Un décor fascinant, où les chevaux sauvages galopent au loin, et où les troupeaux de yaks surgissent de nulle part. Éparpillées un peu partout, des yourtes se dressent telles des champignons le long de la route.

Pour le voyageur venant de Russie par les terres, l’entrée en Mongolie est un émerveillement, mais qui hélas ne dure que quelques heures. Au loin déjà apparaît la capitale et ses premiers embouteillages;  les premiers coups de klaxon résonnent à quelques kms. La ville a été nommée capitale la plus moche et la seconde plus polluée au monde. Je commence à comprendre au fur et à mesure que je m’enfonce dans la ville.

Oulan-Bator

Je vais être direct: Oulan-Bator EST une ville moche. Je la qualifierais même de dégueulasse. Une espèce d’immense chantier non terminé, aux câblages électriques chaotiques, et aux immeubles en construction aux quatre coins de la ville. Les immeubles gris de l’époque soviétique côtoient les buildings modernes en verre, et les bars et restaurants sans charme se succèdent le long de la Peace Avenue, l’artère principale de la ville où les pickpockets sont légions. Et pour une fois ce n’est pas de la publicité mensongère. “Watch out for your wallet!” On vous aura prévenu !
Taux de croissance de plus de 17% en 2011, l’exode rural qui dépeuple les steppes à poussé vers la capitale plus de 500 000 personnes depuis. Et tout ça continue encore et encore. Peu à peu les  mongols quittent leur vie de nomade, et troquent leur yourte pour un appartement en ville.

Habitant des quartiers nord

Pour en découvrir d’avantage à ce sujet, j’ai la chance de rencontrer Jonathan, un jeune journaliste indépendant du Canada. Dès 18h30, nous partons à la rencontre des habitants d’Oulan Bator, dans les quartiers nord du la ville. Les « bidonvilles » locaux.  C’est avec un avocat mongol rencontré quelques jours plus tôt et nous servant d’interprète que nous écoutons attentivement leur histoire. Pour la plupart d’entre eux c’est une très bonne opportunité que ces constructions d’immeubles, une aubaine.

“Dans nos yourtes il nous faut brûler beaucoup de charbon pour se chauffer l’hiver, et aller chercher l’eau nous-même. Dans un appartement en ville, tout cela sera facile d’accès, et l’appartement sera bien plus grand pour moi et ma famille. Et puis nous serons en ville, nous n’aurons plus des kms à faire pour venir travailler tous les matins”.

Voilà ce qui pousse beaucoup de nomades à se sédentariser: le confort, tout simplement. De plus, en cédant leur terrain aux entreprises qui construisent ces immeubles, ces dernières leur offriront l’appartement.
Mais à la suite de rumeurs comme quoi ces dits appartements ne seraient au final pas céder aux nomades une fois l’immeuble construit, nous continuons les interviews, cette fois ci en interrogeant un chef de chantier.

“Bien sûr il y a ces rumeurs. Evidemment il y a quelques soucis de temps à autre, mais c’est loin d’être la majorité. Tout ceci est légal, il y a des papiers signés, etc. Tout se fait suivant des règles bien précises, de manière officielle”.
Une sorte de donnant donnant, où chaque partie y trouve son compte.

Rencontre avec un chef de chantier

Mes amis Tristan et Carine arrivent maintenant dans 8 jours. En les attendant j’ai pour projet d’aller travailler dans une ferme locale située  à une vingtaine de kms à l’est de la ville. Une bonne façon d’occuper le temps et de m’imprégner de la culture locale. Peut-être même une façon de récupérer de précieuses informations sur le pays et notre future voyage dans le pays.
Je tend donc le bras et 5 minutes après une voiture s’arrête. Il faut savoir qu’en Mongolie toute voiture est potentiellement taxi. C’est pratique mais les tarifs peuvent vite s’envoler! Ainsi je paie 25 000 tugriks à l’aller et 500 tugriks pour le retour en bus…

Le site internet de la ferme était assez bien vendeur : “Découvrez la cuisine traditionnelle mongol”, “3 heures de travail le matin et 3 heures l’après-midi”, “yourte avec poêle”, etc… Mais la réalité fût tout autrement.
En effet après une première impression plutôt bonne, j’ai vite déchanté : pas de toilette, pas de douches, 10 heures de travail quotidien, pas de repas le midi, juste quelques biscuits. Toute la journée à travailler avec des employés pas franchement sympathiques qui ne parlent pas un mot d’anglais.  La semaine risque d’être longue. Je me sens seul.
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Il est maintenant 22h et je remplis toujours mes sacs de concombres à même le sol dans la cuisine… le dîner ? Il cuit doucement… Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? Une soupe de pâtes avec quelques morceaux de viande qui se battent en duel. La même chose qu’hier soir. Et que l’avant-veille. Ça sera ma seule “découverte culinaire” mongol de mon séjour à la ferme. Et le matin ? Quelques biscuits et de l’eau chaude. Mais je suis médisant. J’ai également droit à quelques feuilles de salade et concombres issus directement des serres pour le midi. Ferme biologique garantie sans pesticide svp
Je ramasse mes 300 kg de salade quotidien, ainsi que mes 200kg de choux chinois. Chaque soir, 100 sacs de salade doivent être remplis, une cinquantaine de sacs de choux chinois, et plusieurs sacs de concombres d’une vingtaine de kilos chacun. Toute la récolte sera vendu dès le lendemain au marché de gros par les deux aînés de la famille et leur mère.
Le matin c’est la semi des salades. Labourage du terrain, installation du système d’irrigation, etc. L’après-midi c’est la récolte. Puis enfin le soir, c’est la pesée et le transport dans la camionnette.
Après seulement 3 jours de dur labeur, je décide de quitter la ferme et retourner à Oulan-Bator. Après tout, il faut que je fasse mon visa chinois avant la semaine prochaine, et l’accueil à la ferme n’est pas franchement des meilleurs.

Certes le cadre est superbe, entourée de montagnes vertes et proche de la rivière, mais l’envie n’est plus la…

Parlons en du visa chinois d’ailleurs. Pour obtenir le précieux sésame il vous faut un billet d’avion d’entrée et de sortie. Facile, rendez-vous dans n’importe quel Air Market en ville. Ce qui amène à une conversation assez étrange:

“Hello, I need a ticket for a chinese visa”
“Ok, what dates and what destinations?”
“Ulaabaatar to Beijing on 4th of Sept, and Beijing to Paris on 3rd of Oct”
“Alright here are your tickets. Can I cancel it now?”
“Yes I guess… Thank you! Bye”

Air Market, ou comment vendre du vent!
Je vous épargnerai le détail de tous les autres documents qu’il faut fournir pour messieurs les chinois, internet regorge d’infos à ce sujet. Le problème c’est que c’est la mauvaise période pour les visas, et tous les étudiants mongols viennent à l’ambassade pour leur visa étudiant. Résultat je me pointe à 6h30 alors que l’ambassade n’ouvre qu’à 9h30. Et il y a déjà 50 personnes devant moi… Mais au bout de la troisième tentative je peux entrer dans la forteresse.

John

C’est le visa poche que je peux partir serein découvrir les steppes mongols au guidon d’une moto chinoise. Je pars avec John le canadien. Ni lui ni moi n’avons jamais conduit une moto à vitesses manuelles. Le loueur se marre en nous observant caler à tout va devant chez lui. L’aventure risque d’être intéressante.

Après un temps d’adaptation, on s’en sort plutôt pas mal et plantons pour notre première nuit la tente au milieu de la campagne mongole. Je continue ensuite ma route seul les deux jours suivants, avant d’être stoppé par la pluie. Plus de 30 kms sous la pluie battante dans les environs du parc nationale de Gorkhi-Terlj. Une manette d’embrayage pété. Heureusement j’ai de la chance dans ma malchance et cela m’arrive devant un petit magasin qui vend des pièces détachées. 1,5€ et 15 minutes plus tard, je repars mais décide de stopper l’aventure un jour plus tôt que prévu, trempé de la tête aux pieds.

Une aventure sans aucun doute.

Mais quelle aventure! Quelle sentiment de liberté que de foncer au milieu des steppes au guidon d’une moto! On se sent libre comme l’air. Une superbe expérience.

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Nous sommes dimanche 10 août et Tristan et Carine viennent de me rejoindre. Retour dans le bordel ambiant de la capitale où grouillent des dizaines de baroudeurs et autres voyageurs au long court comme Nicolas le cycliste tourdumondiste, ou encore Virginie, partie depuis deux ans et demi pour un tour du monde de 5 ans.

L’aventure peut continuer. Cette fois ci ça sera en van russe pour un trip entre désert et lacs, du sud au nord… Une belle balade en perspective. Retour à la civilisation prévu dans une vingtaine de jours.